Chapter XII: Preface: To Vol. I (2)
[25] Il y a pardela des hommes d'Eglise de bon sçavoir que le seul zele de la Religion y a porté, lesquels ne manqueront de faire tout ce que la pieté requerra en ce regard. Or quant à present il n'est pas besoin de ces Docteurs sublimes, qui peuvent estre plus vtiles pardeça à combattre les vices & les heresies. Ioint qu'il y a certaine sorte de gens desquels on ne se peut pas bien asseurer faisans métier de censurer tout ce qui ne vient à leurs maximes, & voulans commander par tout. Il suffit d'estre veillé au dehors sans avoir de ces epilogueurs qui considerent tous les mouvemens de vôtre corps & de vôtre coeur pour en faire regitres, desquels les plus grands Rois mémes ne se peuv[~e]t defendre. Et puis, que serviroi[~e]t pardela tãt de gens de cette sorte, quãt à present, si ce n'est qu'ils voulussent s'addonner à la culture de la terre? Car ce n'est pas tout que d'aller là. Il faut considerer ce que l'on y fera y estant arrivé. Pour ce qui est de la demeure du Sieur de Poutrincourt il s'est fourni au depart de ce qui lui estoit necessaire. Mais s'il prenoit envie à quelques gens de bien d'y [26] avancer l'Evangile, ie seroy d'avis qu'ils fissent cinq ou six bandes, avec chacun vn navire bien equippé, & qu'ils allassent planter des colonies en diverses places de ces quartiers là, comme à Tadoussac, Gachepé, Campseau, la Héve, Oigoudi, Saincte Croix, Pemptegoet, KinibeKi, & autres endroits où sont les assemblées de Sauvages, lesquels il faut que le temps ameine à la Religion Chrétienne: si ce n'est qu'vn grand Pere de famille tel que le Roy en vueille avoir la gloire totale, & face habiter ces lieux. Car d'y penser vivre à leur mode i'estime cela estre hors de nôtre pouvoir. [_Façon de vivre des Souriquois & Ethechemins._] Et pour le montrer, leur façon de vivre est telle, que depuis la premiere terre (qui est la Terre-neuve) insques aux Armouchiquois, qui sont pres de trois cens lieuës, les hommes vivent vagabons, sans labourage, n'estans iamais plus de cinq ou six semaines en vn lieu. Pline à fait mention de certains peuples dits Ichthyophages, c'est à dire Mangeurs de poissons, viuans de cela. Ceux ci sont tout de méme les trois parts de l'année. Car venant le Print[~e]ps ils se divisent par troupes sur les rives de mer insques à [27] l'Hiver, lequel venãt, par ce que le poissõ se retire au fond des grandes eaux salées, ilz cherchent les lacs & ombres des bois, où ilz pechent les Castors, dont ilz viv[~e]t, & d'autres chasses, comme Ellans, Caribous, Cerfs, & autres animaux moindres que ceux-lá. Et neantmoins quelquefois, en Eté méme ilz ne laissent point de chasser: & d'ailleurs ont infinie quantité d'oyseaux en certaines iles és mois de May, Iuin, Iuillet, & Aoust. [_le coucher._] Quant à leur coucher, vne peau etendue sur la terre leur sert de matelas. Et en cela n'avons dequoy nous mocquer d'eux, par ce que noz vieux peres Gaullois en faisoient de méme, & dinoi[~e]t aussi sur des peaux de chiens & de loups, si Diodore & Strabon disent vray. [_Armouchiquois._] Mais quant au pais des Armouchiquois & Iroquois, il y a plus grande moisson à faure pour ceux qui sont poussez d'vn zele religieux, par ce que le peuple y est beaucoup plus frequent, & cultive la terre, de laquelle il retire vn grand soulagement de vie. Vray est qu'il n'entent pas bien la façõ de faire le pain, n'ayant les inventiõs des moulins, ni du levain, ni des fours; ains broye son blé en certaine façon de [28] mortiers, & l'empâte au mieux qu'il peut pour le faire cuire entre deux pierres echauffées au feu: ou bien rotit ledit blé en epic sur la braise, ainsi que faisoient les vieux Romains, au dire de Pline. [_Plin. liv._ 18. _chap._ 2. _&_ 10.] Depuis on trouva le moyen de faire des gateaux souz la cendre: & depuis encore les boulengers trouverent la façon des fours. Or ces peuples cultivans la terre sont arretés, ce que les autres ne sont point, n'ayans rien de propre, tels qu'estoient les Allemans au temps de Tacite, lequel a décrit leurs anciennes façons de vivre. [_Iroquois._] Plus avant dans les terres au dessus des Armouchiquois sont les Iroquois peuples aussi arretés, par-ce qu'ilz cultivent la terre, d'où ils recueillent du blé mahis (ou Sarazin) dés féves, des bõnes racines, & bref tout ce que nous avons dit du pays desdits Armouchiquois, voire encore plus, car par necessité ilz vivent de la terre, estans loin de la mer. Neantmoins ils ont vn grand lac d'étendue merveilleuse, comme d'environ 60. lieuës, à lentour duquel ils sont cabãnés. Dans ledit lac il y a des iles