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Chapter II: Prologue

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(_Devant le rideau apparaît L’ASTROLOGUE, une clef à la
main._)

L’ASTROLOGUE (_au public_).

Par mon art cabalistique,
Par les lois que je pratique,
On va voir renaître ici
Les héros d’un vieux récit.
Pour vous d’un conte tous les masques
Revivront, joyeux, fantasques.
Certes ce n’est qu’une fable,
Mais la morale en este louable.

(_Il disparaît._)

ACTE PREMIER.

(_Avant le lever du rideau, on pressent qu’il va se passer
quelque chose de grave et de solennel. En effet, on voit
une vaste salle, dans le palais du ROI DODÔN, qui fut
jadis maître de tous les steppes de la Russie méridionale.
Le conseil royal est en séance. La salle est richement
ornée de peintures, de sculptures, de dorures. Le vert,
le bleu, le jaune, couleurs favorites des sujets du ROI
DODÔN, prédominant, sur des bancs recouverts de brocart,
siègent des seigneurs graves et barbas. Au milieu, sur un
trône richement orné de plumes de paon, est DODÔN, couronne
en tête et vêtu d’un habit d’apparat, jaune. Près de lui
sont assis ses deux fils, APHRÔN et GVIDÔN. Parmi les
conseillers le général POLKAN, vieux soldat brutal._)

LE ROI DODÔN (_qui paraît accablé de soucis_).

Chers sujets, le cœur troublé,
Je vous ai tous rassemblés
Pour vous apprendre, en personne,
Combien lourde est ma couronne.
Mon sort est triste! écoutez:
Jeune, j’étais redouté.
Sans scrupule, l’âme fière,
Je portais au loin la guerre.
Maintenant, je suis bien vieux;
Les combats sont périlleux.
Or, mes ennemis se lèvent.
Ils m’attaquent tous, sans trêve:
On dirait qu’ils font exprès!
Sans répit, nous restons prêts
A combattre.

(_Avec désespoir._)

Nous veillons au Nord: du tout,
C’est du Sud qu’il fond sur nous!
On est là: tous ces sauvages
Viennent par la mar.
J’enrage: On n’a plus aucun répit,
J’en sanglote de dépit.
A ces maux est-il un remède?
Qu’un de vous me vienne en aide.
Un conseil!

UN SEIGNEUR (_avec hésitation_).

Autrefois une vieille, par les fêves,
Savait expliquer les rêves.

SECONDE SEIGNEUR.

Allons donc! Cette autre était
Bien meilleure, qui savait lire,
Dans le marc, et tout prédire.

GVIDÔN.

Dans le ciel on peut trouver
Le sens de ce qu’on a rêvé.

TOUS.

Par le marc, oui!
On explique par les fêves.…
Tous les rêves.

(_La querelle devient acharnée. Le ROI reste assis, pensif.
A ce moment apparaît sur l’escalier un vieil ASTROLOGUE.
Il porte un habit bleu, brodé d’étoiles d’or, et un bonnet
d’astrakan blanc. Sous son bras il tient un astrolabe et un
sac bigarré. Tous, silencieux, le regardent. Il s’approche
du ROI, à pas comptés, et salue jusqu’à terre. Puis il
s’agenouille._)

L’ASTROLOGUE (_à genoux_).

Fier Dodôn, salut à toi!
Je fus, tel que tu me vois,
Conseiller du roi, ton père.…
Or, je viens, comme naguère,
T’offrir mon fidèle appui.
J’ai appris, tous tes ennuis:
Ce coq d’or, sur une lance,
Prouvera sa vigilance.
Prends-le donc, et crois moi bien:
Nul n’aura meilleur gardien.
Lorsque tout sera paisible,
Tu le verras impassible.
Dès qu’un noir danger poindra,
Sans tarder, il étendra
Les ailes, dressera la tête
Et d’une voix bien haute et nette.
Chantera: “Cocoricou!
Ouvrez l’œil et garde à vous!”

LE ROI DODÔN (_un peu incrédule_).

A beau mentir qui vient de loin!
Montre-nous-le, néanmoins.

(_Tous entourent avec curiosité L’ASTROLOGUE, qui tire de
son sac un petit COQ D’OR. Le COQ se débat entre ses mains
et crie._)

LA VOIX DU COQ.

Cocori! cocorico!
Règne et dors en ton lit clos!

(_Tous s’écrient avec étonnement._)

LES SEIGNEURS.

Quel prodige!
Quel miracle! il dit vrai:
C’est un oracle.

LE ROI DODÔN

Quel prodige! Quel miracle!

(_À la foule, gaîment._)

Je me trouve désormais
Invincible, c’est bien vrai?

(_Aux domestiques._)

Plantez-le sur une pique,
Qu’à veiller vite il s’applique.

(_À L’ASTROLOGUE._)

Je ne puis, en vérité
De ma dette m’acquitter.
Mon estime, et c’est justice,
Récompense ton service.

(_Solennellement._)

Et je jure d’accomplir
Sans tarder tous tes désirs.

