Chapter II: Part 2
"L'eau est dans la fontaine, et la cruche est cassée. Je ne serai plus votre servante. Je suis trop jolie. Je suis assez jolie pour épouser le prince."
Alors la maîtresse commença à rire, et dit: "Que vous êtes absurde, Lucie; vous êtes laide, laide à faire peur; retournez à la fontaine!"
La négresse retourna à la fontaine avec une troisième cruche et se pencha sur l'eau. Quand elle vit la jolie figure, réfléchie dans l'eau limpide, elle dit: "Oh, que je suis jolie!" et cette fois elle parla si haut que la princesse dans l'arbre l'entendit. Amusée par ces exclamations, elle se mit à rire. La négresse, surprise, leva la tête, et vit la jolie princesse: "Ah," pensa-t-elle, "c'est cette personne-là qui a causé tout mon malheur! Je me vengerai!"
Alors d'une voix bien douce, elle, dit: "Ma jolie dame, pourquoi êtes-vous dans cet arbre?"
"Pour attendre le prince, mon fiancé, qui est allé au palais du roi, son père, chercher une belle robe de satin blanc, et une voiture."
"Ma jolie dame, vos beaux cheveux blonds sont en désordre, voulez-vous me permettre de grimper dans l'arbre et de vous les arranger?"
La princesse consentit, la négresse grimpa sur l'arbre, prit une grande épingle, et perça la tête de la pauvre princesse, qui jeta un cri terrible et disparut. La négresse, surprise, leva la tête et vit un joli pigeon blanc qui s'envolait en poussant des cris plaintifs. Alors la négresse s'assit à la place de la princesse et attendit le retour du prince.
Quelques minutes après le prince arriva avec toute sa suite. Il regarda à droite et à gauche, et ne vit personne. Il commença à appeler:
"Ma princesse, ma belle fiancée, ma bien-aimée, où êtes-vous?"
"Ici," répondit la négresse.
Le prince courut à l'arbre avec empressement. Mais quelle ne fut pas sa surprise et son chagrin quand il vit la vilaine négresse, au lieu de sa charmante fiancée.
"Où est ma princesse, ma fiancée, une dame belle comme le jour et blanche comme la neige?" demanda-t-il.
"Je suis votre fiancée," dit la négresse; "je suis la belle princesse, je suis votre bien-aimée. Mais pendant votre absence une méchante fée est venue et m'a changée en négresse, comme vous voyez."
Le prince était un homme d'honneur, et comme il avait demandé la main de la jolie princesse, il pensa: "Je suis forcé d'épouser cette personne, parce qu'elle déclare qu'elle est ma fiancée."
Alors il aida la négresse à descendre de l'arbre et appela les dames d'honneur, qui regardèrent leur nouvelle souveraine avec dégoût. Le prince leur ordonna de vêtir la négresse, et elles lui donnèrent la belle robe de satin blanc, le voile de mariée, et la couronne de fleurs d'oranger. Mais toute cette belle toilette la faisait paraître plus laide que jamais.
Quand la toilette de la négresse fut complètement finie, le prince la conduisit à la voiture, prit place à côté d'elle, et alla au château. Le vieux roi, anxieux de voir la beauté de sa future belle-fille, la reçut à la porte. Il regarda la négresse avec surprise, se tourna vers son fils et dit avec colère:
"Mon fils, êtes-vous fou? Vous avez dit que la princesse que vous aviez choisie était plus blanche que la neige, plus belle que le jour, intelligente et aimable comme un ange, et maintenant vous arrivez avec une vilaine négresse, qui est laide à faire peur."
Le roi était si en colère contre son fils qu'il lui tourna le dos, et alla dans sa chambre, où il pleura de rage.
Le prince conduisit la négresse à l'appartement qui avait été préparé pour elle. Il plaça le château et tous les domestiques à sa disposition, et lui dit que leur mariage aurait lieu seulement le lendemain.
Alors le prince alla trouver son père, lui raconta toutes ses aventures, et déclara qu'il ne se consolerait jamais de la perte de la jolie princesse, mais, qu'étant un homme d'honneur, il ne pourrait jamais refuser d'épouser la négresse.
Pendant que le prince était avec son père, la négresse, heureuse de commander aux autres, alla partout dans le palais, donna des ordres à tous les domestiques, et arriva enfin à la cuisine, où elle dit au chef de faire beaucoup de bonnes choses à manger.
Pendant qu'elle donnait cet ordre, un joli pigeon blanc vint se poser sur un arbre, tout près de la fenêtre de la cuisine, et poussa un petit cri plaintif. La négresse vit le pigeon, le montra au chef, et dit: "Chef, prenez votre grand couteau, coupez la tête à ce pigeon, et faites-le rôtir pour mon souper."
Le cuisinier prit son grand couteau, alla dans le jardin, et tua le pauvre petit pigeon blanc. Trois gouttes de sang tombèrent à terre, et le chef porta le pigeon à la cuisine pour le rôtir pour le souper de la négresse, sa nouvelle maîtresse.
Le prince avait quitté son père, et il s'était retiré dans sa chambre pour pleurer la belle princesse. Il était près de la fenêtre; il vit le cuisinier tuer le pigeon blanc, et il remarqua les trois gouttes de sang qui tombèrent à terre.
Quelques minutes après que le cuisinier fut parti, le prince remarqua trois petites plantes qui sortaient de terre à la place où les trois gouttes de sang du pigeon étaient tombées. Ces trois petites plantes poussaient avec une rapidité extraordinaire, et en quelques minutes le prince vit avec surprise trois arbres, tout couverts de fleurs.
Quelques minutes après les fleurs avaient disparu, et le prince remarqua trois fruits verts. En un instant les fruits étaient mûrs, et le prince vit avec surprise que ces fruits étaient trois citrons. Il descendit dans le jardin, cueillit les trois citrons, remonta dans sa chambre, remplit la coupe d'or d'eau fraîche, et prit le couteau d'argent.
Le pauvre prince coupa le premier citron, en tremblant; la première princesse parut, et demanda à boire, mais le prince dit: "Oh non, charmante princesse, ce n'est pas vous que je veux pour femme." Il coupa le second citron, la seconde princesse parut, et il lui refusa aussi à boire. Mais quand il coupa le troisième citron et que la troisième princesse parut, il lui donna à boire avec empressement, et elle resta avec lui, et il l'embrassa avec joie.
La jolie princesse raconta toutes ses aventures au prince, et il dit que la négresse serait punie. Mais le prince était si heureux de revoir sa chère princesse qu'il dansa de joie. Le roi, entendant le bruit dans la chambre du prince, arriva en colère, ouvrit la porte, et dit: "Mon fils, vous êtes décidément fou! Pourquoi dansez-vous maintenant?"