belles & grandes, habitées desdits Iroquois, qui sont vn grand peuple, & plus on va [29] avant dans les terres plus on les trouve habitées: [_Nouveau Mexique._] si bien que (s'il en faut croire les Hespagnols) au pays dit le Nouveau Mexique bien loin pardela lesdits Iroquois, en tirant au Suroüest, il y a des villes baties, & des maisons à trois & quatre etages: méme du bestial privé: d'où ils ont appellé vne certaine riviere _Rio de las Vaccas_, La riviere des Vaches, pour y en avoir veu en grand nombre paturer le lõg de la riviere. [_Grand lac outre Canada._] Et est-ce pays directement au Nort à plus de cinq cens lieuës du vieil Mexique, avoisinant, comme ie croy, l'extremité du grand lac de la riviere de Canada, lequel (selon le rapport des Sauvages) a trente journées de long. Ie croiroy que des hommes robustes & bien composés pourroient vivre parmi ces peuples là, & faire grand fruit à l'avancement de la Religion Chrétienne. Mais quant aux Souriquois, & Etechemins, qui sont vagabons & divisés, il les faut assembler par la culture de la terre, & obliger par ce moyen à demeurer en vn lieu. Car quiconque a pris la peine de cultiver vne terre il ne la quitte point aisement. Il cõbat pour la conserver de tout son courage. [30] Mais ie trouve ce dessein de longue execution si nous n'y allons d'autre zele, & si vn Roy ou riche Prince ne prent cette cause en main, laquelle certes est digne d'vn royaume tres-Chrétien. [_Conquete de la Palestine comparee à celle de la Nouvelle-France._] On a jadis fait tant de depenses & pertes d'hommes à la reconqueste de la Palestine, à quoy on a peu proufité: & aujourd'hui à peu de frais on pourroit faire des merveilles, & acquerir infinis peuples à Dieu sans coup ferir: & nous sommes touchés d'vne ie ne sçay quelle lethargie en ce qui est du zele religieux qui bruloit noz peres anciennement. Si on n'esperoit aucun fruit temporel en ceci ie pardonnerois à l'imbecillité humaine. Mais il y a de si certaines esperances d'vne bõne vsure, qu'elles ferment la bouche à tous les ennemis de ce pays là, lesquels le decrient afin de ne perdre la traite des Castors & autres pelleteries dont ils vivent, & sans cela mourroyent de faim, ou ne sçauroient à quoy s'employer. [_Au Roy & à la Royne._] Que s'il plaisoit au Roy, & à la Royne Regente sa mere, en laquelle Dieu a allume vn brasier de pieté, prendre goust à ceci (cõme certes elle a faict au rapport de la Conversiõ des Sauvages baptizés par le [31] soin du Sieur de Poutrincourt) & laisser quelque memoire d'elle, ou plustot s'asseurer de la beatitude des cieux par cette action qui est toute de Dieu, on ne peut dire quelle gloire à l'avenir ce lui seroit d'estre la premiere qui auroit planté l'Evangile en de si grandes terres, qui (par maniere de dire) n'ont point de bornes. Si Helene mere de l'Empereur Cõstantin eust trouvé tant de sujet de bien-faire, elle eust beaucoup mieux aimé edifier à Dieu des temples vivans que tant d'edifices de marbre dont elle a rempli la terre saincte. Et au bout l'esperance de la remuneration temporelle n'en est po[~i]t vaine. Car d'une part le Sieur de Poutrincourt demeure toujours serviteur du Roy en la terre que sa Maiesté luy a octroyée: en laquelle il seroit le rendezvous & support de tant de vaisseaux qui vont tous les ans aux Terres neuves, où ilz reçoivent mille incommodités, & en perit grand nombre, comme nous avons veu & oui dire. [_Moyens pour aller aux Molucques par le Ponant & le Nort._] Dailleurs penetrant dans les terres, nous pourrions nous rendre familier le chemin de la Chine, & des Molucques par vn climat & parallele t[~e]peré, en faisant quelques statiõs ou [32] demeures au Saut de la grande riviere de Canada, puis aux lacs qui sont plus outre, le dernier desquels n'est pas loin de la grande mer Occidentale, par laquelle les Hespagnols vont aujourd'hui en l'Orient: Ou bien on pouroit faire la méme entreprise par la riviere de Saguenay, outre laquelle les Sauvages rapportent qu'il y a vne mer dont ilz n'ont veu le bout, qui est sans doute ce passage par le Nort, lequel en vain l'on a tant recherché. [_Vtilités._] De sorte que nous aurions des epices, & autres drogues sans les mendier desdits Hespagnols, & demeureroit és mains du Roy le proufit qu'il tire de nous sur ces denrées: Laissant à part l'vtilité des cuirs, paturages, pecheries, & autres biens. Mais il faut semer avant que recuillir. Par ces exercices on occuperoit beaucoup de ieunesse Françoise, dont vne partie languit ou de pauvreté, ou d'oisiveté: ou vont aux provinces etrangeres enseigner les metiers qui nous