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Chapter VIII (2)

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"Dans ta tristesse, ma chérie, il faut toujours avoir la plus grande confiance en la durée de mon amour pour toi. Je crois que mon amour et ma loyauté sont au moins aussi forts que le sentiment de l'héroïsme militaire. Il me semble que si les soldats peuvent supporter toutes les privations pour leur roi ou pour leur patrie, je dois pouvoir en faire autant pour ma femme. Compte sur ma tendresse, même dans les circonstances les plus difficiles, tu l'auras toujours. Grâce à ton influence, je suis beaucoup plus capable qu'autrefois de supporter les difficultés de la vie, et si nous avions à vivre dans une pauvre chaumière, je t'aiderais gaiement à faire les travaux du petit ménage en y consacrant deux ou trois heures par jour, et quand tu coudrais je te ferais un peu la lecture, et toujours je t'aimerais. Ainsi crois que, loin de souffrir des devoirs que je me suis imposés, j'y trouve la plus profonde satisfaction, et que je me trouve plus respectable que si je ne faisais rien."

"WEST LODGE. Vendredi.

"J'avais l'intention de partir aujourd'hui mais la tante Susan paraît tellement triste quand je parle de m'en aller que j'ai dû reculer mon départ jusqu'à lundi. Du reste j'ai fait trois planches que je crois bonnes; j'y ai bien travaillé; j'ai aussi écrit trois articles, mais mon travail pour la Revue ne gagne pas grand'chose, et du moment où la peinture rapportera, je quitterai la revue; je n'aime pas ce genre de travail, quoiqu'on dise que je le fais bien. J'aimerais autant être cocher de fiacre. Ce que j'ai toujours désiré faire c'est de la peinture; mes efforts dans cette direction n'ont pas abouti jusqu'à présent, mais si j'avais un peu de temps libre, je saurais mieux faire à cause de mon expérience de critique; je vois maintenant dans quel sens il faut travailler.

"Je vis à Londres aussi simplement que possible et pourtant mes séjours y sont très coûteux. Quant à la réputation, en comparaison du bonheur de vivre tranquillement avec toi, elle m'est absolument indifférente. Il me semble que lorsque le mari et la femme sont si parfaitement d'accord sur le but de la vie, il doit être facile d'y parvenir. Notre plus grand désir à tous les deux c'est d'être ensemble; eh! bien, du moment où les choses nous seront propices, nous réaliserons notre désir, et même par la volonté nous forcerons les circonstances, c'est-à-dire que nous supporterons des inconvénients pour y arriver. Déjà Wallis et Colnaghi consentent à exposer mes ouvrages; mes eaux-fortes sont appréciées. Peut-être dans un temps comparativement rapproché serai-je en position de donner ma démission--non seulement à la Saturday, mais à la littérature, et à me dévouer exclusivement à l'Art. Du moment où cela arrivera il sera infiniment plus facile d'être ensemble, car je tâcherai de faire un genre d'Art qui me permettra d'étudier chez nous, ou dans un petit rayon. Enfin regardons la situation actuelle comme pénible, mais pas du tout permanente. Tu peux compter que du moment où je le pourrai je quitterai la Revue; j'y suis bien décidé."

After this letter, my husband, feeling much better, came back to London to resume his work, and wrote about what he thought most important or most interesting to me. I shall quote from his letters in their order according to dates.

WATERLOO PLACE, KEW. _Lundi soir_.

"Mr. Macmillan m'a reçu parfaitement, presque affectueusement; il m'a invité à dîner. Je suis allé voir Mr. Seeley, mon nouvel éditeur, que j'ai trouvé intelligent, comme il faut, jeune encore, et parfaitement cordial. Je crois que mes relations avec lui seront tout-à-fait faciles. [Footnote: Mr. Seeley had asked him to write some notes on Contemporary French Painters, to be illustrated with photographs.]

"L'exposition, en somme, est belle. Il y a plusieurs tableaux remarquables, entre autres une Vénus de Leighton que je trouve superbe. La contribution de Landseer est importante, c'est un portrait de la Reine, à cheval, en deuil; cheval _noir_, _trois chiens noirs_, groom _noir_, _ciel noir_.