"Oh mon père," répondit le prince, "je danse de joie, parce que j'ai retrouvé la chère princesse, la plus jolie femme du monde!" et le prince présenta la princesse à son père, qui la regarda avec admiration, et dit: "Mon fils, vous avez raison, cette princesse est belle comme le jour, blanche comme la neige, et je suis sûr qu'elle est aussi bonne et intelligente qu'un ange!"
Alors le roi demanda au prince comment il avait retrouvé la princesse, où elle avait disparu, et quand il eut entendu toute l'histoire, il dit: "La négresse est une très méchante femme. Elle mérite une punition très sévère."
Alors le roi prit un grand voile, le jeta sur la tête de la princesse, et la mena dans la grande salle, où tous les courtisans étaient assemblés autour de la négresse, qui portait une robe de satin rose toute couverte de perles et de diamants.
Le roi s'avança vers la négresse et dit: "Madame, demain vous pensez être la reine de ce royaume. Donnez-moi votre opinion, et dites-moi quelle punition mérite la personne qui attaquerait la future femme du prince, mon fils?"
"Une personne qui attaquerait la femme de votre fils mériterait une mort terrible. Elle mériterait d'être jetée dans un grand four, rôtie toute vive, et je commanderais que ses cendres fussent jetées au vent."
Le roi répondit: "Madame, vous avez prononcé votre propre punition. Vous êtes une femme cruelle! Vous avez voulu tuer cette jolie princesse, la future femme de mon fils, et vous serez jetée dans un four, rôtie toute vive, et je commanderai que vos cendres soient jetées au vent!"
Alors le roi leva le voile de la princesse, et tous les courtisans et toutes les dames d'honneur s'écrièrent: "Oh, quelle jolie princesse!"
La pauvre négresse se jeta à genoux devant le roi, et dit: "Mon roi, mon roi, ayez compassion de moi, ayez compassion de moi, ne me faites pas rôtir toute vive dans un four. Pardon, mon roi, pardon!"
Mais le roi refusa de pardonner à la négresse; alors la belle princesse s'avança, et dit: "Votre majesté a promis de me donner un beau cadeau de noces. Donnez-moi la vie de cette pauvre créature si ignorante!"
Le roi consentit à la demande de la princesse, qui trouva une bonne place pour la négresse, et tout le monde déclara que la nouvelle reine était aussi bonne que belle.
Le mariage du prince et de la princesse fut célébré le lendemain avec beaucoup de pompe et de cérémonie, et le prince et la princesse furent heureux tout le reste de leur vie, et regrettés après leur mort de tous leurs sujets.
LA VILLE SUBMERGÉE.[9]
[Note 9: This is one of the Dutch Mediæval Legends. The only Stavoren now existing is a little fishing town on the northeast coast of the Zuyder Zee. This gulf was caused by "the terrific inundations of the thirteenth century," when thousands of people perished. It was only after this inundation took place that the city of Amsterdam arose on the southwest shore of the Zuyder Zee. The story, with the exception of the inundation, is purely mythical.]
Il y avait une fois, en Hollande, une grande et belle ville appelée Stavoren. Cette ville était située près de la mer, et les habitants étaient très riches, parce que leurs vaisseaux allaient dans toutes les différentes parties du monde chercher les trésors de toutes les différentes contrées.
Les habitants de Stavoren étaient très riches, et ils étaient fiers de leur or, fiers de leur argent, fiers de leurs vaisseaux, et fiers de leurs grands palais. Ils étaient fiers et égoïstes aussi, parce qu'ils ne pensaient jamais aux pauvres, qui n'avaient ni or, ni argent, ni vaisseaux, ni palais.
Il y avait une dame à Stavoren qui était plus riche et plus fière que tous les autres habitants; elle était aussi plus égoïste et plus cruelle envers les pauvres. Un jour, cette dame si riche appela le capitaine de son plus grand vaisseau, et dit:
"Capitaine, préparez votre vaisseau, et quittez le port. Allez me chercher une grande cargaison de la chose la plus précieuse du monde."
"Certainement, madame," dit le capitaine, "commandez, et j'obéirai. Mais que voulez-vous, madame? Voulez-vous une grande cargaison d'or, d'argent, de pierres précieuses, ou d'étoffes? Que voulez-vous?"
"Capitaine," répondit la dame, "j'ai donné mes ordres. Je demande une cargaison de la chose la plus précieuse du monde. Il y a seulement une chose qui est plus précieuse que toutes les autres. Allez chercher cette chose-là et partez immédiatement."
Le pauvre capitaine, qui avait peur de la dame, obéit. Il alla au port, il prépara son vaisseau, et partit. Alors il appela ses officiers et ses matelots, et dit:
"Camarades, notre maîtresse a commandé une grande cargaison de la chose la plus précieuse du monde. Elle a refusé de dire quelle est la chose la plus précieuse du monde. Je ne sais pas quelle est la chose la plus précieuse du monde. Savez-vous quelle est la chose la plus précieuse du monde?"
"Oui, mon capitaine," répondit un officier, "la chose la plus précieuse du monde, c'est l'or."
"Oh, non, mon capitaine," répondit un autre officier, "la chose la plus précieuse du monde, c'est l'argent."
"Non," dit un autre. "Mes camarades, la chose la plus précieuse du monde ce sont les pierres précieuses, les perles, les diamants, et les rubis."
Un autre matelot dit: "Mon capitaine, la chose la plus précieuse du monde ce sont les étoffes." Tous les hommes et tous les officiers avaient une opinion différente, et le pauvre capitaine était très embarrassé. Enfin le capitaine dit: "Je sais quelle est la chose la plus précieuse du monde, c'est le blé. Avec le blé on fait le pain, la chose la plus précieuse du monde, parce que le pain est indispensable." Le capitaine était content, et tous les hommes étaient contents aussi.
Le capitaine dirigea son vaisseau dans la mer Baltique.[10] Il alla à la ville de Dantzic.[11] Là il acheta une grande cargaison de blé magnifique. Il chargea la cargaison de blé sur son vaisseau, et il repartit pour Stavoren. Pendant son absence, la dame avait fait visite à toutes les personnes riches de Stavoren, et avait dit: "J'ai envoyé mon capitaine chercher une cargaison de la chose la plus précieuse du monde."
[Note 10: The Baltic Sea, between Germany, Denmark, Scandinavia, and Russia.]
[Note 11: Dantzic, a city in West Prussia, on the Baltic coast.]
"Ah," répondaient les personnes riches, "quelle est cette chose?" Mais la dame refusait de répondre et disait seulement: "Devinez, mes amis, devinez."
Naturellement la curiosité de toutes les personnes de Stavoren était grande, et elles attendaient le retour du capitaine avec impatience. Un jour le grand vaisseau arriva dans le port, le capitaine se présenta devant la dame qui le regarda avec surprise, et dit:
"Comment, capitaine, déjà de retour! Vous avez été rapide comme un pigeon. Avez-vous la cargaison que j'ai demandée?"
"Oui, madame," répondit le capitaine, "j'ai une cargaison du plus magnifique blé!"