estoient iadis propres & particuliers, au moyen dequoy la France estoit remplie de biens, au lieu qu'aujourd'hui vne longue paix ne l'a encore peu remettre en son premier lustre, tant [33] pour la raison que dessus, que pour le nombre de gens oisifs, & mendians valides & volontaires que le public nourrit. [_Chiquanerie._] Entre lesquelles incommodités on pourrait mettre encore le mal de la chiquanerie qui mange nostre nation, dõt elle a esté blamée de tout temps. A quoy [_Ammiã Marcellin._] seroit aucunement obvié par les frequ[~e]tes navigations: estant ainsi qu'une partie de ceux qui plaident auroient plustot fait de conquester nouvelle terre, demeurans en l'obeissance du Roy, que de poursuivre ce qu'ilz debattent avec tant de ruines, longueurs, solicitudes, & travaux. Et en ce ie repute heureux tous ces pauvres peuples que ie deplore ici. [_Felicité des Sauvages._] Car la blafarde Envie ne les amaigrit po[~i]t ilz ne ressentent point les inhumanités d'vn qui sert Dieu en torticoli, pour souz cette couleur tourmenter les hommes; ilz ne sont point sujets au calcul de ceux qui manquans de vertu & de bonté s'affublent d'vn faux pretexte de pieté pour nourrir leur ambition. S'ilz ne conoissent point Dieu, au moins ne le blasphement ilz point, comme font la pluspart des Chretiens. Ilz ne sçavent que c'est d'empoisonner, ni de corrompre la [34] chasteté par artifice diabolique. Il n'y a point de pauvres, ny de mendians entre eux. Tous sont riches, entant que tous travaillent & vivent. Mais entre nous il va bien autrement. Car il y en a plus de la moitié qui vit du labeur d'autrui, ne faisant aucun metier qui soit necessaire à la vie humaine. Que si ce païs là estoit etabli, tel y a qui n'ose faire ici ce qu'il feroit là. [_Pour ceux qui vont en la N. France._] Il n'ose point ici estre bucheron, laboureur, vigneron, &c. par ce que sõ pere est chiquaneur, barbier, apothicaire &c. Et là il oublieroit toutes ces aprehensions de reproche, & prendroit plaisir à cultiver sa terre, ayant beaucoup de compagnons d'aussi bonne maison que lui. Et cultiver la terre c'est le metier le plus innocent, & plus certain, exercice de ceux de qui nous sommes tous descendus, & de ces braves Capitaines Romains qui sçavoient domter & ne point estre domtés. Mais depuis que la pompe & la malice se sont introduits parmi les hommes, ce qui estoit vertu a tourné en reproche, & les faineans sont venus en estime. [_A la Royne._] Or laissons ces gens là, & revenons au Sieur de Poutrincourt, ains plustot a vous, ô Royne Tres-Chretienne, [35] la plus grande, & plus cherie des cieux que l'oeil du monde voye en la rõde qu'il fait chaque iour alentour de cet vnivers. Vous qui avés le maniement du plus noble Empire dici bas, Quoy souffrirez vous de voir vn Gentil-hõme de si bonne volonté sans l'employer & sans le secourir? Voulez vous qu'il emporte la premiere gloire du monde par dessus vous, & que le triomphe de cet affaire luy demeure sans que vous y participiés? Non, non, Madame, il faut que le tout vous en soit rapporté, & que cõme les etoilles empruntent leur lumiere du soleil, aussi que du Roy & de vous qui nous l'avés dõné toutes les belles actiõs des François dep[~e]dent. Il faut donc prevenir cette gloire, & ne la ceder à autre, tandis que vous avés vn Poutrincourt bon François, & qui a servi le feu Roy de regretable memoire vôtre Epoux (que Dieu absolve) en des affaires d'Estat dont les histoires ne font mention.: En haine dequoy sa maison & ses biens ont passé par l'examen du feu. Il ne passe point l'Ocean pour voir le païs, comme ont fait préque tous les autres qui ont entrepris de semblables navigations [36] aux dépens de noz Roys. Mais il mõtre par effect quelle est son intentiõ, si bien qu'on n'en peut point douter, & ne hazarderez rien maintenant quand vôtre Majesté l'employera à bon escient à l'amplificatiõ de la religion Chrétienne és terres Occidentales d'outre mer. Vous reconoissez son zele, le vôtre est incomparable, mais il faut aviser où se pourra mieux faire vôtre emploite. Ie louë les Princesses & Dames qui depuis quinze ans ont dõné de leurs biens pour le repos de ceux ou celles qui se veulent sequestrer du monde. Mais i'estime (sauf correction) que leur pieté seroit plus illustre si elle se montroit envers ces pauvres peuples Occidentaux qui gemissent, & dont le defaut d'instruction crie vengeance à Dieu contre ceux qui les peuvent ayder à estre Chrétiens, & ne le font pas. Vne Royne de Castille a esté cause que la religion Chrétienne a esté portée és terres que tient l'Hespagnol en Occident: faites