"C'est agréable de rentrer le soir en pleine campagne; ça me fait du bien. Je n'ose pas penser combien ce serait gentil si ma chérie était avec moi, parceque cela me rend triste tout de suite; mais je t'écrirai _presque_ tous les jours, quelquefois brièvement quand je serai trop pressé. Sois gentille toi, et écris souvent; les bonnes nouvelles que tu m'envoies de ta santé et de celle des enfants m'ont rendu mon courage et--ce que je puis avoir de gaieté."

"_Samedi_.

"Il paraît que j'avais encore besoin de repos, car aujourd'hui je suis très fatigué. J'espère que lundi j'irai mieux; un ou deux jours de repos me sont nécessaires: voilà tout. _Je n'ai point de surexcitation cérébrale_; je dors bien et je me repose pleinement, ce qui ne doit pas tarder à rétablir mes forces. Je souffre d'être seul. Mr. Gould va venir passer huit jours ici; je trouve amiable de sa part de bien vouloir venir s'établir à Kew pour être près de moi; mon oncle viendra peut-être aussi.

"Je vais me plaindre un peu, tout doucement, de la petite chérie de Pré-Charmoy; elle n'écrit pas assez souvent à son mari qui reçoit toujours ses lettres avec tant de plaisir. Il y a pourtant une de ces lettres qui a donné tant de bonheur qu'elle peut compter pour une douzaine. Pauvre chérie! comme je voudrais toujours réussir à rendre ta vie douce et agréable! Depuis que je ne vis plus pour moi, mais pour toi et les enfants, j'ai goûté moi-même un nouveau genre de bonheur mêlé de nouvelles tristesses. Ces tristesses sont dues à la pensée que je fais si peu, et que, avec plus de forces je ferais tant et si bien! Avec la force je serais sûr maintenant de réussir pleinement. Je tiens la réputation par un petit bout, mais je la tiens, et elle augmentera. Tout me prouve que notre avenir serait assuré si j'avais autant de force que de volonté."

"_Dimanche_.

"Je suis allé voir George Eliot et Lewes qui a été charmant; il est venu s'asseoir à côté de moi où il est resté tout le temps de ma visite, et lorsque je suis parti, il s'est beaucoup plaint de ne pas me voir davantage. Il me traite d'une façon très affectueuse, et en même temps avec un respect qui, venant de lui, me flatte beaucoup. Quant à George Eliot elle est très aimable, mais elle a le défaut de rester toujours assise an même endroit, et quand il y a du monde, la seule personne qui puisse causer avec elle, est son voisin. Quand j'y retournerai, je m'installerai auprès d'elle, parce que je tiens à la connaître un peu mieux. J'y ai rencontré Mr. Ralston qui s'était assis modestement un peu en dehors du cercle où j'étais et pendant tout le temps de sa visite, il n'a presque rien dit et c'est à peine si on lui a parlé. J'ai trouvé ces arrangements mauvais. Les gens qui reçoivent doivent souvent changer de place, de façon à causer avec tous leurs visiteurs.

"Lundi dernier j'ai dîné chez Mr. Craik--le mari de l'auteur de 'John Halifax.' Il habite un charmant cottage à Beckenham, un endroit à quatre lieues de Londres où il vient tous les jours en chemin-de-fer. Tu sais qu'il est l'associé de Macmillan. Nous avons passé une soirée fort agréable; c'est un homme très cultivé, qui autrefois était auteur, et qui a occupé une chaire de littérature à Edimbourg. Sa femme, quoique célèbre, est simple et très aimable; elle m'a dit que quand tu viendrais, elle désirait te connaître.

"Mardi j'ai dîné chez le Professeur Seeley, le frère de mon éditeur; il a occupé la chaire de Latin à l'Université de Londres. C'est l'auteur d'_Ecce Homo_. Macmillan m'ayant donné ce livre, je l'ai trouvé très fort comme style et d'une hardiesse étonnante. L'auteur est des plus sympathiques; il a des manières charmantes--si modestes et si intelligentes, car les manières peuvent montrer de l'intelligence. J'aime beaucoup les deux frères, et dans le peu de temps que je les ai vus j'en ai fait des amis.

