Chapter VII (2)
“Mon cher Panizzi,
J’ai prévenu vos désirs, et je vous ai écrit ces jours derniers
une longue lettre sur tout ce qui intéresse en ce moment les esprits
politiques et les bons citoyens des deux pays.
Je connaissais déjà les deux dernières pièces que vous m’avez
envoyées. Elles établissent clairement la vérité et ruinent
l’échafaudage de nos gens de Cour. Voici ce qui m’apparaît de tout
ceci.
La Reine Christine voulait un Prince de Cobourg et le demandait
ardemment.
La Cour des Tuileries voulait avant tout écarter un Prince de Cobourg
(dans un intérêt ministériel et électoral, car on craignait l’effet de
ce mariage sur l’opinion publique, fort prévenue à cet égard) et
désirait, sans l’oser faire, le mariage du Duc de Montpensier avec
l’Infante.
Le Cabinet Anglais ferait à la France l’abandon du Prince de Cobourg,
reconnaissant que ce choix mettrait en fausse position la France,
l’Espagne et l’Angleterre; mais il tendrait vers l’Infant Don Henri,
dans le désir de renverser les modérés et d’amener les progressistes.
Voilà, selon moi, les vœux de chacun.
Il m’est démontré jusqu’à l’évidence que Lord Palmerston n’a pas agi
autrement que Lord Aberdeen, et que leur thème à l’un et à l’autre a
été celui-ci: La Reine d’Espagne est libre; elle fera bien, dans
l’intérêt de ses relations avec la France, de choisir l’un des deux
Princes Espagnols, et, entre les deux, l’Infant Don Henri.
Lorsque la dépêche de Lord Palmerston, du 19 Juillet, a été
communiquée à M. Guizot, on l’a envoyée à Madrid, et on a décidé la
Reine Christine en faveur de l’Infant Don François, par la crainte
d’avoir l’Infant Don Henri et les Progressistes. Je crois que c’est la
Reine Christine qui a proposé le mariage Montpensier, pour n’avoir pas
l’Infant Don Henri comme gendre de sa seconde fille. Ici, pour
s’excuser, on prétend que la Reine Christine a voulu que les deux
mariages fussent liés ensemble, et qu’on a été obligé de consentir au
second pour être assuré du premier. Mais personne ne sait au juste
comment les deux mariages ont été offerts et acceptés. Ce qui est
évident, c’est que la crainte de Don Henri a été employée pour décider
la Reine Christine. On a ensuite pris son parti à l’improviste, et
tandis que le 28 Août on promettait à Lord Normanby l’action commune à
Madrid, on lui annonçait, le 1^{er} Septembre, que tout était fini. On
s’était mis dans une position à ne sortir d’affaire que par des
mensonges.
Voilà ce qui est clair pour moi. Le thème des engagements d’Eu,
auxquels on a manqué, parce que ces engagements, tenus par Lord
Aberdeen, ont été violés par Lord Palmerston, est un thème absurde,
mais dans lequel on persistera.
Jusqu’ici les pièces produites à Paris n’éclaircissent pas la
question. D’abord, peu de personnes les ont lues; très-peu, parmi
celles qui les ont lues, sont capables de les comprendre. On s’en fie
à ce que disent les hommes les plus compétents. Or, les ministériels
ont en cela l’avantage, car ils affirment, et les opposants, n’ayant
pas connaissance de toutes les pièces, sont réduits à contester les
affirmations des ministériels, en disant que les pièces sont
tronquées. Jusqu’ici donc il ne fait pas jour encore. Le gros public
ne lira que les discours de M. Guizot, de Lord Palmerston, de M. de
Broglie, de Lord Aberdeen, de M. Thiers. Ce sont ces discours qui
feront son opinion; il faut même réduire la question au vrai; Les deux
personnages en action, M. Guizot et Lord Palmerston, décideront
l’opinion, plus que personne, par leurs discours. Celui qui mettra le
mieux les faits au clair aura le plus d’influence: peut-être Lord
Aberdeen, comme arbitre entre les deux, sera-t-il aussi fort écouté.
Il se passe ici, dans l’opposition, un fait qui a peu d’importance en
lui-même, mais qui fournit beaucoup de bavardages. Il y a dans tous
les partis, mais surtout en France, des seconds qui veulent être les
premiers. Je suis fort, moi, avec Odilon Barrot; à nous deux, nous
décidons la conduite de l’opposition. MM. Billaut et Dufaure, deux
avocats fort médiocres, le premier fort intrigant, le second morose et
insociable, fort mécontents de ne pas être les chefs, ayant le désir
de se rendre prochainement possibles au ministère, ont profité de
l’occasion pour faire une scission. L’alliance avec l’Angleterre n’est
malheureusement pas populaire. J’ai depuis quinze ans beaucoup de
peine à la soutenir. J’ai amené l’opposition à l’accepter, et
l’événement de Cracovie m’a fort aidé, tout dernièrement, à fermer la
bouche aux partisans de l’alliance contre-révolutionnaire avec la
Russie. Mais c’est néanmoins une tâche laborieuse que d’amener les
esprits à l’Angleterre. MM. Billaut et Dufaure ont imaginé de
l’étendard d’une scission, en adoptant le thème suivant: Résistance à
l’Angleterre, approbation des mariages Espagnols, etc.... Notez que
ces deux messieurs, vulgaires et ignorants comme des avocats de
province, n’ayant jamais regardé une carte, sachant à peine où coulent
le Rhin ou le Danube, seraient fort embarrassés de dire en quoi
l’alliance Anglaise est bonne ou mauvaise. Mais ils font de la
politique comme au barreau on fait de l’argumentation; ils prennent
une thèse ou une autre, suivant le besoin de la plaidoirie qu’on leur
paye, et puis ils partent de là, et parlent, parlent.... Ils ont, de
plus, trouvé un avantage dans la thèse actuellement adoptée par eux,
c’est de faire leur cour aux Tuileries: et de se rendre agréables à
celui qui fait et défait les ministres. Du reste, ils espéraient
amener grand monde à eux, mais ils ne sont pas 15 sur 180 membres de
l’opposition. Ils n’en seront pas moins un grave sujet d’embarras et
donneront du cœur à nos ministres pour nous accuser d’être livrés à
l’Angleterre, quand nous plaiderons la cause du bon sens et de la
vraie politique.