ô lumiere des Roynes du monde, que par vous bientot on oye eclater le nom de Dieu par tout ce monde nouveau où il n'est point encore coneu. Or reprenant le fil de mõ [37] Histoire, puisque nous avons parlé du voyage dudit Sieur de Poutrincourt, il ne sera point hors de propos si apres avoir touché les incommodités & longueurs de sa navigation, qui l'ont reculé d'vn an, nous disons vn mot du retour de son vaisseau. Ce qui sera bref, d'autant qu'ordinairement sont bréves les navigations qui se font des terres Occidentales en deça hors le Tropique du Cancre. [_Liv. 1. ch._ 24. & _li._ 2. _ch._ 41. & 42.] I'ay rendu la raison de cela en mon Histoire de la Nouvelle-France, où ie renvoye le Lecteur: comme aussi pour sçavoir la raison pourquoy en Eté la mer y est remplie de brumes en telle sorte que pour vn jour serein il y en a deux de broüillas: & deux fois m'y suis trouvé parmi des brumes de huict jours entiers. [_Que c'est ce Banc Voy la dite Histoire liv._ 2. _chap._ 24.] Ceci e esté cause que ledit Sieur de Poutrincourt renvoyant son fils en France pour faire nouvelle charge, il a demeuré aussi long temps à gaigner le grand Banc aux Moruës depuis le Port Royal, comme à gaigner la France depuis ledit Banc: & toutefois depuis icelui Banc jusques à la terre de France il y a huit cens bonnes lieuës: & de là méme jusques audit Port Royal il n'y en a gueres [38] plus de trois cens. C'est sur ledit Banc qu'on trouve ordinairement tout l'Eté force navires qui font la Pecherie des Moruës qu'on apporte pardeça, lesquelles on appelle Moruës de Terre-neuve. Ainsi le fils dudit Sieur de Poutrincourt (dit le Baron de Sainct Iust) arrivãt audit Banc fit provision de viande freche, & pecherie de poisson. [_La maniere de cette pecherie, voy au lieu sus-dit._] En quoy faisant il eut en rencontre vn navire Rochelois & vn autre du Havre de Grace, d'où il eut nouvelles de la mort lamentable de nôtre defunct bon Roy, sans sçavoir par qui, ni comment. Mais apres eut en rencontre vn autre navire Anglois, d'où il entendit la méme chose, accusans du parricide des gens que ie ne veux ici nõmer: car ils le disoient par haine & envie, n'ayans plus grans adversaires qu'eux. [_En_ 15. _jours du Banc en France._] En quinze jours donc ledit Sieur de Sainct Iust fut rendu dudit Banc en France, ayant toujours eu vent en poupe: navigation certes beaucoup plus agreable que celle du vingtsixieme de Février mentionnée-ci-dessus. Les gens du Sieur de Monts partirent du Havre de Grace neuf ou dix jours apres ledit jour 26. Février pour aller à Kebec, 40. lieuës pardela [39] la riviere de Saguenay, où icelui Sieur de Monts s'est fortifié. Mais ilz furent contraints de relacher pour les mauvais vents. Et là dessus courut vn bruit que le Sieur de Poutrincourt estoit peri en mer, & tout son equipage. A quoy ie n'adjoutay onques foy, croyant pour certain que Dieu l'aidera, & le fera passer par-dessus toutes difficultez. [_Kebec Fort du Sieur de Monts._] Nous n'avons encore nouvelles dudit Kebec, & en attendons bien-tot. Mais ie puis dire pour la verité que si jamais quelque chose de bon reüssit de la Nouvelle-France la posterité en aura de l'obligatiõ audit Sieur de Monts autheur de ces choses, auquel si on n'eust point oté le privilege qui lui avoit esté baillé pour la traite de Castors & autres pelleteries, aujourd'hui nous aurions force bestiaux, arbres fruictiers, peuples, & batim[~e]s en ladite province. Car il a desiré ardamment de voir pardela les affaires etablies à l'honneur de Dieu & de la France. Et jaçoit qu'on lui ait oté le sujet de continuer, si ne s'est il point decouragé jusques à present de faire ce qu'il a peu, ayant fait batir vn Fort audit Kebec, avec des logemens fort beaux & commodes. En ce lieu de Kebec cette [40] grande & immense riviere de Canada est reduite à l'étroit, & n'a que la portée d'vn fauconneau de large, abõdante en poissons autant que riviere du monde. Pour le pays il est beau à merveilles, & abondant en chasse. Mais estant en pays plus froid que le port Royal, assavoir quatre vingtz lieuës plus au Nort, aussi la pelleterie y est elle beaucoup plus belle. Car (entre autres) les Renars y sont noirs, & d'vn poil si beau, qu'il semble faire honte à la Martre. Les Sauvages du Port Royal y peuvent aller en dix ou douze jours par le moyen des rivieres sur lesquelles ils navigent préque jusques à la source, & de là portans leurs petits canots d'écorce par quelque espace dans les bois, ils gaignent vne autre riviere qui va tomber dans ledit fleuve de Canada, & ainsi expedient bien-tot de lõgs voyages: ce