"Mercredi j'ai dîné chez moi, ayant un article à écrire. Jeudi chez Stephen Pearce. Vendredi chez Mr. Wallis, le marchand de tableaux. C'est un homme très délicat et très fin. Il avait invité Mr. Burgess, un artiste intelligent et agréable que j'avais déjà rencontré au Salon de l'année dernière. J'ai rencontré Tom Taylor à l'exposition. Wallis et nous avons causé quelque temps ensemble. J'ai rencontré Clifton et dîné avec lui à son Club."

_"Lundi matin_.

"Je suis allé hier passer le tantôt chez Lewes, on a été enchanté de mes eaux-fortes. George Eliot s'est plainte de ne pas avoir assez causé avec moi à ma dernière visite, et m'a invitè à prendre place à côté d'elle. Nous avons parlé d'art, de littérature et d'elle même. Elle m'a dit que personne n'avait eu plus d'inquiétudes et de souffrances dans le travail qu'elle, et que le peu qu'elle fait lui coûte énormément.

"J'ai discuté avec Lewes l'idée de faire la réimpression de mes articles, et il m'a conseillé de ne pas le faire si je puis fonder un livre sur ces articles. J'avoue que je serais assez tenté de faire un ouvrage sérieux sur la peinture, pour lequel mes articles serviraient de matériel."

"_Samedi soir._

"J'ai dîné hier soir chez Mr. Macmillan, nous étions seuls d'hommes. Il y avait sa femme, ses enfants, et une grand'mère. Il a une famille nombreuse, de beaux enfants. Sa femme est bonne, et si simple que j'ai rarement vu un comme-il-faut plus achevé sans être de la distinction. La maison est très spacieuse et entourée d'arbres magnifiques. Ce qu'il y a de particulier dans cette maison, c'est un caractère intime et d'aisance ancienne. Macmillan a su éviter avec un tact parfait, tout ce qui pouvait rappeler le nouveau riche. On se croirait dans une grande maison de campagne, à cinquante lieues de Londres, et dans une ancienne famille établie là depuis plusieurs générations.

"Nous avons passé toute la soirée ensemble. Il laisse entièrement à mon jugement tout ce qui regarde l'illustration de mon livre. Ce que j'ai aimé dans cette maison, comme dans toutes les personnes que j'y ai trouvées, a été l'absence complète de toute affectation. Tout est homogène et je n'ai encore jamais vu une maison de campagne ayant cet aspect-là. Mon respect pour Macmillan s'est considérablement augmentée de ce qu'on ne rencontre chez lui aucune splendeur vulgaire: rien ne parle d'argent chez lui.

"La conversation a été très générale. Quand je suis parti, il m'a reconduit à travers un champ pour abréger mon chemin à la station. Il a chanté quelques vieilles chansons avec beaucoup de caractère; j'ai chanté un peu aussi--et pourtant je ne suis guère disposé à chanter. Anne avait montré tant de contentement quand je suis allé la voir à Sheffield--et penser que je ne la reverrai plus. Je souffre aussi pour mon oncle, je me mets à sa place en pensant à ma petite Mary; si je la perdais plus tard!... et puis--et puis, tu sais comment viennent les idées noires, et combien un malheur vous en fait craindre d'autres."

"_Dimanche_.

"Je me sens de nouveau fatigué et cette fatigue semble persister. Il est bien possible que l'ennui et la nostalgie y soient pour quelque chose.

"Figure-toi qu'il y a une jeune _peintresse_ qui m'a été recommandée, et dont la situation est bien précaire; j'ai eu la faiblesse de lui écrire une petite lettre gentille et encourageante et me voilà en butte à des éclats de désespoir ou de reconnaissance; de reproches et de remerciements. Le plaisir de faire du bien à ceux qui souffrent est tel, que l'on voudrait s'en donner, et le critique est souvent tenté de manger de ce sucre-là.

"Je ne regrette pas de m'être établi à Kew; il n'y a qu'une chose contre Kew, c'est que je n'y connais personne, tandis qu'à St. John's Wood j'ai plusieurs amis. Mais la solitude a aussi ses avantages et quand on voit du monde tous les jours, on peut bien passer la soirée chez soi. Si la petite femme était seulement ici, ce serait parfait."

"_Mardi_.

"Petite femme chérie qui a été gentille puisqu'elle a écrit deux lettres.

"Celle-ci est simplement pour te dire que mon repos a enfin produit son effet et que je suis rentré dans mon état ordinaire. Aujourd'hui je me rends au Musée, et j'ai pu écrire.