"Comment!" dit la dame. "Une cargaison de blé! Misérable! j'ai demandé une cargaison de la chose la plus précieuse du monde, et vous apportez une chose aussi vulgaire, aussi ordinaire, aussi commune que du blé!"
"Pardon, madame," dit le capitaine. "Le blé n'est pas vulgaire, ordinaire, et commun. Le blé est très précieux. C'est la chose la plus précieuse du monde. Avec le blé on fait le pain. Et le pain, madame, est indispensable."
"Misérable!" dit la dame. "Allez au port, immédiatement, et jetez toute la cargaison de blé à la mer."
"Oh, madame, quel dommage!" dit le capitaine. "Le blé est si bon! Si vous ne voulez pas ce bon blé, donnez-le aux pauvres, ils ont faim, ils seront contents."
Mais la dame refusa, et dit encore une fois: "Capitaine, allez au port, immédiatement, et jetez toute la cargaison de blé à la mer! J'arriverai au port dans quelques minutes pour voir exécuter mes ordres."
Le pauvre capitaine partit. En route il rencontra beaucoup de pauvres, et dit: "Ma maîtresse, la dame la plus riche de Stavoren, a une grande cargaison de blé. Elle ne veut pas ce blé. Elle a commandé de jeter toute la cargaison à la mer. Si vous voulez le blé, venez au port, peut-être que ma maîtresse aura compassion de vous, et vous donnera toute la cargaison."
Quelques minutes plus tard tous les pauvres de Stavoren étaient assemblés sur le quai; la dame arriva, et dit:
"Capitaine, avez-vous exécuté mes ordres?"
"Non, madame, pas encore!"
"Alors, capitaine, obéissez, jetez toute la cargaison de blé à la mer."
"Madame," dit le capitaine, "regardez tous ces pauvres, ils ont faim! Donnez le blé que vous ne voulez pas aux pauvres!"
"Oh, oui, madame! Nous avons faim, nous avons faim," crièrent les pauvres. "Donnez-nous le blé! Donnez-nous le blé!"
Mais la dame était très cruelle, et dit:
"Non, non! Capitaine, j'ai commandé. Jetez tout le blé à la mer, immédiatement."
"Jamais, madame!" répondit le capitaine. Alors la dame fit un signe aux officiers et aux matelots, et répéta son ordre. Les hommes obéirent, et malgré les cris des pauvres, et malgré leurs pleurs, tout le blé fut jeté à la mer.
La dame regarda en silence, et quand la procession de sacs eut cessé, elle demanda aux officiers et aux matelots:
"Avez-vous jeté tout le blé à la mer?"
"Oui, madame," répondirent les hommes.
"Oui, madame," dit le capitaine d'une voix indignée, "mais un jour arrivera où vous regretterez ce que vous avez fait! Un jour arrivera où vous aurez faim! Un jour arrivera où personne n'aura compassion de vous!"
La dame regarda le capitaine avec surprise, et dit:
"Capitaine, c'est impossible. Je suis la personne la plus riche de Stavoren. Moi, avoir faim, c'est absurde!"
Alors la dame prit une bague de diamants, la jeta à la mer, et dit: "Capitaine, quand cette bague de diamants sera placée dans ma main, je croirai ce que vous avez dit!" et la dame quitta le port.
Quelques jours après, un domestique trouva la bague de diamants dans l'estomac d'un poisson qu'il préparait pour le dîner de la dame. Il porta la bague à sa maîtresse. Elle regarda la bague avec surprise, et demanda: "Où avez-vous trouvé cette bague?" Le domestique répondit: "Madame, j'ai trouvé la bague dans l'estomac d'un poisson!"
Alors la dame pensa aux paroles du capitaine. Le même jour la dame reçut la nouvelle de la destruction de tous ses vaisseaux, et elle perdit aussi tout son or, tout son argent, toutes ses pierres précieuses, et tous ses palais.
La dame n'était plus riche, mais elle était pauvre, très pauvre. Elle alla de porte en porte, demander quelque chose à manger, mais tous les riches et tous les pauvres de Stavoren refusèrent de lui donner du pain. La pauvre dame périt enfin de froid et de faim.
Les autres personnes riches de Stavoren ne changèrent pas leurs habitudes. Alors le bon Dieu, qui n'aime pas les personnes égoïstes, envoya un second avertissement.
Un jour, le port de Stavoren se trouva bloqué par un grand banc de sable. Ce banc empêcha le commerce, et dans quelques jours le blé que la dame avait jeté à la mer, commença à pousser, et le banc de sable était tout couvert d'herbe verte.
Toutes les personnes de Stavoren regardèrent le blé et dirent: "C'est un miracle, c'est un miracle!" Mais, le blé ne produisit pas de fruit! Le commerce avait cessé; les riches avaient assez à manger, mais les pauvres étaient plus pauvres qu'avant.
Alors Dieu envoya un troisième avertissement. Un jour, un homme arriva dans la maison où tous les riches étaient assemblés, et dit; "J'ai trouvé deux poissons dans le puits! La digue est rompue. La digue est rompue. Protégez la ville, protégez les maisons des pauvres près de la digue!"
Mais les riches continuèrent à danser. La mer entra dans la ville pendant la nuit, et tout à coup toutes les maisons et tous les palais de Stavoren furent submergés.[12] Les pauvres périrent, les riches périrent aussi, et le Zuidersée occupe maintenant la place de la belle ville de Stavoren, détruite à cause de l'égoïsme de ses habitants riches qui refusaient de donner à manger aux pauvres.
[Note 12: Many dikes are built in Holland to prevent the country from being submerged, as a great portion of it now lies beneath the level of the North Sea.]
LE POISSON D'OR.[13]
[Note 13: This is a Russian fairy story. It is a favorite along the shores of the Baltic Sea.]
Il y avait une île au milieu de l'océan où il y avait une petite cabane. Dans cette cabane vivaient un vieillard et sa femme. Ils étaient pauvres, très pauvres, et le mari avait seulement un filet. Tous les jours il allait pêcher, et lui et sa femme mangeaient les poissons qu'il prenait dans son filet.
Un jour après avoir pêché longtemps, il prit un petit poisson d'or qui avait une voix humaine, et qui dit: "Brave homme, rejette-moi dans la mer bleue. Je suis si petit, donne-moi la vie, et je ferai tout ce que tu me demanderas."
Le pêcheur eut compassion du petit poisson, et retourna à la cabane sans rien.
Sa femme demanda, "Eh bien, mon mari, as-tu pris beaucoup de poissons?"
"Non," dit-il, "j'ai pêché toute la journée, et j'ai seulement pris un petit poisson d'or."
"Où est-il?" dit la femme.
"Dans la mer," répondit le pêcheur, "il m'a tant prié d'avoir compassion de lui que je l'ai remis dans l'eau."
La femme était très indignée.
"Imbécile!" dit-elle, "tu avais la fortune dans la main et tu as été trop stupide pour en profiter."