que de nous-mémes ne sçaurions faire en l'etat qu'est le païs. Et par mer audit Kebec il y a dudit Port Royal plus de quatre cens lieuës en allant par le Cap Breton. Ledit Sieur de Monts y auoit envoyé des vaches dés il y a deux ans & demi, mais faute de quelque femme de village qui entendist le [41] gouvernement d'icelles, on en a laissé mourir la pluspart en se dechargeant de leurs veaux. [_Femmes combien necessaires._] En quoy se reconoit combien vne femme est necessaire en vne maison, laquelle ie ne sçay pourquoy tant de gens rejettent, & ne s'en peuvent passer. Quant à moy ie seray toujours d'auis qu'en quelque habitation que ce soit on ne fera jamais fruit sans la compagnie des femmes. Sans elles la vie est triste, les maladies viennent, & meurt on sans secours. C'est pourquoy ie me mocque de ces mysogames qui leur ont voulu tant de mal, & particulierement i'en veux à ce fol qu'on a mis au nombre des sept Sages, lequel disoit que la femme est vn mal necessaire, veu qu'il n'y a bien au monde comparable à elle. [_Ecclesi._ 4 _vers._ 10.] Aussi Dieu la il baillée _pour compagne à l'homme, afin de l aider & consoler_: & le Sage dit que _Malheureux est l'hõme qui est seul, car il n'a personne qui l echauffe, & s'il tombe en la fosse il n'a personne pour le relever_. Que s'il y a des femmes folles, il faut estimer que les hommes ne sont point sãs faute. De ce defaut de vaches plusieurs se sont ressentis, car estant tombés malades ilz n'ont pas eu toutes les douceurs [42] qu'autrement ils eussent euës, & s'en sont allez promener aux champs Elisées. [_Conspiration chatiee._] Vn autre qui auoit esté de nôtre voyage, n'eut point la patience d'attendre cela, & voulut gaigner le ciel par escalade dés le commencement de son arrivée, par vne conspiration contre le sieur Champlein son Capitaine. Les complices furent condemnés aux galeres, & ramenés en France. [_Voyage aux Iroquois._] L'Eté venu assavoir il y a vn an, ledit Champlein desireux de voir le païs des Iroquois, afin qu'en son absence les Sauvages ne se saisissent point de son Fort, il leur persuada d'aller là faire la guerre, & partirent avec lui & deux autres François, en nõbre de quatre-vingts ou cent, iusques au lac desdits Iroquois, à deux c[~e]s lieües loin dudit Kebec. [_Peuples ennemis._] De tout temps il y a eu guerre entre ces deux nations, comme entre les Souriquois & Armouchiquois: & se sont quelquefois elevés les Iroquois jusques au nõbre de huit mille hommes, pour guerroyer & exterminer tous ceux qui habitoient la grande riviere de Canada: comme il est à croire qu'ils ont fait, d'autant que là n'est plus aujourd'hui le langage qui s'y parloit au [43] temps de Iacques Quartier, qui y fut il y a quatre-vingts ans. [_Guerre._] Ledit Champlein avec ses troupes arrivé là, ilz ne se peurent si bien cacher qu'ilz ne fussent apperceuz de ces peuples, qui ont toujours des sentinelles sur les avenües de leurs ennemis: & s'estans les vns & les autres bien remparés, il fut convenu entre eux de ne point combattre pour ce jour là, mais de remettre l'affaire au lendemain. Le temps lors estoit serein: si bien que l'Aurore n'eut point plutot chassé les ombres de la nuit, que la rumeur s'emeût par tout le camp. Quelque enfant perdu des Iroquois ayant voulu sortir de ses rempars, fut transpercé non d'un trait d'Apollon, ou de l'Archerot aux yeux bendés, mais d'un vray trait materiel & bien poignant qui le mit à la renverse. Là dessus, la colere monte au front des offensés & chacun se met en ordre pour attaquer & se defendre. Comme la troupe des Iroquois s'avançoit, Champlein qui avoit chargé son mousquet à deux balles, voyant deux Iroquois marcher devant avec des panaches sur la tête, se douta que c'estoient deux Capitaines, & voulut s'avancer [44] pour les mirer. Mais les Sauvages de Kebec l'empecherent, disans: Il n'est pas bon qu'ilz te voyent, car incontinent, n'ayans point accoutumé de voir telles gens, ilz s'en fuiront. Mais retire toy derriere le premier rang des nôtres, & puis quand nous serons prets, tu devanceras. Ce qu'il fit: & par ce moyen furent les deux Capitaines tout ensemble emportés d'vn coup de mousquet. [_Victorie._] Lors victoire gaignée. Car chacun se debende, & ne restoit qu'à poursuivre. [_Tabagie, c'est fest[~i]._] Ce qui fut fait avec peu de resistance, & emporterent environ cinquante têtes de leurs ennemis, dont au retour ilz firent de merveilleuses fêtes en Tabagies, danses, & chansons continuelles, selon leur coutume.
[7] The Conversion of the Savages who have been baptized in New France during this year, 1610.