"Mon oncle est arrivé hier soir, il partage mon salon, mais je lui ai loué une chambre-à-coucher dans la maison voisine. Il ne paraît pas trop abattu; nous causons beaucoup et je tâche de l'égayer autant que sa position le permet. Il est moins réservé qu'autrefois et me laisse voir davantage le cours de ses pensées qui vont souvent à ses filles et à sa femme. Je l'emmène aujourd'hui à l'Académie. Il y a une chose qui doit te rassurer quant à l'état de ma santé, c'est que je n'ai jamais ces sensations au cerveau dont j'ai souffert. Le cerveau n'est pas fatigué et en me reposant à temps, je répare rapidement mes forces. Ce qui est vraiment insupportable ce sont les séparations, et j'ai bien de la peine à m'y résigner, et je ne m'y résignerais pas du tout si la peinture rapportait. Mais en mettant les choses au pis pour les affaires d'argent, j'espère que tu me verras toujours courageux et affectueux dans l'adversité; je me figure que depuis quelque temps j'ai appris à la supporter sans qu'elle puisse m'aigrir. Si je dois vivre de pommes-de-terre, ou même mourir de faim, tu me verras toujours dévoué jusqu'à la mort. Celles-ci ne sont pas de vaines paroles; je suis prêt à les soutenir dans une pauvre cabane ou sur le lit d'un hôpital."

"_Lundi_.

"T'ai-je dit que j'avais trouvé ici-même un locataire étudiant la botanique à 'l'herbarium' tous les jours, et qu'en nous promenant ensemble au jardin, les soirs, il m'apprend les noms des arbres qui ne sont pas indiqués. J'ai aussi des fleurs sur ma fenêtre: je t'en donne une. Je ne connais pas le langage des fleurs, mais si celle-ci ne te dit pas que je t'aime beaucoup--beaucoup--elle interprète bien mal mes sentiments.

"J'ai lu un peu du livre de Max Müller sur l'étude _comparative_ des langues. C'est excessivement curieux. Tu n'as aucune idée de combien l'étymologie est intéressante quand elle est basée sur la connaissance de tant d'idiômes; on peut tracer la parenté les mots d'une manière étonnante; les changements dans la façon de les écrire ont pour résultat de les dénaturer tellement que nous avons beaucoup de peine à les reconnaître sans _retracer_ toute leur histoire dans la littérature. Mr. Max Müller retrace ainsi, d'une manière ingénieuse, mais bien convainçante, l'usage des mots pour arriver à leurs racines primitives, et puis il forme des théories d'après ces comparaisons--qui sont au moins toujours intéressantes. Ce qu'il y a de remarquable c'est qu'on retrouve les mêmes mots dans les endroits les plus éloignés, des mots Anglais et Français qui ont leur origine dans le Sanskrit; et de même pour d'autres idiomes. Max Müller diffère des philologues anciens en ceci que tandis qu'ils étudiaient seulement les langues classiques, lui trouve la lumière et le matériel partout, même dans le Patois: ainsi le Provençal lui a été indispensable et bien d'autres langues encore que les amateurs des classiques négligent généralement."

This interest in languages grew with years. When at Sens, we studied Italian together, but my increasing deafness made me abandon it on account of the pronunciation, whilst my husband, on the contrary, made it a point to read some pages of it every day, and even to write his diary in that language. Later still, he used to send to Florence some literary compositions to be corrected. After the marriage of his daughter, he used occasionally to ask his son-in-law, M. Raillard, for lessons in German, and had even undertaken to write, with his collaboration, a work on philology which was to have been entitled, "Words on their Travels, and Stay-at-Home Words," which his unexpected death cut short. In the afternoon of the day on which he died, as he was coming back home from the Louvre in a tram-car, he took out of his pocket a volume of Virgil, and read it the whole way. "I furbish up my Latin and Greek when on a steamer or in omnibuses," he said to me; "it prevents my being annoyed by the loss of time."

"_Jeudi soir_.

"Je suis retourné chez Seeley où on m'a traité d'une façon tout-à-fait délicate; le Professeur est un des hommes les plus sympathiques que j'aie rencontrés. Je t'en parlerai plus longuement de vive voix, et quant à son frère Richmond je n'ai jamais connu quelqu'un avec qui je m'entende aussi facilement. Il y a une chose bien charmante en lui, c'est que, bien qu'il soit à la tête d'une grande maison, il n'a jamais l'air pressé et vous écoute avec une patience parfaite.