L’ASTROLOGUE.

Nul trésor ne sert au sage,
Les honneurs, pas davantage.
Ils attirent le souci;
Mais pour ton serment, merci!

(_L’ASTROLOGUE salue jusqu’à terre, et se dirige vers la
sortie._)

LA VOIX DU COQ (_du haut de la flèche_).

Cocori! Cocorico!
Règne et dors en ton lit clos!

LE ROI DODÔN (_prête l’oreille, et se promène gaîment, en se frottant les mains d’aise_).

O délices! Plus de peines!
Gouverner tous mes domaines
Sans bouger, sans m’éveiller,
Sauf pour rire et festoyer!
En avant les jolis contes,
Les jeux, les jongleurs, les danses!
Je vais oublier, sans honte,
La tristesse et les souffrances!

(_L’intendante AMELFA paraît à la porte des chambres du
fond.--S’étirant au soleil._)

Ah, Soleil! Ta douce haleine
Rajeunit les bois, les plaines.
Vois fleurir les cerisiers.…

(_Indécis._)

Dans ce coin, bien volontiers,
Je ferais un petit somme.

AMELFA (_empressée et avec une infinie sollicitude_).

Mais bien sûr! Voici les hommes
Qui t’apportent ton grand lit.

(_Sur un signe d’elle, les serviteurs se précipitent dans
le palais et reparaissent, portant un grand lit d’ivoire,
couvert de fourrures; ils le dressent au soleil. AMELFA
s’approche de DODÔN; elle apporte un grand plateau chargé
de sucreries._)

N’as-tu pas quelque appetit?
Mange donc ces confitures,
Quelques noix, ou bien des mûres!
Bois le cidre: il est tout frais,
Parfumé, mousseux, sucré.
Ces fruits plein de miel, d’amandes,
Et bien cuits au vin, t’attendent.
Chasse donc tous les soucis,
Tâte des pruneaux farcis.

LE ROI DODÔN (_bâille et s’installe à portée du plateau_.)

Hum.… J’accepte.… Mais prends garde,
Mon aimable babillarde,
Qu’un pesant sommeil soudain
N’interrompe mon festin.

(_Le ROI a fini sa collation, et regarde du côté du lit.
AMELFA arrange les oreillers et rabat les couvertures._)

AMELFA.

Dors un peu sur cette couche
Viens, je chasserai les mouches
Loin de ton auguste front.

LA VOIX DU COQ.

Cocori! Cocorico!
Règne et dors en ton lit clos!

(_DODÔN ne plut plus résister au sommeil. Il se couche
et s’endort sans plus, avec autant d’insouciance qu’un
enfant. L’intendante, penchée au dessus du lit, chasse les
mouches._)

DES GARDIENS (_dans les coulisses_).

Règne et dors en ton lit clos!

(_Les GARDIENS, font l’appel, d’une voix somnolente, mais
bientôt ils succombent à la douceur enchanteresse du
sommeil de midi. Tous dorment profondement, sauf AMELFA.
La capitale entière est possible. Seules les mouches
infatigables bourdonnent autour du lit royal, que le soleil
continue d’éclairer d’une lumière égale et douce._)

AMELFA.

Tous s’endorment, tous sommeillent.
Cher printemps! paix sans pareille!

(_Elle s’accoude au lit du ROI et s’endort à son tour.
DODÔN, dans son rêve, sourit comme à une belle inconnue._)

LA VOIX DU COQ.

Cocori! Cocoricou!
Ouvrez l’œil et garde à vous!

(_Trompettes dans la coulisse.--Bruit. Des gens courent.
Des trompettes sonnent de divers côtés. Des chevaux
henissent. La foule se précipite autour du palais. Sur les
visages interloqués se lit une terreur profonde._)

LA FOULE (_dans la rue_).

Le coq a donné l’alarme!
Courez tous, prenez les armes!
Oh! Malheur, calamité!
Le royaume est dévasté.

POLKAN (_accourant_).

Roi puissant, ma voix t’appelle!
Vois ton général fidèle!
Ah! Réveille toi! Malheur!

(_AMELFA va se cacher précipitamment._)

LE ROI DODÔN (_encore à moitié endormi_).

Quel est donc ce bruit, Seigneur!

POLKAN.

L’ennemi sur nous s’avance!

LE ROI DODÔN (_se lève en bâillant_).

Hein? Quoi donc?
Quelle démence.…
Est-ce le feu dans mon palais?

POLKAN.

Foin du vieux niais!
Notre coq a chanté, il tourne et s’agite.…
Tous nos gens ont fui. Viens vite!

LA VOIX DU COQ.

Cocori! Cocoricou!
Ouvrez l’œil et garde â vous.

(_DODÔN regarde le COQ._)

LE ROI DODÔN (_au peuple_).

Bien! Va pour la guerre, enfants!
Hâtez-vous, courez aux camps.
Faites vite, qu’on s’empresse!
Mais d’abord, ouvrez les caisses.