[_Matth. 24, verse 14._]
THE unchangeable word of our Savior Jesus Christ bears witness to us through the lips of saint Matthew that _This Gospel of the kingdom, shall be preached in the whole world, for a testimony to all nations, and then shall the consummation come_. History shows that the voice of the Apostles has resounded for several centuries past throughout all the old world, although to-day the Christian kingdoms form the smallest part of it. But as to the new world, discovered some hundred and twenty years ago, we have no proof that the word of God has ever [8] been proclaimed there prior to these later times; unless we are to believe the story of Jean de Lery,[5] who says that one day as he was telling the Brazilians about the great miracles of God in the creation of the world, and the mysteries of our redemption, an old man told him that he had heard his grandfather say that, many years before, a bearded man (Brazilians have no beards) had come among them and had related something similar; but that they would not listen to him, and since then had been killing and eating each other. As to the other countries beyond the sea, some of them have indeed a certain vague knowledge of the deluge, and of the immortality of the soul, together with the future reward of those who live aright; but they might have handed this obscure doctrine down, from generation to generation, since the universal deluge which happened in the time of Noah. It remains now to deplore the wretched condition of these people who occupy a country so large that the old world bears no comparison with it, if we include the land which lies beyond the straits of Magellan, called [9] _Terra del fugo_, extending as far toward China and Japan as toward New Guinea; and also the country beyond the great river of Canada,[6] which stretches out to the East and is washed by the great Western ocean. Dense ignorance prevails in all these countries, where there is no evidence that they have ever felt the breath of the Gospel, except in this last century when the Spaniard carried thither some light of the Christian religion, together with his cruelty and avarice.[7] But this was so little that it should not receive much consideration, since by the very confession of those who have written their histories, they have killed almost all the natives of the country, who, only seventy years ago, according to a certain historian,[8] numbered more than twenty millions. For more than twenty-five years, the English have retained a foothold in a country called, in honor of the deceased Queen of England, Virginia, which lies between Florida and the land of the Armouchiquois.[9] But that country carries on its affairs with so much secrecy, that very few persons know [10] anything definite about it. Soon after I published my History of New France,[10] there was an embarkation of eight hundred men to be sent there. It is not reported that they bathed their hands in the blood of those people, for which they are neither to be praised nor blamed: for there is no law nor pretext which permits us to kill anyone, whosoever he may be, and especially the persons whose property we have seized. But they are to be commended if they show to these poor ignorant people the way of salvation by the true and unvarnished doctrine of the Gospel. As to our French people, I have complained enough in my History of the cowardice of these later times, and of our lack of zeal either in reclaiming these poor erring ones, or in making known, exalted, and glorified, the name of God in the lands beyond the seas, where it never has been proclaimed. And yet we wish that country to bear the name of France, a name so august and venerable that we cannot, without a feeling of shame, glory in an un-Christianized France. I know that there are any number of people who are willing to go there. But why is it that [11] the Church, which has so much wealth; why is it that the Nobility, who expend so much needlessly, do not establish some fund for the execution of so holy a work? Two courageous Gentlemen, Sieurs de Monts and de Poutrincourt, have in these later times shown such great zeal in this work, that they have weakened their resources by their outlays, and have done more than their strength justified them in doing. Both have continued their voyages up to the present time. But one of them has been frustrated twice, and has had heavy losses through too great confidence in the words of certain persons. Now, inasmuch as the latest news of our New France comes from Sieur de Poutrincourt, we shall speak here of what he has accomplished, and we have good reason to praise his courage; for (not being able to live among the crowd of idle men, of whom we have only too many, and seeing our France seeming to languish in a monotonous calm that was wearisome to men of action), after having given a thousand proofs of his valor, during the last twenty-four years, he sought to crown [12] his truly Herculean labors in the cause of God, for which he employs his means and strength, and endangers his life, by increasing the number of celestial citizens, and leading to the fold of Jesus Christ, our sovereign Shepherd, the wandering sheep, whom it would be becoming to the Prelates of the Church to go out and gather in (at least to contribute to this end) since they have the means of doing so. But with what difficulty has he labored in this cause up to the present time? Thrice has he crossed the great Ocean to carry on his enterprises. The first year was passed with sieur de Monts in seeking a suitable dwelling and a safe port for the withdrawal of the ships and their crews. In this, they did not meet with much success. The second year passed in the same way, and then he returned to France. During the third year, we experimented with the soil, which yielded abundantly to our cultivation. This present year, discovering through an unfortunate experience that men are not always to be trusted, he made up his mind to depend upon no one but himself, and put to sea on the twenty-sixth of February; the [13] weather being very unfavorable, he made the longest voyage of which I have ever heard; certainly our own, three years ago, was tedious enough, when we drifted about upon the sea for the space of two months and a half before reaching Port Royal. But this one lasted three whole months, so that one reckless man was about to mutiny, going so far as to form wicked conspiracies; but Sieur de Poutrincourt's kindness, and respect for the place where he lived in Paris, served as a shield to protect his life. [_Terrir, meaning to discover the land._] The first coast which Sieur de Poutrincourt discovered was port Mouton; there, among the fogs which are very common in this sea during the Summer, he encountered serious dangers, principally in the neighborhood of Cape Sable, where his ship came near foundering. [_History of New France, book 2, chap. 37, p. 527._] Thence, in trying to reach Port Royal, he was carried by violent winds forty leagues beyond, namely to the Norombega river,[11] so celebrated and so fabulously described by Geographers and Historians, as I have shown in my said History, where this voyage may be seen in the geographical Chart [14] which I have inserted therein. Thence he came to the river saint John, which is opposite Port Royal beyond French Bay,[12] where he found a ship from St. Malo trading with the Savages of the country. Here complaint was made to him by a Captain of the Savages, that one of the crew of the said ship had stolen away his wife and was abusing her: the Sieur informed himself about the matter and then made a prisoner of the malefactor and seized the ship.[13] But he released the ship and the sailors, contenting himself by retaining the guilty one, who escaped, however, in a shallop, and went off with the Savages, prejudicing them against the French, as we shall relate hereafter. Arrived at last at Port Royal, it is impossible to describe the joy with which these poor people received the Sieur and his company. And, in truth, there was still greater reason for this joy, since they had lost all hope of ever again seeing the French live among them. They had had some experience of our kind treatment while we were there, and, seeing themselves deprived of it, they wept bitterly when we left them three years ago.