"Ce que tu me dis de 'mon courage au travail et à la lutte' me paye pour bien des heures de besogne. Tout ce qui me décourage parfois, c'est ma faible santé qui m'oblige souvent à paraître paresseux sous peine d'être malade.

"Il me tarde tant de te revoir que je suis comme un pauvre prisonnier en pays étranger, loin de la Dame de ses pensées. Alors, tu sais, il faut m'écrire et embrasser les enfants pour moi."

"_Vendredi_.

"J'ai été désolé de ne pas pouvoir t'écrire aujourd'hui; il est maintenant 1 h. du matin. Je vais _bien_, mais je suis accablé de travaux et pourtant je veux partir bientôt; je finirai à la maison. Aujourd'hui j'ai terminé mon article juste à temps pour l'impression. Comme notre âne 'Je dors debout'; aujourd'hui je tombais presque de sommeil dans les rues de Londres.

"Les travaux sur l'eau-forte sont terminés cette fois. À bientôt!"

"22 RUE DE L'OUEST PARIS. _Lundi_.

"Je suis arrivé hier à 5 h. du soir. _Je ne suis pas du tout fatigué_, ce qui semble indiquer une augmentation de force, car tu sais que les longs voyages me fatiguent généralement beaucoup. Je suis allé ce matin dès 8 h. chez Delâtre oû j'ai fait tirer mes planches. On fait le tirage de suite et les livraisons paraîtront cette semaine.

"Quant à mes pauvres enfants, je suis désolé de les savoir malades, mais ta lettre m'encourage à espérer qu'ils sont en bonne voie de convalescence. Tu as dû avoir un temps difficile à passer ainsi tout seule: chère petite femme, je crois que si j'y avais été c'eût été plus facile pour toi: les enfants de mon ami Pearce sont également malades de la scarlatine.

"Hier soir j'ai dîné chez Froment [the artist who paints such beautiful decorative works for Sèvres]; ce matin j'ai déjeuné chez Froment, ce soir j'y dîne, et ainsi de suite."

M. Froment had been most hospitable to both of us during our stay in Paris; he had given us a day at Sèvres, and had shown us the _Manufacture_ in all its details. He was a widower, and inconsolable for the loss of his wife, whose memory was as sacred to him as religion. His two daughters were at home; the eldest watching maternally over the younger sister, who, however, died a few years later. M. Froment's feelings, perceptions, and tastes were exquisitely refined, and my husband derived both benefit and pleasure from the friendly intercourse. In after years Gilbert met M. Froment occasionally, and found him always full of kindness and regard.

After nursing the children through scarlatina I caught it myself, and when my husband knew of it, he wrote:--

"I write just to say how sorry I am not to be able to set off _at once_, and be at your bedside. I shall certainly not be later than Saturday. I am of course very busy, and have no time for letter-writing. I have seen Docteur Dereims to-day, and told him of your illness. He insists on the necessity of the greatest care during your convalescence. You must especially avoid _cold drinks_, as highly dangerous.

"Things are going on as I wish for my book on Etching. I am getting hold of plates which alone would make it valuable. Pray take care of yourself. I wish I were with you."

On the following day:--

"I am very sorry to hear you had such a bad night; but from all I can hear from Dr. Dereims you are only going through the usual course of the illness. I will be with you on Saturday without fail. You may count upon me as upon an attentive, though not, I fear, a very skilful nurse. But I will try, like some other folks, to make up in talk what I lack in professional skill. I am tolerably well, but rather upset by this news from Pré-Charmoy. I could not sleep much last night.

"I am going to the exhibition to-day, and will be thinking of little wife all the time. I have met with a quantity of very fine paper for etching, of French manufacture, and have obtained Macmillan's authority to purchase it for the _text also_. It will be a splendid publication. I feel greater and greater hopes about that book.

"Only forty-eight hours of separation from the time I write."

The day after:--

"Enfin il y a bien peu de chose à faire à mes planches, et j'espère que dans un jour ce sera terminé.