Quant à moi, j’ai goût à braver les passions de cour et les passions
de rue; je me crois dans le vrai quand j’entends crier contre moi les
laquais de la royauté et les laquais de la canaille, les uns disant
que nous sommes les ennemis du Roi, parce que nous blâmons des
mariages imprudents; les autres disant que nous sommes livrés a
l’Angleterre, parce que nous soutenons que la brouille de la France et
de l’Angleterre est le triomphe du despotisme en Europe. Je suis
convaincu, plus que jamais, de la nécessité de l’union des deux pays.
Je désire cette union sous tous les ministères Tories ou Whigs, mais
je la crois plus fructueuse sous les Whigs. Malheureusement on nous
rappellera 1840, et on nous dira que nous avons mauvaise grâce de
défendre les auteurs du traité du 15 Juillet. Tout cela fait une
position compliquée, difficile, qui ne m’effraye pas, mais qui me
dégoûterait de me mêler des affaires, si ma dignité personnelle ne
m’obligeait pas à rester à mon poste.
Le ministère aura la majorité: cela n’est pas douteux. Il ne pourra
périr que par les événements. Le ministère anglais, s’il dure, aura la
plus grande influence sur le résultat. Quand le Roi croira les choses
stables en Angleterre et la question sérieuse, il abandonnera M.
Guizot. Mais comme il faudra sacrifier dans M. Guizot son amour-propre
et son _gouvernement personnel_, il mettra plus de temps à céder que
de coutume. Je crains seulement que dans l’intervalle les deux pays
n’aient eu le temps de se brouiller.
Les ministres se vantent beaucoup, en effet, que M. Gréville est venu
leur porter des paroles de paix. J’ai vu M. Gréville, il a dîné chez
moi. Il a nié toute mission diplomatique, il m’a paru tenir un bon
langage, que je trouve cependant nuancé de torysme. Voici le ton de
ses discours: Lord Palmerston a raison contre M. Guizot; mais il faut
oublier le passé et s’entendre. En somme, il parle comme parlent à
Paris les ministériels raisonnables, qui disent: M. Guizot a eu tort,
mais il faut n’y plus penser. Je trouve cela naturel, préférable
assurément à une rupture de la France et de l’Angleterre; mais je
voudrais voir tomber du même coup la politique qui livre l’Italie, la
Suisse, l’Allemagne à nos ennemis, qui n’a d’entrailles que pour les
intérêts de Cour, et à qui tout sentiment élevé est étranger. Je ne
suis pas, quant à moi, très-lié avec M. Gréville. Je le trouve sensé,
aimable, gracieux pour moi; mais je ne parle avec lui de la Princesse
de Lieven que pour en dire des choses qui ne tendent pas à me
rapprocher de M. Guizot. Du reste, M. Gréville vit chez Lord Normanby.
Je finis en vous disant qu’il faut démasquer les mensonges de M.
Guizot, mais ne pas tenir un langage qui sente la jalousie contre la
France. Avouer qu’on a voulu Don Henri, et les progressistes en
Espagne, est très-naturel, très-sincère et très-bon. Je crois que
c’est la vérité, et qu’un Ministre Anglais peut en convenir. Je vous
écris tout ceci pour vous seul. Vous n’imaginez pas tout ce que
débitent ici les ministériels. Ils prétendent que je suis en
correspondance avec Lord Palmerston, à qui je n’ai jamais écrit de ma
vie, et qui ne m’a jamais écrit non plus.
Adieu, mon cher ami; au revoir après la bataille.
A. THIERS.”
In the preceding and in the following letters, allusion is made to an act of political iniquity, on which subject, as it happened in a remote corner of Europe, and at a considerable distance of time, it may not be amiss to refresh the reader’s memory. By the Treaty of Vienna, it was stipulated that Cracow should be for ever a free and independent town, under the protection of the three powers—Russia, Prussia, and Austria. In 1846 an insurrection broke out in the town, and the insurgents set up a Provincial Government. They were promptly defeated, and Cracow again became subject to the three powers. For a time things went on as before, but the ramifications of the Spanish plot had extended a little further than the plotters either intended that they should or imagined that they could. Taking advantage of the shattering by Guizot and his master of the _entente cordiale_ between England and France, the three powers concerned with the protection of Cracow, coolly proclaimed, without consulting their fellow signatories to the Treaty, that, so far as regarded that unfortunate town, the provisions of the Treaty were annulled, and Cracow was forthwith annexed to Austria as an integral part of the empire. Separate protests against this act of spoliation, were, as a matter of course, made by both France and England; but, equally as a matter of course under the circumstances, the protests were separate, and as such had no influence on the action of the three confederates.
“Mon cher Panizzi,
Je vous envoie quatre exemplaires du _Moniteur_, car c’est par
le _Moniteur_ que je vous prie de faire connaître mon discours. Il est
indignement rendu dans les divers journaux. Il n’a ni sens, ni clarté,
dans les comptes-rendus inexacts que les journaux en ont donnés.
Envoyez donc ces quatre _Moniteurs_, l’un à Lord Palmerston, les
autres à qui vous jugerez utile de les faire parvenir.
Il y a un mot que j’ai dit, et dont on voudra m’excuser. Le texte vrai
répondra à tout. J’ai dit que les Whigs étaient détestés de l’Europe.
Cela est vrai; c’est le motif qui doit nous porter à nous unir les uns
et les autres. J’ai dit cela pour faire sentir à la France que les
Whigs et nous étions des frères en Jésus-Christ, c’est-à-dire en
révolution. J’ai laissé échapper un mot que j’ai repris: c’est que
Lord Palmerston était odieux à l’Europe, c’est-à-dire aux trois
Cabinets signataires de l’acte de Cracovie. Veillez à ce qu’on n’abuse
pas de ce mot.