LE PEUPLE (_docilement_).

Nous serons obéissants!

(_DODÔN s’assied sur son trône. Des chambres intérieures du
palais sortent précipitamment APHRÔN et les SEIGNEURS, tous
armés. GVIDÔN arrive et, tout en courant, boucle le
ceinturon de son épée.--Il embrasse trois fois chacun de
ses fils, qui partent, maussades, suivis des SEIGNEURS.--On
entend le bruit de l’armée qui s’ébranle._)

LA VOIX DU COQ (_lorsque tout s’est calmé on entend la voix du COQ._)

Cocoricou! Règne et dors en ton lit clos!

LE ROI DODÔN.

Joli Coq, je te rends grâce.

(_LE ROI DODÔN, AMELFA, les gardes s’endorment d’un sommeil
calme et profond._)

GARDES (_dans la coulisse_).

Règne et dors, en ton lit clos!

(_Le rêve de DODÔN se précise._)

LA VOIX DU COQ.

Cocori! Cocoricou!
Ouvrez l’œil, et garde à vous!

(_De nouveau s’entendent des cris, des pas précipités.
Des trompettes sonnent. La foule, en grand désordre, se
rassemble dans la rue, devant le palais. Trompettes dans la
coulisse._)

LE PEUPLE (_dans la rue_).

Ah, tout est perdu! Alerte!

(_Ils restent tous indécis, n’osant réveiller le
roi.--Trompettes dans la coulisse._)

Notre roi qui dort!
Oui, certes! Quel malheur!
Vite à genoux!
Comment faire? Sauvons-nous!
Et Polkan reste introuvable!

POLKAN (_se précipite, suivi de seigneurs en armes. AMELFA va se cacher précipitamment._)

Un destin cruel nous accable,
Sors enfin, oui, sors de ce doux repos!

LE ROI DODÔN (_réveillé en sursaut_).

Ah! toujours mal à propos!

POLKAN.

Dans la ville tous s’irritent
Et là-haut, ton coq s’agite,
Clame à pleine voix son chant
Et regarde le levant.
Nous ne sommes pas en nombre;
L’avenir me paraît sombre.
Fais donner les vétérans!

LE ROI DODÔN (_se frotte les yeux et bâille_).

Oui! Je vais venir, attends.

(_Il s’approche de la balustrade et regarde en l’air._)

LA VOIX DU COQ.

Cocori! Cocoricou!
Ouvrez l’œil et garde à vous!

LE ROI DODÔN (_d’un ton plaintif_).

Le coq d’or nous met en garde.
En avant! Que nul ne tarde.
Chers amis marchons, vaillants,
Au secours de nos enfants!

(_Il se prépare sans empressement; les domestiques
apportent en hâte son équipement couvert de poussière et de
rouille. AMELFA regarde le ROI avec tristesse._)

Mon armet! Puis, ma cuirasse.
Ouf! L’étroite carapace!
Cherchez-moi mon bouclier,
Le beau rouge; un baudrier.…

LA VOIX DU COQ.

Cocoricou! Ouvrez l’œil et garde à vous!

LE ROI DODÔN (_examinant son bouclier_).

Mais il est rongé de rouille!
Mon carquois en vain je fouille.

(_Il est prêt à partir._)

Et j’étouffe. Allons toujours.…
Oh! Ce glaive, qu’il est lourd!

(_soufflant._)

Bah! Tant pis. Venez, fidèles!
Qu’on m’aide à monter en selle.

LA VOIX DU COQ.

Cocoricou! Ouvrez l’œil et garde à vous!

(_De nombreux domestiques, soutenant DODÔN par les
aisselles, lui font descendre l’escalier, au bas duquel
l’attend un cheval blanc. Le peuple pénètre graduellement
dans le palais._)

LE ROI DODÔN (_menace du doigt le Coq_).

Fi, quel importun coq d’or
Qui me trouble ainsi quand je dors.

(_Sur l’escalier._)

Est-il doux?

DEUXIÈME SEIGNEUR.

Comme un mouton!

LE ROI DODÔN.

C’est parfait alors: partons!

AMELFA (_d’une voix désespérée_).

Mais, doux sire, t’en aller à jeun?

LE ROI DODÔN.

Va, je mangerai.

(_à POLKAN_.)

A-t-on des vivres?

LA VOIX DU COQ.

Cocoricoucou! Ouvrez l’œil et garde à vous!

POLKAN.

Pour trois ans!

LE ROI DODÔN.

Officiers, allons, en route!

AMELFA.

Partez donc demain matin!

(_DODÔN est à cheval._)

LE PEUPLE (_à tue-tête_).

Gloire au roi Dodôn!
Hourra! Hourra! Hourra!
Ta valeur, chef intrépide,
Fera fuir l’ennemi perfide.
Mais surtout, sois bien prudent.
Ne te mets pas en avant!

RIDEAU.

THE GOLDEN COCK

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Le Coq d'Or (The Golden Cock): An Opera in Three ActsChapter II: Prologue

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