Elle parla tant que le vieillard, fatigué de ses reproches, courut au bord de la mer, et cria:
"Poisson d'or, poisson d'or! viens à moi, la queue dans la mer, la tête tournée vers moi!"
Le poisson d'or arriva aussitôt, et dit: "Vieillard, que veux-tu?"
"Je veux du pain pour ma femme qui est en colère."
"Va à la maison, vieillard, et tu trouveras du pain en abondance," dit le poisson.
Le vieillard arriva à la cabane, "Eh bien, ma femme, as-tu du pain en abondance?"
"Oui," dit la femme, "mais je suis bien malheureuse. J'ai cassé mon baquet, je ne sais où laver mon linge. Va trouver le poisson d'or, et dis-lui que je veux un baquet neuf."
Le vieillard alla au bord de la mer, et cria:
"Poisson d'or, poisson d'or! viens à moi, la queue dans la mer, la tête tournée vers moi!"
Le poisson d'or arriva en disant, "Vieillard, que veux-tu?"
"Un baquet neuf pour ma femme, qui n'est pas contente parce qu'elle ne peut pas laver son linge."
"Va à la maison," dit le poisson d'or, "et tu y trouveras un baquet neuf."
Le vieillard retourna chez lui, et dit: "Eh bien, ma femme, as-tu un baquet neuf?"
"Oui," dit la femme, "mais va dire au poisson d'or que notre cabane tombe en ruine, et qu'il m'en faut une autre."
Le vieillard retourna au bord de la mer et cria:
"Poisson d'or, poisson d'or, viens à moi!"
"Que veux-tu?" demanda le poisson.
"Une cabane neuve pour ma femme, qui est de bien mauvaise humeur."
"Très-bien, va à la maison, et tu trouveras une cabane neuve!"
Le vieillard arriva chez lui et vit une belle cabane neuve. Sa femme ouvrit la porte, et dit:
"Imbécile, va dire au poisson d'or que je veux être archiduchesse, et demeurer dans un beau château, où j'aurai beaucoup de domestiques qui me feront de grandes révérences."
Le vieillard retourna au bord de la mer et fit la commission.
"C'est bien," lui dit le poisson d'or, "retourne à la maison; tu trouveras tout fait."
Arrivé à la maison, le vieillard vit un château magnifique. Sa femme, vêtue d'or et d'argent, était assise sur un trône et donnait ses ordres à une foule de domestiques. Quand elle aperçut le vieillard elle dit:
"Qui est ce vieillard-là, ce mendiant?" et elle commanda qu'on le mît à la porte. Mais bientôt elle voulut être impératrice. Elle fit donc venir le vieillard et lui dit d'aller trouver le poisson d'or et de lui dire: "Ma femme ne veut plus être archiduchesse; elle veut être impératrice."
Le vieillard obéit, et le poisson d'or accorda aussi ce souhait. Enfin la méchante femme voulut être reine des eaux et commander à tous les poissons.
Le vieillard alla donc au bord de la mer, appela le petit poisson d'or et dit:
"Poisson d'or, ma femme n'est toujours pas contente. Elle dit qu'elle aimerait être reine des eaux et commander à tous les poissons."
"Oh, c'est trop," dit le petit poisson d'or, "elle ne sera jamais reine des eaux, elle est bien trop méchante, et je suis sûr que tous les poissons seraient bien malheureux sous ses ordres."
Le poisson disparut, en disant ces mots, et quand le vieillard arriva chez lui, il retrouva la pauvre cabane, le baquet cassé, la vieille femme mal vêtue, et il fut obligé de reprendre son filet et de pêcher. Mais il eut beau jeter son filet à la mer, il ne retrouva plus le poisson d'or.
LA CABANE AU TOIT DE FROMAGE.[14]
[Note 14: This is one of the Swedish folk tales; another well-known version of "Hans and Gretchen."]
Une vieille sorcière demeurait dans une cabane au milieu d'une forêt sur une haute montagne. Cette femme était très cruelle, et elle aimait manger les petits enfants. Elle avait l'habitude de placer tous ses fromages sur le toit de sa cabane, afin d'attirer tous les enfants du voisinage. A une certaine distance de cette cabane, demeurait un pauvre paysan qui avait deux enfants, une petite fille très stupide et un garçon qui était bien intelligent.
Un jour le paysan envoya les enfants dans la forêt pour cueillir des fraises. Ils arrivèrent bientôt à la maison de la sorcière, et comme ils avaient bien faim, le garçon grimpa sur le toit. Il prit un fromage. La vieille sorcière entendit un petit bruit, et cria: "Qui est là, sur mon toit?"
"Ce sont de petits anges," répondit le petit garçon d'une voix bien douce.
La sorcière dit: "Chers petits anges, mangez autant de fromage que vous voulez," et elle resta assise auprès du feu. Le petit garçon prit des fromages et partit avec sa soeur.
Quelques jours après, les enfants revinrent. Le garçon grimpa sur le toit, et la sorcière cria: "Qui est là, sur mon toit?"
Le garçon répondit comme la première fois: "Ce sont de petits anges!" et la petite fille, qui aimait beaucoup causer, cria: "Je suis là aussi!"
Alors la sorcière sortit de la maison, et saisit les deux enfants en disant: "Oh, oui, vous êtes deux jolis petits anges et vous ferez un bon rôti. Comment est-ce que votre mère tue ses porcs?" demanda-t-elle.
La petite fille dit: "Elle leur coupe la tête avec son grand couteau."
"Non, non," dit le garçon, "elle leur met une corde autour du cou."
La sorcière alla chercher une corde, la mit autour du cou du garçon, qui tomba par terre comme s'il était mort.
"Es-tu mort, maintenant?" demanda la sorcière.
"Oui," répondit le garçon.
"Oh, non," dit la sorcière; "tu n'es pas mort pour de bon, car tu parles encore."
Le garçon répliqua: "Je parle encore parce que ma mère engraisse toujours ses porcs avant de les rôtir. Elle dit qu'ils sont bien meilleurs."
"Une bonne idée!" dit la sorcière.
Elle prit les deux enfants, les mit dans une cage, et dit: "Comment votre mère engraisse-t-elle ses porcs?"
"Oh, elle leur donne du grain," dit la petite fille.
"Non, non," dit le garçon, "ma soeur se trompe, elle est si petite! Ma mère engraisse ses porcs avec des gâteaux et du lait doux."
"Bon," dit la sorcière, "c'est ce que je ferai."
La sorcière leur donna donc beaucoup de gâteaux et de lait doux. Un jour elle arriva à la cage, et dit: "J'ai mal aux yeux et je ne puis pas voir si vous êtes assez gras. Levez le doigt que je le tâte."
La petite fille allait faire juste comme la vieille avait dit; mais le petit garçon prit sa place et présenta un petit bâton.
La sorcière le tâta, et dit:
"Vous êtes bien maigres." Et elle leur donna deux fois plus de gâteaux et de lait doux.