Quant à moi, j’ai voulu, hier, rendre un service à l’alliance des deux
pays, a l’humanité, à la civilisation, que les Whigs, unis aux
Libéraux Français, peuvent seuls sauver. Je suis épuisé de fatigue. Je
ferai mon devoir jusqu’au bout. Mille et mille amitiés.
A. THIERS.
Répondez-moi que vous avez reçu ce paquet. Pourriez-vous faire que les
journaux anglais traduisissent mon discours sur le _Moniteur_. Je vais
faire imprimer mon discours à part; je vous en enverrai des
exemplaires.”
In his next letter Thiers indulges in forebodings which, though under the circumstances most reasonable, were fortunately unfulfilled. The trickery of Guizot revealed in his contrivance of the _Spanish Marriages_, might well give rise to coolness between England and France, but was, happily, not likely to be the foundation of any deep feeling of _rancune_, still less to be requited by a _mauvais tour_ on the part of the English Cabinet:—
“Mon cher Panizzi,
Je vous écris quelques mots pour vous faire connaître la
situation et le changement qu’elle vient de subir. Les discours de
votre tribune ont produit ici un effet singulier. Le sentiment de tout
le monde c’est que tout est fini; on va jusqu’à dire que vous n’aurez
pas de discussion à votre tribune sur l’affaire des mariages. Je vous
prie de me dire ce qui en est, et de me le dire par le retour du
courrier. Nous passerions pour des boute-feux, et, ce qui est pire,
nous le serions, si la querelle s’apaisant nous venions la ranimer.
Quant à moi, je reprochais surtout à nos ministres d’avoir rompu
l’alliance avec les Whigs, pour la misérable affaire des mariages. Si
cette sotte affaire ne nous a pas brouillés, ce dont je m’applaudis
fort, notre grief est sans valeur, et il serait ridicule d’attaquer M.
Guizot pour une telle chose. Nous aurions une sotte tournure si nous
venions faire grave une affaire qui ne l’est pas. Je crains seulement
une chose, c’est que la rancune reste au fond, tandis que les termes
se seront adoucis. M. Guizot triomphera de la douceur du langage, qui
l’autorise à dire qu’il a su résister sans rompre avec l’Angleterre,
et nous payerons dans quelque temps, par un mauvais tour de votre
Cabinet, le prétendu triomphe des mariages! Ceci parait fort probable.
Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons, nous, rallumer un feu qui
s’éteint. Pour moi, qui trouvais la situation difficile, vu la
tournure des choses, je serai charmé d’être dispensé de me mêler à
cette discussion. Ecrivez-moi, un mot qui puisse m’arriver mercredi ou
jeudi, avant l’ouverture de notre discussion. Dites-moi surtout si, en
effet, il n’y aura pas de débat dans votre Parlement sur les affaires
espagnoles.
Tout à vous.
A. THIERS.”
Dimanche(1847.)
The concluding letter of Thiers on the great question shows that, however open he may have been to our charge (which may be unfounded) of a natural abhorrence of the English, yet that such dislike was by no means inconsistent with a full appreciation and staunch recognition of the advantages to be derived from their political co-operation. He appears, in this letter, to attribute just a little too much importance to Mr. Greville’s so-called mission. This was scarcely a matter of sufficient consequence to excite the suspicion of so experienced a statesman.
“Paris, ce Dimanche, 7 Février, 1847.
“Mon cher Panizzi,
Voilà notre discussion sur les mariages espagnols terminée. On a
beaucoup attaqué l’Alliance Anglaise, mais je l’ai plus vivement
défendue; j’ai cherché surtout à la populariser en lui donnant son
véritable motif, la défense de la liberté du peuple, et de
l’indépendance des Etats Européens. Je crois pouvoir dire que dans la
Chambre des Députés l’immense majorité comprend et souhaite l’Alliance
Anglaise, et déplore la conduite de M. Guizot. Son imprudent discours
d’avant-hier a confondu tout le monde; son attaque si rude contre Lord
Palmerston (_imprudemment, coupablement_), son démenti de mauvais goût
à Lord Normanby, ont généralement surpris. De toutes parts on se
demandait ce qu’il voulait, et par quels motifs il était dirigé. Alors
on est revenu sur l’origine même du débat, et sur la faute qu’il avait
commise, lorsque je lui offrais de ne pas discuter, de vouloir
lui-même une discussion. Craignant en effet de jouer le rôle de
boute-feu, qui n’est et ne fut jamais le mien, j’avais précisé entre
lui et moi la situation.—Convenons, avais-je dit, que nous nous
tairons, pour ne pas provoquer entre la France et l’Angleterre plus
d’irritation qu’il n’y en a, et qu’il soit clair que ni l’un ni
l’autre ne recule.—Pas du tout: M. Guizot n’a rien voulu admettre, et
s’est obstiné à répondre qu’il n’invoquait pas mon silence, et qu’il
était prêt à discuter. Alors j’ai été forcé d’ouvrir la lutte pour ne
pas paraître reculer. Aujourd’hui que tout le monde comprend la
gravité de ce qu’il a dit, on lui reproche son imprudente morgue, et
l’aveuglement avec lequel il s’est jeté dans le débat. On est fort
impatient de savoir comment tout cela va tourner chez vous. Beaucoup
de gens croyaient et disaient que M. Guizot avait l’espérance de la
retraite de Lord Palmerston, et d’une désunion dans le Cabinet Whig;
d’autres affirment (et je suis sûr que ceux-ci ont raison) qu’il a
voulu venger le Roi des attaques dont il est l’objet en Angleterre,
afin de se l’attacher. Voici en effet ce qui est certain. Le Roi est
devenu fort douteux pour M. Guizot. M. Guizot lui-même, malgré sa
morgue, commence à douter de la solidité de l’appui royal. Je suis
certain de ce que je vous dis ici. Des confidences très-sûrement
informées ne m’ont laissé aucun doute à cet égard. Avant-hier j’ai pu
me convaincre d’un changement notable par mes propres yeux. J’étais
invité au spectacle de la Cour avec 7 ou 800 personnes, par conséquent
sans faveur aucune; mais j’ai reçu un accueil qu’on ne m’avait pas
fait depuis bien des années, et c’est toujours ainsi quand on commence
à s’ébranler. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas un homme sage qui ne
trouve insensé le langage de M. Guizot.