"J'ai beaucoup de choses à te dire mais ce sera pour nos bonnes causeries intimes. Je voyagerai toute la nuit de vendredi afin d'arriver samedi dans la matinée. Quand je pense à toi et aux enfants, à la petite maison, à la petite rivière et à tous les détails de cette délicieuse existence que nous passons ensemble, il me faut beaucoup de courage pour rester ici seul à terminer mon travail."

When my husband reached home, I was still in bed, and unwilling to let him come to me for fear of infection; but he would not hear of keeping away. "I never catch anything," he said gayly, "don't be anxious on my account;" and he insisted upon sleeping on a little iron bedstead in the dressing-room close to our bedroom, to nurse me in the night.

He soon recovered his usual health, with occasional troubles of the nervous system; but he had grown careful about the premonitory symptoms, and used to grant himself a holiday whenever they occurred. Having been told whilst in London that novel-writing paid better than any other literary production, he now turned his thoughts towards the possibility of using his past experience for the composition of a story. It would be a pleasant change from criticism, he said, and would exercise different mental faculties. Very soon the plan of "Wenderholme" was formed, and we entertained good hopes of its success.

In the month of September, 1866, the wedding of my sister Caroline took place quietly at our house, Mr. Hamerton being looked upon as the head of the family since the death of my father. Although he prized his privacy above everything else, he was ready to sacrifice it as a token of his affection for his sister-in-law, and went through all the necessary trouble and expense for her sake. She married a young man who had formed an attachment for her ever since she was fifteen years old,--M. Pelletier,--and they went to live at Algiers, where he was then Commis d'Économat at the Lycée. It was agreed that they should spend the long vacation with us every year.

There are a good many days of frost in a Morvandau winter, and the snow often remains deep on the ground for several weeks together; there was even more than usual in 1867, so my husband devised a new amusement for the boys by showing them how to make a giant. Every time they came home, they rolled up huge balls of snow which were left out to be frozen hard, then sawn into large bricks to build up the monster. The delight of the boys may be imagined. Every new limb was greeted with enthusiastic shouts, they thought of nothing else; and, perched on ladders, their little hands protected by woollen gloves, they worked like slaves, and could hardly be got to eat their meals. But how should I describe the final scene, when in the dark evening two night-lights shone out of the giant's eyes, and flames came out of its monstrous mouth?... It was nothing less than wild ecstasy. Their father also taught them skating; there was very little danger except from falls, for they began in the meadows about the house, where they skated over shallow pools left in the hollows by rain-water or melted snow; but when they became proficient, we used to go to the great pond at Varolles. As my husband has said in one of his letters, all that was very good for him.

In January, 1868, he left again for London, and felt but little inconvenience on the way and during his stay. Knowing that I should be anxious, he formed the habit of sending me frequent short pencil notes, to say how he was. I give here a few of them:--

"LONDRES. _Vendredi soir_.

"J'ai été très occupé aujourd'hui au musée Britannique. Demain j'irai voir des expositions. Je compte partir dimanche pour Paris."

"_Samedi matin._

"J'écris dans une boutique. Je vais bien. Je dîne au Palais de Cristal avec un Club."

"_Samedi soir._

"Je vais bien. Pauvre petit Richard! embrasse-le bien pour moi; tu as dû être bien inquiète."

This was about a serious accident which had happened to our youngest boy. Whilst at play with his brother on the terrace, and in my presence, he ran his head against a low wall, and was felled senseless to the ground by the force of the blow; the temple was cut open, and his blood ran over my arm and dress when I lifted him up, apparently lifeless. The farmer's cart drove us rapidly to Autun, where we found our doctor in bed--it was ten at night. The wound was dressed and sewn up, and the pain brought back some signs of life. I asked if I ought to take a room at the hotel to secure the doctor's attendance at short intervals, but I was told that blows of that kind were either fatal or of little importance; the only thing to be done was to keep ice on the head and renew it constantly. The poor child seemed to have relapsed into an insensible state, and remained so all night. In the early morning, however, he awoke without fever, and was quite well in about three weeks.