This Port Royal, the home [15] of sieur de Poutrincourt, is the most beautiful earthly habitation that God has ever made. It is fortified upon the North by a range of 12 or 15 leagues of mountains, upon which the Sun beats all day, and by hills on the Southern or Meridian shore, which forms a port that can securely harbor twenty thousand ships, being twenty fathoms deep at its entrance, a league and a half in width, and four leagues long, extending to an island which is a French league in circumference: here I have sometimes seen swimming at ease a medium-sized Whale, which came in with the tide at eight o'clock every morning. Furthermore, there can be caught in this port, in their season, great quantities of herring, smelt, sardines, barbels, codfish, seals and other fish; and as to shell-fish, there is an abundance of lobsters, crabs, palourdes,[14] cockles, mussels, snails, and porpoises. But whoever is disposed to go beyond the tides of the sea will find in the river quantities of sturgeon and salmon, and will have plenty of sport in landing them. Now, to return to our story; When Sieur de Poutrincourt arrived [6 i.e. 16] there, he found his buildings entire, the Savages (as these people have been called up to the present) not having touched them in any way, even the furniture remaining as we had left it. Anxious about their old friends, they asked how they were all getting along, calling each individual by his name, and asking why such and such a one had not come back. This shows the great amiability of these people, who, having seen in us only the most humane qualities, never flee from us, as they do from the Spaniard in this whole new world. And consequently by a certain gentleness and courtesy, which are as well known to them as to us, it is easy to make them pliant to all our wishes, and especially so in regard to Religion, of which we left them some good impressions when we were there; and they seemed to wish for nothing better than to enroll themselves under the banner of Jesus Christ, where they would have been received at once if we had had a firm foothold in the country. But just as we were hoping to continue [17] the work, it happened that sieur de Monts, being unable longer to meet the expenses, and not receiving any help from the King, was obliged to recall all those who were over there, who had not taken with them the means necessary to a longer sojourn. So it would have been rash and unwise to administer baptism to people whom it was necessary afterwards to abandon, and give them an opportunity to return to their corruption. But now that the work is being carried on in earnest, and as sieur de Poutrincourt has actually settled there, it is lawful to impress upon their minds and souls the stamp of Christianity, after having instructed them in the principal articles of our Faith. [_Hebrews 11, vers. 6._] Sieur de Poutrincourt is careful to do this, remembering what the Apostle said, _He that cometh to God, must believe that he is_; and after believing this, one comes gradually to ideas which are farther removed from mere sensual apprehension, such as the belief that out of nothing God created all things, that he made himself man, that he was born of a Virgin, that he consented to die for man, etc. And inasmuch as the Ecclesiastics who have been taken over there, are not [18] familiar with the language of these people, the Sieur has taken the trouble to teach them and to have them taught by his eldest son, a young Gentleman who understands and speaks the native language very well, and who seems to have been destined to open up to the Savages the way to heaven. The people who are at Port Royal, and in the adjacent countries extending toward Newfoundland, are called Souriquois[15] and have a language of their own. But beyond French Bay, which extends into the land about forty leagues, and is ten or twelve leagues wide, the people on the other side are called Etechemins; and still farther away are the Armouchiquois, whose language is different from that of the Etechemins, and who are fortunate in having an abundance of vines and large grapes, if they only knew how to make use of this fruit, which they believe (as did our ancient Gauls) to be poisonous. [_Ammianus Marcellinus._] They also have excellent hemp, which grows wild, and in quality and appearance is much superior to ours. Besides this they have Sassafras, and a great abundance of oak, walnut, plum and chestnut trees, and other fruits which are unknown to us. As to Port Royal, I must confess that there is not [19] much fruit there; and yet the land is productive enough to make us hope from it all that Gallic France yields to us. All these tribes are governed by Captains called Sagamores, a word used with the same signification in the East Indies, as I have read in the History by Maffeus,[16] and which I believe comes from the Hebrew word _Sagan_, which, according to Rabbi David, means Great Prince, and sometimes means the one who holds the second place after the sovereign Pontiff. [_Isaiah 41, vers. 25, Jerem. 51, vers. 23, Santes Pagnin, 9._] In the usual version of the Bible it is defined "Magistrate," and yet even there the Hebrew interpreters translate it by the word "Prince." And in fact we read in Berosus[17] that Noah was called Saga, as much because he was a great Prince as because he had taught Theology and the ceremonies of divine service, and also many of the secrets of nature, to the Armenian Scythians, whom the ancient Cosmographers called "Sages," after Noah. And perhaps for this very same reason our Tectosages, who are the Tolosains,[18] are so called. For this good father, who restored the world, came into Italy and sent [20] a new population into Gaul after the Deluge, giving his name, Gauls (for Xenophon says that he was also called by this name), to those whom he sent there, because he had escaped from the waters. And it is not improbable that he himself imposed this name upon the Tectosages. Let us return to our word Sagamore, which is the title of honor given to the Captains in these new Lands, of which we are speaking. At Port Royal, the name of the Captain or Sagamore of the place is Membertou.