Je voulais, dans ma dernière, vous dire un mot de M. Gréville. Je ne
sais ce qu’il est venu faire ici, mais il a fini par m’être
très-suspect. Je l’ai un peu raillé le jour de son départ, et il en
était piqué. Il a passé sa vie chez Mme. de Lieven, chez M. Guizot, et
tenait ici le langage d’un pur _Guizotin_. M. Guizot était, suivant
lui, un personnage inviolable, et il fallait n’en rien dire. Je lui ai
dit: “Mon cher Monsieur Gréville, vous êtes une éponge tombée dans le
liquide _Lieven_, et quand on vous presse, il n’en sort que ce
liquide. Prenez garde! ce n’est que du liquide de vieille femme.”—Je
crois franchement que M. Gréville n’est pas bien sûr, et qu’il avait
quelque commission particulière, je ne sais pour qui, mais qui n’irait
pas dans le sens des vieux révolutionnaires comme vous et moi.
Je fais toujours des vœux pour que la coterie Européenne dont M.
Guizot est l’instrument, et qui a pour but de comprimer Suisses,
Allemands, Italiens, soit battue partout, à Paris et à Londres. Mille
et mille amitiés.
A. T.
J’espère que vous ne mettrez plus M. Gréville au nombre de mes agents
diplomatiques.
Avez-vous reçu un paquet affranchi de _Moniteurs_? Répondez-moi bien
vite et dites-moi ce qui en est d’un bruit répandu ici par le
Ministère et les _Holland_, que le Cabinet Whig est divisé. Tout à
vous.
Nos petits scissionnaires qui avaient fait un système pour la
circonstance, dirigé contre l’Angleterre, ont été battus à
plate-couture; ils sont couverts de ridicule.
Ecrivez-moi pour me dire quel jour vous aurez reçu cette lettre.”
The affair of the _Spanish Marriages_, so far as relates to the incidents of the plot itself, and the manner in which it was worked out, has subsided into a matter of no interest, and, save in the material pages of history, has lapsed into oblivion. People have even ceased to discuss the curious question whether or no the marriage of the Duke de Montpensier was a violation of the treaty of Utrecht. One meagre pleasure, however, remains, to read of the various minor difficulties which, in addition to the _vis inertiæ_ of the British Government and the Coburg countermine, M. Guizot, in the course of his machinations, was called upon to encounter.
Some of these he attributes to the peculiar temperament of the people with whose domestic affairs he was meddling:—
“C’est le caractère,” says he, “des peuples du midi, surtout des
Espagnols, que le long régime du pouvoir absolu et l’absence de la
liberté politique n’ont point éteint en eux l’ardeur des passions, le
goût des émotions et des aventures, et qu’ils déploient avec une
audacieuse imprévoyance, dans les intérêts, les incidents et les
intrigues de leur vie personnelle, la fécondité d’esprit et l’énergie
dont ils n’ont pas appris à trouver dans la vie publique l’emploi
réfléchi et la satisfaction mesurée.”
And again, writing to Bresson:—
“Je ne connais pas l’Espagne, et je suis fort porté à croire qu’elle
ne resemble à aucun autre pays.”
Mons. Guizot was free from some of the more prominent characteristics of his countrymen, and was by nature formed for a cool and keen observer and discriminator. Had he used his observation to the fullest extent, he might have ascribed the peculiarities of Spanish temper to some other, and more original cause, than that to which he assigns them; and, had he combined comparison with that observation, might possibly have been led to the unpleasant conclusion;—_Simia quam similis turpissima bestia nobis_.
There is within these realms a people, in blood closely akin to Frenchmen and Spaniards, to whom certain noble qualities, attributed by M. Bresson to the latter, might not unjustly be ascribed:—“La jalousie, l’ambition, et la vengeance, m’écrivait-il (le 11 Mars, 1844) sont les principaux mobiles des hommes qui figurent ici sur la scène politique. Je ne fais exception pour aucun parti; haïr, se satisfaire et se venger, ils ne voient rien au delà.”
In fact, the great Celtic race, in its several divisions, is the same throughout the world—alike unpolitical and ungovernable. Reform succeeds reform; revolution, revolution; all is labour in vain, spent only on forming material for fresh change. Not that we should blame the race for declining to accept even good government from any alien authority had it either the wisdom or the power to construct for itself a stable administration, or the foresight to submit to the necessary control of the authority so created.
The _Spanish Marriages_ affair, though of itself the meanest and most miserable of plots, nevertheless left results behind, the ultimate effect of which has, perhaps, not even yet been felt. Nemesis, however, was not long in overtaking the perpetrators of this striking example of chicanery. The accomplishment of the intrigue—the first overt act, the first great achievement of the reactionary policy adopted by the King of the French and his Minister, both at home and abroad, and notably in the affairs of Italy, as well as of Spain, was, it is no exaggeration to say, one of the main causes of the downfall of the former, as it was the direct cause of his falling despised and unregretted of all.
Mons. Guizot records in his “Mémoires” (Vol. VIII., p. 571) a proceeding on the part of certain members of the Liberal party which caused him much surprise, but of which he accepts an explanation that might probably not have been equally satisfactory to everybody.
“Le lendemain, 22 Février (1848), non pas l’opposition toute entière,
mais cinquante-deux de ses membres firent connaître quels étaient les
nouveaux et graves devoirs qu’ils se proposaient de remplir; ils
déposèrent, sur le Bureau de la Chambre des Députés, une proposition
pour la mise en accusation du Ministère, à raison de sa politique,
extérieure et intérieure, dans tout le cours de son administration.”
It is beyond our present range to travel so far into subsequent history, but mention must not be altogether omitted of the intimate connection between the _Spanish Marriages_ and an event of far greater importance than the Revolution of 1848, the war between France and Germany in 1870-1, originating in the vacancy on the Spanish throne.