Quelques jours après, elle dit de nouveau:
"Levez le doigt, je veux voir si vous êtes assez; gras."
Le garçon tendit une queue de chou, et la vieille femme dit:
"Oui, vous êtes assez gras." Elle porta les enfants dans sa cabane, et dit à la fille de faire un grand feu dans le four. Quand il fut bien chaud, elle dit aux enfants: "Maintenant, mettez-vous sur la pelle, l'un après l'autre, et je vous mettrai au four."
La petite fille, toute tremblante, allait obéir, quand son frère prit sa place. Mais quand la vieille prit la pelle, il roula à terre. La sorcière se mit en colère, mais le garçon s'excusa poliment, et dit:
"Madame, nous sommes bien stupides, et bien gauches, je le sais; montrez-nous comment nous placer sur la pelle!" La sorcière se plaça sur la pelle, le garçon la poussa vite dans le four et ferma la porte.
Alors il prit tous les fromages de la sorcière, et accompagné de sa petite soeur, il rentra tout joyeux chez son père. Quant à la sorcière, elle fut bien rôtie, et personne ne pleura sa mort.
LE VRAI HÉRITIER.[15]
[Note 15: This anecdote is adapted from a story in a French Reader, "Livre de Morale en Action," by Barrau.]
Julien était le fils d'un homme très pauvre. Son père tomba malade et mourut, et le pauvre Julien était seul, tout seul. Julien était jeune, et un homme riche dit: "Pauvre enfant, vous avez perdu votre père et votre mère, vous êtes orphelin, vous êtes seul au monde. J'ai pitié de vous!" Et l'homme riche plaça Julien dans une bonne famille, se chargea de son éducation, et quand il fut assez grand il le plaça en apprentissage.
Son apprentissage fini, Julien dit adieu à son bienfaiteur, et partit pour son tour de France. Cinq ans après, il arriva à la maison. Il avait beaucoup voyagé, il avait beaucoup travaillé, mais il n'avait pas gagné beaucoup d'argent.
Sa première pensée en arrivant dans sa ville natale fut d'aller faire visite à son bienfaiteur. Hélas, le pauvre homme était mort. Julien trouva tous les héritiers dans la maison. Ils étaient tous furieux parce que leur oncle n'avait pas laissé une aussi grande fortune qu'ils avaient espéré.
Les héritiers désappointés firent une vente de tous les objets qui étaient dans la maison de leur oncle. Julien alla à la vente, et il vit avec surprise que les héritiers n'avaient aucun respect pour la mémoire de leur oncle. Ils vendaient tout. Enfin Julien vit avec indignation qu'ils vendaient même le portrait du pauvre mort.
Naturellement Julien acheta les objets que son bienfaiteur avait le plus aimés, et naturellement il acheta aussi le portrait, et il donna tout l'argent qu'il avait au monde pour l'obtenir. Il porta ce portrait dans sa chambre, sa misérable petite chambre, et le suspendit contre le mur par une petite ficelle (corde). Mais la ficelle était vieille, le portrait était lourd, et bientôt la ficelle cassa, et le portrait tomba.
Julien examina le portrait avec soin, et trouva le cadre cassé. Il voulut réparer le cadre, et il vit quelque chose de curieux. Il examina le cadre de plus près et découvrit bientôt des diamants, et un papier sur lequel son bienfaiteur avait écrit:
"Je suis sûr que mes héritiers sont des ingrats. Je suis sûr qu'ils vendront même mon portrait. Ce portrait sera peut-être acheté par une personne à qui j'ai fait du bien. Ces diamants sont pour cette personne; je les lui donne."
Le papier était signé, et personne ne put disputer la possession des diamants à Julien, qui se trouva ainsi le vrai héritier de la fortune de son bienfaiteur.
Il était si riche, qu'il pensa aux pauvres enfants de la ville, orphelins comme lui. Il construisit une grande maison pour eux, et il leur raconta souvent l'histoire du portrait de son cher bienfaiteur.
YVON ET FINETTE.[16]
[Note 16: Brittany is the most westerly province of France. The people, who are called Bretons, are descendants of the ancient Celts. They have a language of their own, are very imaginative, and delight in extravagant tales like this one, which is one of their special favorites. Laboulaye also gives a version of this tale in his "Fairy Book."]
Dans la Bretagne, il y avait autrefois la noble famille des barons Kerver. Le baron, qui était aussi brave que bon, avait douze enfants, six fils, grands et forts comme lui, et six filles, belles comme le jour, et vraiment adorables. Avec une telle famille vous pouvez comprendre que le baron Kerver était fier et heureux, et quand un autre enfant arriva, il dit: "Vraiment je ne sais pas où je trouverai la place pour ce garçon, le château est déjà plein!"
Le nouveau-venu fut appelé Yvon et bientôt il gagna tous les coeurs par sa franchise, sa bonne humeur et surtout par son courage, car il n'avait peur de rien. Quand Yvon eut atteint l'âge d'homme il dit à son père: "Mon père, vous avez tant d'enfants qu'il n'y a pas de place dans le château pour moi. Permettez-moi d'aller chercher fortune."
Le baron Kerver refusa d'abord de se séparer de son cher enfant, mais enfin il consentit au départ d'Yvon. Le jeune homme dit adieu à ses parents, à ses frères et à ses soeurs et partit gaiement en répétant la devise des Kerver: "En avant," chaque fois qu'un obstacle ou un danger se présentait. Enfin il arriva à la mer et s'embarqua dans un vaisseau prêt à partir, en criant: "En avant."
Quelques jours après, quand le vaisseau était en pleine mer, une tempête terrible s'éleva, et bientôt le vaisseau fut englouti par les vagues, et Yvon se trouva seul dans l'eau: "En avant," répéta-t-il courageusement, et il se mit à nager vigoureusement. Il arriva enfin en vue de terre, et après avoir fait beaucoup d'efforts il se trouva sur une plage, où il se reposa quelques heures avant de continuer son chemin.
Quand il fut un peu reposé, il grimpa sur une montagne, et du haut de cette montagne, il s'aperçut qu'il était sur une île. L'île n'était pas déserte, cependant, car Yvon aperçut une maison immense à quelque distance. Il se dirigea vers cette maison, et fut tout surpris en voyant la grandeur des portes et des fenêtres qui n'avaient pas moins de soixante pieds de haut.
Yvon ne se déconcerta cependant pas, et s'approcha de la porte. Le marteau était hors de portée. Il prit une grosse pierre et frappa à la porte. Un géant, qui n'avait pas moins de quarante pieds de haut, ouvrit la porte, et demanda d'une voix terrible:
"Qui êtes-vous, et que voulez-vous?"
"Je suis Yvon, fils du baron Kerver, en Bretagne, et je viens chercher fortune!" dit Yvon, sans trembler.