I had asked my husband to take the opinion of an aurist about my increasing deafness, and he tenderly answered:--

"Sérieusement je ne crois pas que ta surdité augmente. Avant de te rendre compte combien tu étais sourde, tu ne savais pas quels bruits restaient pour toi inaperçus. Maintenant tu fais de tristes découvertes; moi qui suis mieux placé pour t'observer, puisque j'entends ce que tu n'entends pas, je sais que tu es très sourde, mais je ne vois pas d'augmentation depuis très longtemps et je crois que tu resteras à peu près comme tu es. J'en ai parlé aujourd'hui avec Macmillan dont une amie été comme toi pendant longtemps et qui éprouve maintenant une amélioration graduelle, mais très sensible. Tâche surtout de ne pas trop t'attrister, parce qu'il paraît que le chagrin a une tendance à augmenter la surdité. Quant à parler d'aimer mieux mourir, tu oublies que mon affection pour toi est bien au-dessus de toute infirmité corporelle, et que nous aurons toujours beaucoup de bonheur à être ensemble; du moins je parle pour moi. Et même si ta surdité augmentait beaucoup, nous aurions toujours le moyen de communiquer ensemble en parlant très haut: en France nous parlerions anglais, et en Angleterre, français."

He sympathized so much with my trouble that, unlike many other husbands, who would have been annoyed at having to take a deaf wife into society, he urged me to go with him everywhere, kindly repeated what I had not heard, and explained what I misunderstood. He always tried his best to keep away from me the feeling of solitude, so common to those who are deprived of hearing.

Just as I was rejoicing over the thought that my husband had prosperously accomplished this last journey, I had a letter from him, dated "Hôtel du Nord, Amiens," in which he said he was obliged to stop there till he felt better, for he could eat absolutely nothing, and was very weak. The worst was that I dared not leave my poor little Richard yet, to go to his father: the wound on the temple was not healed, and the doctor had forbidden all excitement, for fear of brain-fever after the shock. I was terribly perplexed when the following letter reached me:--

"HÔTEL DE L'AIGLE NOIR, FONTAINEBLEAU. _Mercredi_.

"Tu apprendras avec plaisir que j'ai regagné un peu d'appétit hier soir. J'ai mangé un dîner qui m'a fait tant de bien que ce ne serait pas cher à une centaine de francs. Cet hôtel est très propre et la cuisine y est faite convenablement sans mélange de sauces. Toute la journée de lundi à Amiens, j'ai vécu d'un petit morceau de pain d'épices. Le soir à 10 h. 1/2 j'ai mangé une tranche de jambon. Je suis parti à minuit pour Paris où je suis arrivé à 4 h. du matin. Pour ne pas me rendre plus malade, je n'ai pas voulu rester dans la grande ville que j'ai traversée d'une gare à l'autre immédiatement. J'ai pris une tasse de chocolat et écrit quelques lettres en attendant le train pour Fontainebleau qui est parti de la gare à 8 h. C'était un train demi-express, mais je l'ai bien supporté. En arrivant à Fontainebleau je n'ai pas pu déjeuner et je n'ai rien mangé jusqu'au soir quand j'ai bien dîné. C'est très économique de ne pas pouvoir manger. J'ai sauté plusieurs repas, qui par conséquent ne figurent nullement dans les notes.

"Hier soir je me suis promené un peu dans les jardins du palais qui est lui-même vaste, mais c'est un amas de constructions lourdes et de mauvais goût, du moins en général. Cela me fait l'effet d'une caserne ajoutée à une petite ville. Les jardins, les arbres sont magnifiques. Je me trouve bien ce matin, mais un peu faible par suite du peu de nourriture que j'ai pu prendre depuis quelques jours. Enfin, je suis en train de me refaire. Je désire vivement être chez moi, et j'y arriverai aussitôt que possible sans me rendre malade. Embrasse pour moi les enfants et ta mère; à toi de tout coeur."

He reached home safely, but the fatigue and weakness seemed to last longer than previously, and insomnia frequently recurred. He did his best to insure refreshing sleep by taking more exercise in the open air, but it became clear that he must abandon work at night, because when his brain had been working on some particular subject, he could not quiet it at once by going to bed, and it went on--in spite of himself--to a state of great cerebral excitement, during which production was rapid and felicitous--therefore tempting; but it was paid for too dearly by the nervous exhaustion surely following it. It was a great sacrifice on his part, because he liked nothing better than to wait till every one had retired and the house was all quiet and silent, to sit down to his desk under the lamp, and write undisturbed--and without fear of disturbance--till dawn put out the stars.

He now changed his rules, and devoted the evenings to reading.

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Philip Gilbert HamertonChapter VIII (2)

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