Touching the Revolution of 1848, there is but one letter of Thiers to Panizzi, and this bears more on the immediate incidents of the abdication, and on the culpable weakness of the King himself, than on the causes that led to his dethronement.—
“Paris, 20 Mars, 1848.
“Mon cher Panizzi,
Je vous remercie de votre aimable souvenir. J’ai traversé,
depuis que nous n’avons plus eu de communications, d’affreuses
vicissitudes. J’ai vu tomber la monarchie de 1830 par le sot
entêtement de Louis-Philippe, et la folle imprévoyance de ses
ministres. Après avoir refusé au parti libéral toute satisfaction
raisonnable, après s’être réduit à la triste nécessité de verser le
sang pour défendre un odieux système, on avait dans Paris 16,000
hommes de troupes, dispersés de Vincennes à Chaillot, dont 4,000
seulement aux Tuileries (point décisif).
Ceux-ci avaient dix cartouches par homme, et point de vivres. Ce que
je vous dis je l’ai vu de mes yeux. Le Roi m’a appelé quand il n’était
plus temps de le sauver, c’est-àdire au milieu de la nuit qui a
précédé sa chute. Je ne lui ai pas dissimulé l’extrémité du péril, qui
ne laissait presque aucune espérance. Si dans ce moment il avait fait
les concessions nécessaires, peut-être aurions-nous pu arrêter
l’insurrection; mais il ne m’a accordé la dissolution de la Chambre
des Députés qu’à dix heures du matin (il m’avait appelé à trois heures
de la nuit) et il a été obligé d’abdiquer à onze heures. Il a toujours
fait toutes les choses trop tard, et quand elles ne valaient plus
rien. On dit que M. Guizot fait le fier à Londres. Il a bien tort, car
il a joint à un système absurdement provocateur une imprévoyance
fabuleuse dans les moyens de défense.
Je suis resté par honneur auprès du Roi jusqu’à la dernière minute. Je
me suis retiré après, et j’ai failli être égorgé par la populace, qui
trois heures auparavant criait: _vive Thiers!_, à tue-tête. Je suis
depuis demeuré en repos, et j’y demeurerai tant que je pourrai.
On me porte dans mon département; j’ai déjà refusé de l’être dans
plusieurs autres départements. Je crois que je serai élu, sans en être
certain, car ce nouveau suffrage universel recèle un inconnu
impénétrable.
Je me laisse porter par devoir, car je m’attends aux plus affreuses
scènes dans la future Assemblée.
Paris est matériellement tranquille, vous et Ellice pouvez venir sans
danger. Les étrangers ne courent aucun péril.
Nous essayerons de fonder une république raisonnable (si mes amis et
moi sommes élus), car nous sommes d’avis que la monarchie est
impossible aujourd’hui, et nous croirons avoir beaucoup fait si nous
pouvons donner au pays une République bien constituée.
Le principal danger est dans les fausses idées inculquées dans la tête
des ouvriers. C’est là ce qui est le plus à craindre. Si on parvient à
leur faire entendre la raison, la France pourra être sauvée.
Tout à vous,
A. THIERS.”
Another letter from Thiers, though not written to Panizzi, having some connection with this subject, demands attention, inasmuch as it notices the state of France a year after the Revolution, the unpatriotic and disgraceful conduct of the _Reds_, and the struggles and endurance of the Constitutional party, ere peace and order could be re-established in the country.
Amusing reference is herein made to his friend:—
“Paris, 29 Juin, 1849.
“Mon cher Ami,
Voilà plus de huit ou dix jours que je cherche un moment pour
vous écrire sans parvenir à le trouver. Nous avons eu de telles
affaires depuis nos dernières communications, que le temps m’a
toujours manqué. Vous n’avez pas idée des scènes qui ont précédé le 13
Juin. La violence des montagnards dépassait tout ce qu’on peut
imaginer. Je les ai pris corps à corps dans la personne de
Ledru-Rollin, et c’est entre deux huissiers gardant la tribune que
j’ai pu parler. Poussés au pied du mur dans l’Assemblée, ils ont le
lendemain tenté leur folle insurrection, et ils se sont heureusement
perdus. Aujourd’hui nous sommes certains (pour assez longtemps) de la
tranquillité matérielle. Le désordre ne peut pas l’emporter sur la
force. C’est une grande conquête; mais il faut assurer par les lois
notre avenir. C’est là une besogne des plus difficiles et des plus
épineuses. Notre Constitution est absurde, nos lois électorales
désastreuses; heureusement nous avons une bonne et sage majorité, qui
est disposée à se très-bien conduire. Il y a donc des moyens de salut
à travers beaucoup de chances de pertes. En définitive, nous avons
beaucoup gagné, et je crois que d’ici à quelque temps nous n’agiterons
plus l’Europe. C’est quelque chose de pouvoir dire d’un malade qui
vous est cher, qu’il y a chez lui un mieux sensible.
Parlons de nos projets.
Malgré ce scélérat, ce montagnard, ce jésuite, ce rouge de Panizzi,
nous voulons partir en Juillet et être à Londres du 15 au 20. Nous y
passerons deux ou trois jours, après quoi nous partirons pour
l’Ecosse. Notre motif c’est de ne pas avoir la pluie, qui est odieuse
partout, mais surtout dans le Nord. Nous voulons voyager
très-simplement, pour ne pas épuiser notre bourse modeste; mais
cependant, ces dames ne peuvent se passer de deux femmes de chambre,
et moi d’un valet de chambre: ce qui fait trois domestiques. Quant aux
toilettes, le deuil nous dispense d’en porter beaucoup, sans quoi Mme.
Thiers me donnerait des soucis à cet égard.
Mais il faut, que ce projet vous convienne et réponde à vos
combinaisons personnelles. Si vous n’étiez pas disposé à alle, dans
votre domaine d’Ecosse à cette époque, du 20 juillet au 10 août, il ne
faudrait pas vous déranger et nous le dire franchement. Agissez avec
nous en toute liberté. Il faut qu’il soit bien entendu que si vous ne
pouvez pas aller dans votre _cottage_ écossais, vous nous le disiez à
l’avance, et que vous ne changiez pour nous aucun de vos projets.
Tout à vous de cœur.