"Très-bien!" dit le géant. "Votre fortune est faite, j'ai besoin d'un domestique, vous pouvez entrer à mon service. Si vous me servez bien, je vous récompenserai bien; mais si vous n'êtes pas fidèle et si vous ne faites pas exactement ce que je vous dis, je vous mangerai."
"C'est entendu!" dit Yvon. Alors le géant lui dit:
"Aujourd'hui je suis très occupé. Je vais mener mes troupeaux à la montagne, je serai absent toute la journée. Pendant mon absence vous pouvez nettoyer les écuries. Je ne vous donne rien de plus à faire, mais je vous défends d'entrer dans ma maison!"
Le géant partit en disant ces mots. Yvon le suivit des yeux, et quand il fut hors de vue, il ouvrit la porte et entra dans la maison, en disant:
"Il est clair qu'il y a quelque chose d'intéressant à voir dans cette maison; sans cela le géant ne m'aurait pas défendu d'y entrer."
Yvon entra dans la première chambre; elle était vide, complètement vide. Il n'y avait rien qu'une marmite suspendue dans la cheminée. Yvon s'avança et remarqua avec surprise que la marmite contenait une soupe étrange qui bouillait. Comme il n'y avait pas de feu sous la marmite, Yvon trouva ceci très extraordinaire.
Il coupa donc une mèche de ses cheveux, la trempa dans la soupe, et quand il l'en retira, il fut très surpris de voir que les cheveux étaient couverts de cuivre. "Oh!" dit-il, "monsieur le géant a sans doute un estomac bien solide puisqu'il peut digérer une soupe pareille!"
Yvon alla dans la seconde chambre. Il la trouva exactement pareille à la première, et là aussi il trouva une marmite, mais quand il trempa une mèche de cheveux dans la soupe bouillante qu'elle contenait, il remarqua que la mèche était toute couverte d'une couche d'argent. "Oh," dit-il, "monsieur le géant a vraiment une digestion admirable, et il faut qu'il soit riche pour pouvoir se payer des soupes pareilles."
Yvon entra alors dans la troisième chambre, et bien qu'elle fût exactement pareille aux deux premières, il découvrit bientôt que la soupe dans la troisième marmite était une soupe d'or. Sa curiosité était éveillée, et il courut vite ouvrir une quatrième porte, et entra hardiment dans une quatrième chambre.
Oh, quelle surprise! Il vit devant lui une charmante jeune fille, qui s'approcha vivement de lui, et qui lui dit:
"Qui êtes-vous? Que faites-vous ici? Partez vite, malheureux, car si le géant vous trouve ici, il vous tuera!"
Le jeune homme répondit aussitôt: "Je suis Yvon, fils du baron Kerver. Je suis venu chercher fortune. Je n'ai pas peur du géant que j'ai vu et qui m'a engagé comme domestique."
"Que vous a-t-il donné à faire?" demanda la jeune fille en tremblant.
"Il m'a dit de nettoyer l'écurie. C'est bien simple, car je l'ai souvent vu faire aux domestiques de mon père. On prend un balai, on balaie, et voilà tout!"
"Oh!" dit la jeune fille, "c'est très facile dans une écurie ordinaire, mais dans une écurie magique comme celle du géant, ce n'est pas si simple, car toutes les fois que vous jetterez du fumier par la porte il en entrera plus par la fenêtre. Mais si vous tournez le balai, et si vous commencez à balayer avec le manche, l'écurie se nettoiera toute seule."
"Très-bien!" dit Yvon, "je suivrai votre conseil, et maintenant asseyons-nous là, côte à côte, et causons."
Le temps passa vite, bien vite; et avant la fin de la journée Yvon avait non seulement raconté toute sa vie à la jeune fille, mais il avait aussi appris qu'elle s'appelait Finette, qu'elle était un peu fée, mais qu'elle était la captive et la servante du géant, qui était un homme cruel. Leur conversation était si intéressante qu'elle dura jusqu'à tard dans l'après-midi. Enfin Finette dit: "Mon ami, allez vite nettoyer l'écurie, sans cela le géant arrivera avant que votre tâche ne soit finie."
Yvon la quitta donc et alla à l'écurie. Il prit un balai et jeta du fumier par la porte comme il l'avait vu faire aux domestiques de son père, mais au même instant une quantité de fumier entra par la fenêtre. Alors il se rappela ce que Finette lui avait dit. Il saisit le balai et commença à balayer avec le manche. A l'instant même l'écurie se trouva toute propre comme par enchantement.
Yvon mit le balai dans un coin, puis il alla s'asseoir sur le banc devant la porte de la maison du géant. Quand il vit arriver son maître, il se croisa les jambes, renversa la tête en arrière, ferma les yeux et commença à siffler nonchalamment.
Le géant arriva, et demanda avec colère: "Eh bien, paresseux, pourquoi ne travaillez-vous pas?"
Yvon ouvrit les yeux lentement, et dit: "Je n'ai rien à faire!"
"Comment," cria le géant; "je vous ai dit de nettoyer mon écurie."
"C'est fait!" dit Yvon tranquillement. Le géant courut à l'écurie, et revint en disant: "Misérable! vous n'avez pas fait ceci tout seul; vous avez vu ma Finette."
"Mafinette," dit Yvon, "mafinette! Qu'est-ce que c'est que cela? Est-ce un animal, une personne, ou une chose? Mon maître, montrez-moi ça!"
Le géant dit: "Imbécile, vous ne saurez que trop tôt ce que c'est. Allez vous coucher dans la grange, et je vous dirai ce que vous aurez à faire demain."
Le lendemain avant de partir de nouveau pour toute la journée le géant dit à Yvon: "Allez à la montagne, attrapez mon cheval noir et mettez-le à l'écurie. Je veux m'en servir demain. Mais n'allez pas dans ma maison, et ne cherchez pas à découvrir ma Finette!"
"Ah, mon maître," dit Yvon, "vous parlez toujours de mafinette. Qu'est-ce que c'est que mafinette?"
Le géant ne répondit pas et partit, mais aussitôt qu'il fut hors de vue Yvon courut joyeusement dans la maison pour voir Finette, qu'il aimait déjà beaucoup. Finette lui demanda ce que le géant lui avait donné à faire.
"Oh!" dit Yvon négligemment, "c'est quelque chose de très facile. Il m'a dit d'aller à la montagne attraper son cheval, de le ramener et de le mettre à l'écurie. Il veut s'en servir demain."
"Oh!" dit Finette, "ce n'est pas aussi facile que vous pensez, mon cher Yvon, car le cheval du géant est immense, et de sa bouche et de ses narines jaillit un feu dévorant qui tue toutes les personnes qui l'approchent."
"Très-bien!" dit le jeune homme, "je n'irai pas à la montagne, car je n'ai nulle envie de mourir!"
"Oh!" dit Finette, "si vous prenez la bride magique suspendue derrière la porte de l'écurie, le cheval sera docile comme un agneau, et vous pourrez le brider et le monter sans danger."