[19] He is at least a hundred years old, and may in the course of nature live more than fifty years longer. He has under him a number of families whom he rules, not with so much authority as does our King over his subjects, but with sufficient power to harangue, advise, and lead them to war, to render justice to one who has a grievance, and like matters. He does not impose taxes upon the people, but if there are any profits from the chase he has a share of them, without being obliged to take part in it. It is true that they sometimes make him presents of Beaver skins and other things, when he is occupied in curing the sick; or in questioning [21] his demon (whom he calls _Aoutem_) to have news of some future event or of the absent: for, as each village, or company of Savages, has an _Aoutmoin_, or Prophet, who performs this office, Membertou is the one who, from time immemorial, has practiced this art among his followers. He has done it so well that his reputation is far above that of all the other Sagamores of the country, he having been since his youth a great Captain, and also having exercised the offices of Soothsayer and Medicine-man, which are the three things most efficacious to the well-being of man, and necessary to this human life. Now this Membertou to-day, by the grace of God, is a Christian, together with all his family, having been baptized, and twenty others with him, on last saint John's day, the 24th of June. I have letters from Sieur de Poutrincourt about it, dated the eleventh day of July following. He said Membertou was named after our late good King HENRI IV., and his eldest son after Monseigneur the Dauphin, to-day our King LOUIS XIII., whom may God bless. And so, as a natural consequence, the wife of Membertou [22] was named MARIE after the Queen Regent, and her daughter received the name of the Queen, MARGUERITE. The second son of Membertou, called Actaudin, was named PAUL after our holy Father, the Pope of Rome. The daughter of the aforesaid Louis was named CHRISTINE in honor of Madame, the eldest sister of the King. And thus to each one was given the name of some illustrious or notable personage here in France. A number of other Savages were about to camp elsewhere (as it is their custom to scatter in bands when summer comes) at the time of these ceremonies of Christian regeneration, whom we believe to be to-day enrolled in the family of God by the same cleansing water of holy baptism.[20] But the devil, who never sleeps, has shown the jealousy which he felt at the salvation of these people, and at seeing that the name of God was glorified in this land, by inciting a wicked Frenchman, not a Frenchman but a Turk, not a Turk but an Atheist, to divert from the path of righteousness several Savages who had been Christians in their hearts and [23] souls for three years; and among others a Sagamore named Chkoudun, a man of great influence, of whom I have made honorable mention in my History of New France, because I saw that he, more than all the others, loved the French, and that he admired our civilization more than their ignorance: to such an extent, that being present sometimes at the Christian admonitions, which were given every Sunday to our French people, he listened attentively, although he did not understand a word; and moreover wore the sign of the Cross upon his bosom, which he also had his servants wear; and he had in imitation of us, a great Cross erected in the public place of his village, called _Oigoudi_, at the port of the river saint John, ten leagues from Port Royal. Now this man, with others, was turned away from Christianity, by the cursed avarice of this wicked Frenchman to whom I have referred above, and whom I do not wish to name now on account of the love and reverence I bear his father, but I protest that I will immortalize him if he does not mend his ways. He, I say, in order to defraud this Sagamore [24], Chkoudun, of a few Beavers, went last June to bribe him, after having escaped from the hands of Sieur de Poutrincourt, saying that all this Poutrincourt told them about God was nonsense, that they need not believe it, that he was an impostor, that he would kill them and get their Beavers. I omit a great many wicked stories that he may have added to this. If he were of the religious belief of those who call themselves Reformed, I might somewhat excuse him. But he plainly shows that he is neither of the one nor the other. But I will say, however, that he has reason to thank God for his escape from imminent peril on our voyage. This Sagamore, being a Christian, by his good example might have caused a great number of others to become Christians. But I am willing to hope, or rather firmly believe, that he will not remain much longer in this error, and that the Sieur will have found some means of attracting him with many others to himself, to impress upon him the vital truths with which he had formerly, in my presence, touched his soul. For the spirit of God has power to drop upon this field fresh dew, which will bring forth a new germination where all has been laid waste and beaten down by the hail. May God, by his grace, guide all in such a way that it will redound to his glory and to the edification of this people, for whom all Christians ought to make continual supplication to his divine goodness, to the end that he may consent to confirm and advance the work, which he has been pleased to begin at this time for the exaltation of his name and for the salvation of his creatures.[21]
END.
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The Jesuit Relations and Allied Documents, Vol. 1: Acadia, 1610-1613Chapter XII: Preface: To Vol. I (2)
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