A. THIERS.”
The remaining letters of Thiers to Panizzi, quoted below, are of less importance, and briefer than those which enter into their correspondence on the great Spanish question; they chiefly consist of miscellaneous matter, although politics have still a fair share of space. We propose to place before the reader merely those which touch upon personal and domestic relations:—
“Paris, Mai 1847.
“Mon cher Panizzi, dites-moi si vous pourriez vous charger de la
commission suivante.
On va vendre à Londres, en vente publique, une collection d’une
vingtaine de tableaux, fort beaux, et recueillis en Italie par un
Anglais trés bon connaisseur
Dévoré de la fatale passion des tableaux, j’en voudrais acheter deux
ou trois.
Allez-vous quelquefois dans les ventes publiques, ainsi que nous le
faisons à Paris?
Voudriez-vous acheter ces deux ou trois tableaux, pour mon compte?
Je vous dirais les prix, qui peuvent monter à deux ou trois mille
francs en tout, et que vous tirerez sur moi par les Rothschild. C’est
dans les premiers jours de Juin que la vente a lieu. Dans le cas où
vous me diriez oui, je vous enverrais les indications, c’est-à-dire le
catalogue anglais, avec le numéro des tableaux que je désire.
Nous venons de renvoyer trois ministres, pour apaiser la Chambre qui
n’est pas apaisée. Je crois, sauf la décision souveraine des
événements, que le ministère Guizot tire à sa fin. Mille amitiés.
A. THIERS.”
“17 Juin.
“Mille pardons, mon cher Panizzi, de toutes vos peines. J’attends mes
trois tableaux avec impatience. Les Rothschild sont ce que vous dites.
Mes trois mille francs, avec l’appoint, sont prêts pour payer votre
traite. Adieu, et mille tendresses. Je vous aime vous savez combien.
A. THIERS.”
“Paris, ce 25 Juin, 1847.
“Mon cher Panizzi,
J’ai reçu mes trois tableaux en bon état, sauf le cadre du
Murillo, légèrement endommagé. Les trois sont bien ceux que j’avais
désignés. Je soutiens qu’ils sont ravissants, car j’ai la prétention
de m’y connaître, et de plus, très-peu chers. Le Peternof est le plus
parfait de ce maître. J’attends toujours votre traite pour la solder.
Je ne l’ai pas encore reçue. M. L *** est un malhonnête. Les rois de
l’argent sont ainsi faits. Je voudrais bien vous aller voir cet été,
voir Ellice et _tutti quanti_, mais je n’ai pas un moment à moi. Il
faut que j’aille voir mes électeurs, que je n’ai pas visités depuis
des années, que je traite trop cavalièrement, et qui commencent à me
bouder. Il faut, en outre, que j’aille accompagner Mme. Thiers aux
Pyrénées. Tout cela ne me laissera pas le temps de respirer. Ce n’est
pas tout: j’ai deux volumes d’histoire à terminer! Voilà tous mes
esclavages! Plaignez-moi, et prenez en pitié la destinée humaine. Je
souris quand on parle liberté. Nous sommes esclaves de mille lois,
sans compter les lois physiques qui nous font graviter vers le centre
de la terre comme des pierres, qui nous empêchent de voler comme des
oiseaux, nager comme des poissons, en nous réduisant, pour aller un
peu plus vite, à étendre des lames de fer sur la terre. Je suis
morose, comme le latin Lucrèce, en songeant à cette vie. Si quelque
chose pouvait me réjouir, ce serait l’abaissement croissant de ces
ministres de la contre-révolution. Ils sont comme un vaisseau qui a
une voie d’eau, et qu’on voit s’enfoncer de minute en minute. Adieu,
je vous aime.
A. THIERS.”
The first of these letters, relating to a political question of the day, was written by Thiers on the fall, for the second time, of Lord Melbourne’s administration, and the consequent accession of Peel to power.
It is amusing to recall how, on the previous overthrow of the Government of Lord Melbourne, a certain periodical, of Tory and Conservative proclivities, and of undoubted ability and influence, confidently predicted the eternal exclusion from power, thenceforth, of the defeated Minister, and the impossibility of his return. The fact that the succeeding Government of Peel lasted but a few short months, by the end of which time Melbourne was reinstated, was a proof of the prophetical skill possessed by the writer in the magazine. On the second occasion, however, Peel obtained a somewhat firmer and more durable seat.
The just appreciation shown in this letter, not only of the political bearing of events at the time, and of the character of Peel himself, but generally of the ordinary moderation in the tone of English politics, is not invariably conspicuous in the comments usually made on England by foreign critics.
The supposition or assertion of Monsieur Guizot’s despair at the end of the letter was probably a parting shot at a political rival.
“Paris, 16 Décembre, (1845.)
“Mon cher Panizzi,
Voilà bien longtemps que je veux vous écrire, sans en trouver le
temps. D’abord, je vous prie de remercier M. C. de ses oiseaux que
j’ai mangés avec ma famille et mes amis, et qui étaient excellents. Je
ne veux pas dire que j’ai mangé ma famille et mes amis, mais les
oiseaux. Enfin vous voilà prêts à manger les Tories, je fais des
vœux pour qu’il en soit ainsi. Il ne faut pas renoncer à
l’alliance, même avec les Tories, mais elle me semble bien plus solide
avec les Whigs, grâce à l’uniformité du principe. Cependant j’ai peur
que mes amis manquent de résolution. S’ils laissent passer cette
occasion de prendre le pouvoir, je ne sais pas quand ils pourront le
reprendre. C’est une bonne fortune sans pareille pour battre le parti
anti-réformiste. S’ils laissent M. Peel reprendre son rôle de
conservateur demi-réformiste, il le continuera à son profit et gloire,
et il faut reconnaître qu’il conviendra fort à l’esprit _moyen_ de
notre temps, justement défini juste-milieu par Louis-Philippe. Dussent
vos amis échouer au Parlement, à leur place je tenterais, sauf à
porter la question devant les électeurs. L’Angleterre est un pays trop
légal, pour qu’il y ait du danger à convoquer le peuple électoral sur
quelque question que ce soit. Au surplus, je fais des vœux bien
plus que je ne donne de conseils, car on peut difficilement avoir un
avis sur un pays qu n’est pas le vôtre. On nous dit que Lord Clarendon
doit être ambassadeur ici; nous en serions tous enchantés. Ce serait
le meilleur moyen de faire fleurir l’alliance. On a parlé aussi de
Lord et Lady C ****. Celle-ci est une personne des plus mal choisies
pour Paris. Elle est remuante, bel esprit, brouillée avec les trois
quarts de la société de Paris pour ses impertinences, et amie de la
Princesse de Lieven _uniquement_. Je vous prie de me garder le secret,
en ne disant cela que là où cela peut être utile. Je ne veux pas me
brouiller avec cette redoutable lady. A défaut de Clarendon, Lord
Beauvale serait on ne peut mieux venu. Mais en êtes-vous à faire des
ambassadeurs? je n’en sais rien. M. Guizot est au désespoir de la
chute des Tories. Mille tendresses.