Yvon remercia la jeune fille de ses bons conseils, et après avoir causé avec elle presque toute la journée, il alla chercher la bride magique, et partit pour la montagne. Arrivé là, il entendit bientôt un bruit, comme le tonnerre, et il vit venir au grand galop un cheval monstre, de la bouche et des narines duquel jaillissait un feu dévorant.
Yvon, qui n'avait peur de rien, secoua la bride, et le coursier vint s'agenouiller devant lui, doux comme un agneau. Yvon brida le cheval sans peine, monta sur son dos, retourna à la maison et le mit à l'écurie.
Cela fait, il alla s'asseoir sur le banc, devant la porte, et quand il vit venir le géant, il se croisa les jambes, ferma les yeux et commença à siffler.
Le géant s'approcha, et lui dit avec colère: "Eh bien, paresseux, pourquoi n'avez-vous pas fait ce que je vous ai commandé?"
"C'est fait, mon maître, votre cheval est à l'écurie, et c'est une bien gentille bête, allez!"
"Mon cheval une gentille bête!" s'écria le géant avec surprise, et il courut à l'écurie pour voir si c'était vraiment son cheval que le jeune homme avait ramené de la montagne.
Il revint en quelques minutes en grommelant: "Misérable, vous n'avez pas fait ceci tout seul. Quelqu'un vous a aidé. Vous avez vu ma Finette."
"Mafinette, mafinette!" dit Yvon. "Vous parlez toujours de mafinette, mon maître; qu'est-ce donc que mafinette?"
"Vous ne saurez que trop tôt," dit le géant, et il alla se coucher.
Le lendemain, avant de partir, il dit à Yvon: "Yvon, allez aujourd'hui à l'abîme sans fond, toucher mes revenus!"
"Très-bien!" dit Yvon, sans paraître le moins du monde surpris, et le géant partit.
Quand il fut hors de vue, Yvon courut rejoindre Finette, qui lui demanda anxieusement ce que le géant lui avait commandé de faire.
"Oh!" dit Yvon, "le géant m'a dit: 'Allez à l'abîme sans fond, toucher mes revenus.' Je ne sais pas où c'est, ni combien le géant veut, mais je suis sûr que vous savez tout, ma Finette chérie, et que vous m'aiderez de nouveau."
Finette rougit, sourit, et dit: "Oui, Yvon, je sais en effet où est l'abîme sans fond. Prenez cette baguette, allez à la montagne, frappez-en le grand rocher noir trois fois. Le rocher s'ouvrira, et un démon paraîtra; il vous demandera brusquement: 'Que voulez-vous?' et vous répondrez, 'Les revenus du géant!' Alors il dira: 'Combien voulez-vous?' Vous répondrez: 'Pas plus que je ne peux porter.'
"Alors le démon vous fera entrer dans une grotte immense, où vous verrez des diamants, des rubis, des perles, des émeraudes, des topazes, des améthystes, de l'or et de l'argent en grandes quantités. Vous verrez un sac par terre. Prenez-le et remplissez-le, sans dire un seul mot, et sortez en silence."
"Très-bien," dit Yvon, "je ferai exactement tout ce que vous m'avez dit, ma chère Finette." Et il s'assit à côté d'elle, et ils causèrent longtemps ensemble. Quand l'après-midi arriva, le jeune homme prit la baguette, et partit pour la montagne. Il trouva le rocher noir sans peine. Il le frappa trois fois de sa baguette. Le rocher s'ouvrit, et un démon parut, qui dit d'une voix terrible:
"Que voulez-vous?"
"Les revenus du géant!" répondit Yvon sans se laisser déconcerter.
"Combien voulez-vous?" demanda brusquement le démon.
"Pas plus que je ne puis porter," dit Yvon.
"Entrez!" fit le démon, et il conduisit Yvon dans une grotte toute étincelante d'or, d'argent, et de pierreries. Yvon vit un sac à terre; il le prit et le remplit d'or, d'argent, et de pierreries, et sortit en silence. Il descendit la montagne, et s'assit sur le banc devant la porte. Quelques minutes après le géant arriva.
"Avez-vous fait ma commission?" dit-il.
"Oui," répondit le jeune homme, "je suis allé à l'abîme sans fond, et j'ai touché vos revenus."
"Avez-vous le compte juste?" demanda le géant.
"Comptez vous-même, et vous verrez!" dit le jeune homme en montrant le sac du doigt.
Le géant ouvrit le sac, compta les pierres précieuses, et dit: "Misérable, vous n'avez pas fait ceci tout seul; vous avez sans doute vu ma Finette."
"Ah, mon maître, qu'est-ce donc que mafinette? Vous en parlez sans cesse; qu'est-ce?"
"Vous ne saurez que trop tôt!" grommela le géant, et il partit.
Le lendemain matin il s'en alla à cheval sans dire mot à Yvon. Quand il fut hors de vue le jeune homme alla trouver Finette.
"Qu'avez-vous à faire aujourd'hui," demanda Finette.
"Rien, absolument rien! J'ai vacance aujourd'hui!" répondit Yvon.
"Oh," dit Finette, "c'est un mauvais signe. Allez vite vous asseoir sur le banc, devant la maison, et restez là jusqu'à ce que je vienne."
Yvon obéit à regret. Quelques minutes après le géant revint. Il ne dit pas un seul mot à Yvon, mais il entra dans la maison et dit à Finette: "Prenez un couteau, coupez la gorge au jeune homme que vous trouverez assis devant la porte, et faites-en une bonne soupe. Je vais dormir; appelez-moi quand la soupe sera prête."
En disant ces mots, le géant alla se coucher, et quelques minutes après il était profondément endormi, et on l'entendait ronfler par toute la maison. Finette prit un couteau, alla à la porte, appela Yvon et lui raconta toute l'histoire.
"Finette!" dit Yvon, "vous n'allez sûrement pas me couper la gorge."
"Oh non!" dit Finette. "Donnez-moi le doigt." Elle coupa un peu le doigt d'Yvon, et trois gouttes de sang tombèrent sur le pas de la porte.
"Venez avec moi maintenant," dit-elle. Yvon l'accompagna dans la maison. Ils firent un grand feu. Ils suspendirent une marmite sur le feu. Yvon remplit la marmite d'eau de la fontaine, et Finette y jeta des oignons, des carottes, des navets, du persil et des pommes de terre. Puis elle y jeta une paire de souliers, une paire de bas, une paire de pantalons, une chemise, une veste, un habit et un chapeau, et quitta la chambre.
Accompagnée d'Yvon, elle alla dans la chambre où bouillait l'or. Là elle fit trois boulets d'or. Puis elle alla dans la chambre où bouillait l'argent. Là elle fit deux boulets d'argent. Puis elle alla dans la chambre où bouillait le cuivre. Là elle fit un boulet de cuivre. Puis elle prit Yvon par la main, et dit:
"Fuyons, fuyons, avant que le géant se réveille," et ils s'enfuirent tous deux aussi vite que leurs jambes pouvaient les porter. Le géant dormit longtemps, enfin il se réveilla et cria: "Finette, la soupe est-elle prête?"