A. T.”
The next letter, from which the date of the year is absent, may be assumed, from the mention in it of the _grande entreprise_ of Peel, to refer to the repeal of the Corn Laws, and in that case must have been written in the year 1846.
This assumption appears to be fully borne out by the further mention of _Philippe-Guizot_.
“26 Mars.
“Mon cher Panizzi,
Je sais que vous avez approuvé mon dernier discours _Ad
Philippum_. Celui-ci a été fort mécontent, ce dont je me soucie peu,
car je ne veux ni le flatter ni le blesser. Je vais à mon but qui est
la vérité, et ne regarde ni à droite ni à gauche. Nous attendons ici
la fin de votre grande entreprise, avec une extrême curiosité. On dit
que M. Peel se retirera après. Soit, si vos amis doivent arriver. On
vous craint et on _vous_ déteste ici (_vous_ veut dire Whigs), et on
fait des vœux ardents pour le maintien de M. Peel, et comme on
croit ce qu’on désire, on annonce volontiers le maintien de M. Peel.
_On_ veut dire _Philippe-Guizot_.
Dites-moi ce qu’il en faut croire. On se flatte volontiers que les
Whigs arrivant, Lord Palmerston n’en sera pas.
Je vous adresse 50 exemplaires de mon discours que je vous prie de
distribuer, 25 en habit habillé, 25 en habit négligé. Vous les
distribuerez à votre gré. Je vous prie de les faire arriver notamment
à MM. Russell, Palmerston, Ellice, Clarendon, Macaulay, Lansdowne,
Lord Ashburton, Peel, Aberdeen, Lady Harriette, etc. Vous suppléerez à
ma mémoire.
La belle Contessa Taverna est partie, nous laissant dans la tristesse
du cœur.
Adieu, et mille tendresses.
A. THIERS.”
“Je cherche une voie pour vous faire arriver mes 50 exemplaires. Si je
ne la trouve pas, vous feriez bien de me l’indiquer courrier par
courrier.”
In another epistle Thiers makes amusing allusion to Panizzi’s patriotism, and suggests means of liberating his country from tyranny and oppression which were more desirable than practicable, and which, to say the least, were not likely to come to pass just at that time, even with the patriot’s most earnest aspirations.
Happily the Italians have succeeded in achieving their own liberty, not only without the aid of foreign support, but in the teeth of very formidable and determined foreign opposition:—
“9 Novembre, 1847.
“Mon cher Panizzi,
Je n’ai rien à ajouter à la lettre ci-jointe; je dis là tout ce
que je dirais ici, car je n’ai qu’une manière de penser et de sentir.
Je vous ajoute ces quelques mots pour vous dire que vous ferez de ma
lettre tout ce que vous voudrez: si vous la trouvez de tout point
convenable, et bonne à être envoyée à Lord Clarendon, vous pouvez la
lui envoyer; il s’en servira comme il jugera à propos. J’ai bien le
projet de vous aller revoir, et le plus tôt possible. Adieu; embrassez
Ellice sur le front, comme s’il était jeune, joli et pur autant que
ses charmantes nièces. Adieu; n’excluez pas Cromwell du Parlement, et
faites décréter une expédition Britannique contre les petits tyrans
Italiens. La belle Comtesse Taverna est malade, et seule à Paris;
venez nous aider à la consoler.
A. T.”
Lastly, we add a letter to Rutherfurd, written by Panizzi while staying at Lord Clarendon’s. This letter seems to treat almost entirely of English politics, and furnishes an excellent specimen of the acuteness of the writer’s judgment on this subject, and, as it contains references to Thiers, this has been thought a not unfit place for its introduction. It is without date, but the contents show it to have been written early in January, 1846; and certain passages in it may possibly, after such a lapse of time, require a few words of explanation. In the previous year, it will be remembered, the Government of Sir Robert Peel had become involved in extreme difficulty, and an attempt had been made by Lord John Russell to form a ministry capable of settling the vexed question of the Corn Laws. This attempt proved signally unsuccessful, owing to an unhappy difference, which it is not too much to designate as a quarrel, that had sprung up between Lord Palmerston and Lord Grey. On the conduct of the latter in the affair, Lord Macaulay had written to a correspondent in Edinburgh a letter containing severe animadversions, which he wished to be strictly private.
Unfortunately, his correspondent, unaware, probably, of the writer’s wishes, and taking upon himself to think that so decided an expression of opinion on the part of so important a person was the legitimate property of the political world at large, sent the letter for publication to a leading Edinburgh newspaper, wherein it forthwith appeared, much to the disgust of Macaulay, and the displeasure of all right-thinking men. Panizzi’s remarks on this gentleman’s course of action are such as to be fully permissible under the circumstances:—
“The Grove,”
Sunday.
“My Dear Rutherfurd,
I rejoice at the prospect of your being here early this year, when we
shall, I trust, spend many hours together, the more so if I become a
member of Brooke’s,[J] where the “Bear”[K] took me to dinner one day,
against all rules and principles, and then said I ought to become a
member, and put down my name, and the good lord of this house[L]
gladly seconded it, and I suppose no one will object to me as far as I
can guess.