"Non, pas encore, mon maître," dit la première goutte de sang.
Le géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria: "Finette, la soupe est-elle prête?"
"Non, pas encore, mon maître," dit la seconde goutte de sang.
Le géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria: "Finette, la soupe n'est-elle pas encore prête?"
"Non, mon maître, pas encore," répondit la troisième goutte de sang.
Le géant se tourna, ferma les yeux et se rendormit. Il dormit longtemps. Enfin il se réveilla et cria: "Finette, la soupe est-elle prête?" Pas de réponse. Il cria de nouveau: "Finette, la soupe est-elle prête?" Toujours pas de réponse.
Il alla à la cuisine. Finette n'y était pas, mais la marmite était sur le feu. La soupe bouillait fort. Le géant prit une cuillère, la plongea dans la soupe et retira un soulier. "Oh!" dit-il avec dégoût.
Il plongea de nouveau la cuillère dans la soupe, et retira un bas. Il trouva les bas, les souliers, les pantalons, la chemise, la veste, l'habit, le chapeau; il trouva les navets et tous les autres légumes, mais il ne trouva pas de viande fraîche. Il comprit enfin qu'Yvon et Finette s'étaient échappés, et il se mit à leur poursuite. Il courait si vite avec ses longues jambes que bientôt il vit les fugitifs qui se dirigeaient vers la mer.
Finette vit aussi le géant; elle jeta le boulet de cuivre à terre, et dit: "Boulet, sauvez-moi!"
À l'instant la terre s'ouvrit, et un grand précipice parut entre le géant et les fugitifs, qui fuyaient toujours. Le géant, furieux de trouver cet obstacle, arracha un grand arbre, le jeta en travers du précipice, et se mit à califourchon pour passer de l'autre côté.
Il arriva enfin de l'autre côté, et continua la poursuite. Pendant ce temps, Yvon et Finette étaient arrivés au bord de la mer, mais il n'y avait pas de vaisseau en vue. Finette prit un boulet d'argent, le jeta à la mer en disant: "Boulet, sauvez-moi!" et au même instant parut un vaisseau, dans lequel Yvon et Finette s'embarquèrent promptement, et qui fit voile aussitôt.
Le géant arriva à la plage (au bord de la mer) à cet instant, et plongea dans l'eau pour saisir le bateau.
Alors Finette jeta le second boulet d'argent en disant: "Boulet, sauvez-moi." Au même instant parut un poisson, un poisson monstre. Le géant vit le poisson. Il eut peur, et il retourna vite à terre pendant qu'Yvon et Finette s'éloignaient rapidement.
"Nous sommes sauvés," dit Yvon avec joie.
"Ah!" dit Finette, "ce n'est pas encore sûr. Le géant a une tante qui est sorcière; elle essaiera de nous faire du mal, et je ne serai pas tranquille jusqu'à ce que nous soyons mariés dans l'église du château de Kerver, car jusqu'alors elle peut exercer son pouvoir sur nous."
Yvon consola Finette. Le voyage fut très agréable, et les jeunes gens débarquèrent enfin près du château de Kerver. Le vaisseau disparut aussitôt, et Yvon dit à Finette:
"Ma chère amie, vous êtes la plus belle et la plus charmante des femmes; il n'est donc pas convenable que vous entriez dans la maison de mon père à pied et ainsi vêtue. Attendez-moi ici. J'irai au château chercher une belle robe et un bon cheval, et alors vous pourrez vous présenter d'une façon convenable."
Finette objecta; elle dit qu'elle avait peur, mais Yvon insista tant qu'elle consentit enfin à le laisser partir. Elle lui fit promettre cependant qu'il ne s'arrêterait pas en route, qu'il ne mangerait pas et ne boirait pas avant de revenir la chercher.
Yvon partit, et Finette resta seule au bord de la mer pour attendre son retour. Le jeune homme arriva bientôt au château de son père. Il y trouva une grande société, car une de ses soeurs se mariait. On le reçut avec joie, mais il refusa de s'arrêter, courut à la chambre de ses soeurs chercher une belle robe, alla à l'écurie, prit deux chevaux, et se prépara à partir.
A ce moment-là une belle dame aux cheveux d'or s'avança vers lui, une coupe d'or à la main, et dit: "Monsieur Yvon, vous ne pouvez pas refuser de boire à ma santé, ce serait trop impoli."
Yvon, sans penser à la promesse qu'il avait faite à Finette, prit la coupe, salua la belle dame, et but à sa santé. Malheureusement cette coupe était une coupe magique, et dès qu'Yvon eut goûté le vin, il oublia tout le passé. Il oublia entièrement la pauvre Finette, descendit de cheval, donna la main à la belle dame aux cheveux d'or, et entra dans la salle de festin, où il prit place à côté d'elle, et mangea et but de bon appétit.
La pauvre Finette attendit en vain au bord de la mer jusqu'au soir. Alors elle prit la route du château. Elle arriva bientôt à une pauvre petite cabane, où demeurait une vieille femme. Cette vieille femme était assise devant sa porte. Elle était occupée à traire sa vache. Finette avait bien faim et bien soif. Elle s'approcha donc de la vieille femme, et dit: "Voulez-vous me donner une tasse de lait, ma bonne femme?"
"Oui!" dit la vieille femme, "je vous donnerai une tasse de lait si vous remplissez mon seau d'or."
Finette prit un boulet d'or, le jeta dans le seau de la vieille femme, et à l'instant le seau fut plein, tout plein de belles pièces d'or. La pauvre femme regarda cet or avec la plus grande surprise. Enfin elle dit avec joie: "Je suis riche! Je suis riche! Ma belle demoiselle, je vous donne ma maison, ma vache, tout ce que je possède, excepté ce seau plein d'or. Je vais à la ville, où je serai une grande dame, car je suis riche à présent, bien riche."
La vieille femme partit donc pour la ville, toute joyeuse de se trouver si riche. Finette se mit à traire la vache, but du lait et entra dans la maison. La maison était pauvre et sale, et Finette la regarda avec dégoût. Enfin elle prit le second boulet d'or, le jeta dans le feu et dit: "Boulet, sauvez-moi." Le boulet se fondit, l'or se répandit, et en quelques minutes toute la maison se trouva dorée. La maison était dorée, non seulement à l'intérieur, mais à l'extérieur aussi, et tous les meubles et tous les ustensiles étaient d'or.
Finette se coucha sur le lit d'or, et quelques minutes après elle s'endormit profondément. Pendant ce temps la vieille femme était arrivée à la ville. Elle rencontra le bailli, qui dit: "Eh bien, la mère, où allez-vous?"
"Moi, je vais à la ville. Je suis riche maintenant. Regardez mon or; je vais être une grande dame!"
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Contes et légendes. 1re PartieChapter II: Part 2
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