As to the important part of your letter, respecting public affairs and
the late hubbub, I, first of all, agree with you that, although things
_have not gone quite right_, they are not so bad as some thought (they
don’t think so now, and will think better of them every day, after the
first week of the session).
It seems to me evident, whatever may be said by those whose ambition
or greediness warps the judgment, that the Whigs ought not to have
taken office if they could help it. It is better that the world should
see that it is they, out of office and on principle, who help a
government to carry _their_ (I mean the opposition’s) measures, than
that they, the Whigs, should be at the mercy of their opponents for
going on at all.
Peel would have brought them about 25 members, and with those, and
great exertions and excitement, the Corn Laws might have been
repealed; but then would they not have been in their enemies’ hands on
all other questions, and on the most trifling measure unpalatable to
the Tories? Would not Peel then have left them? And do you think that
he would not have made his peace with the Tories, and be brought back
by them and by those who would attribute, though Tories, the carrying
of the good measure repealing the Corn Laws, to his support _out of
office_, of his opponents? For you must not forget there are many
friends of Peel who are against the Corn Laws; whereas there is not
one Corn Law friend who is a friend of the Whigs, and who would, soon
at all events, forgive them for repealing that Corn Law. The Whigs who
join the Tories on this question would, unquestionably, have joined
them in opposing Lord John’s Government, now and for some time to
come; then, had you Whigs failed even in carrying the repeal of the
Corn Laws, and being obliged to resign _reinfecta_, you would have
been the object of universal hatred and contempt from both friends and
enemies. From the former for having done too little, from the latter
for having done too much, and shown you are not either powerful
friends or terrible enemies.
But out of office you are 250. You can set your enemies by the ears;
the public will see that it is you who command the measures, though
your opponents carry them through by your patronage of them; and when
once this, the greatest of all changes, is completed by the leader of
those who oppose it most, the two great divisions or parties of Whigs
and Tories will be left in their natural position, without any
extraneous element to alter their essence; but the Whigs will be
united, _with the Reform Bill fairly working in town and country_, and
the Tories would be at sixes and sevens amongst themselves, and with a
leader who has insulted, deceived, and crushed them.
But if it were to be wished that the Whigs had not undertaken to form
a Government, it were also desirable that they should not have been
obliged to give up on account of a crotchety nobleman, who
“Mal del corpo intero
E della mente peggio,”
quarrels so easily with every one, and does not probably agree with
himself. It gives a despicable opinion of the power of a party that
cannot do or will not do without such a man, and personal objections
of not a grand and important public principle that prevent two great
men from agreeing together at all conscientiously, are but sorry
reasons to give for such a failure. The discreet letter of our friend
Tom is certainly to be regretted; the discreet friend to whom he wrote
it deserves to be kicked for his breach of confidence. The less said
the sooner mended on that. Grey will be up, say his say, Macaulay, I
hope, will not answer him, and the matter will so far end and be
forgotten.
But other explanations will be necessary. I am surprised you don’t
know more of what really passed, as I should have thought Lord John,
being at Edinburgh, would have told you all. But, perhaps, he does not
like to say the whole; and so recollect that I write in full
confidence. You may rely on the correctness of what I say, and, of
course, use the knowledge as a prudent man to shape your questions and
answers. _Don’t compromise me_, or say what you know, because, even
without my name being mentioned, your authority would certainly be
guessed. It so happens that I have had occasion to hear much about all
this, and it is known that I have heard so much. Macaulay did not wait
for Lord Grey’s consent or conniving or declaration, but joined the
other at once.
Lord Grey told Ellice at Norwich that he objected to Palmerston as
Foreign Secretary, but Ellice was far from being requested to inform
Lord John of it. Yet, like a prudent man, he wrote up: “Here at
Norwich I find all smooth, except as to the Foreign Department.” When
they came to town, Ellice was told the objection of Grey had been got
over; but on the Thursday night he learned that it was a mistake, and
I know how and from whom; you shall hear it all when here. Yet he
thought it might be arranged. Lord Grey goes about reading in his
defence a letter he wrote to Lord John, to show that, in due time, he
gave notice of his objection; but two persons who have read the letter
say it is so full of generalities, that no one guessed to whom it
pointed. No one dreamed of Lord Palmerston being the object; but, as
he spoke as not having regard to person in the arrangements, it was
guessed that the hints were intended against replacing Minto at the
Admiralty. You will perceive that the Bear is above all accusation;
some may say that Lord John himself may be found fault with, but then
no one thought that Grey would carry the matter so far, and it was
expected that he would yield, and that led to keeping his objection,
or so it was understood, in the back ground, not to give it more
importance that it might have. The only one to blame is Grey, he ought
either to have _spoken out at once clearly_ himself, or yielded as
others have done, who were against asking the Government at all, and
yet yielded to the opinion of the majority of their friends, and
cheerfully joined them in leading what they considered the most
_forlorn hope_.
All the others I can safely _assure you_ are perfectly friendly. Lord
John declares he will never have anything to do politically with Grey,
so say the others. Lord Palmerston is entirely satisfied with the
Bear’s conduct. If the foolish paragraphs in the newspapers had caused
him to feel any distrust or jealousy of Lord Clarendon (which I doubt
and hope not), that has been totally and wholly removed, I am happy to
say by the writer of this enormous letter. (It is as long as a
sermon.) Lord Clarendon behaved above all praise, and Lord Palmerston
feels and avows it.
THIERS wrote to me a capital and most friendly letter, of course not
for me only, although most private. I took care to communicate it to
the proper quarters, and it has had a good effect, and cemented the
good understanding that I was so happy in bringing about when Thiers
was here (Lady Holland who knew all about it took all the credit
herself!!!), and Palmerston’s explanations (do you think it will be a
trifle for him to get over?) and his colleagues—why did he resign? Why
does he come in with the same crew? Did they rebel? Why do they
submit? _Sixteen_ members of the Cabinet bespeak confusion. Are they
to know what he is to do, or to obey blindly? Some of the underlings
turn restive. Lord Mahon, for instance, I am told, will resign; if
Peel were completely free-trader even in corn. Come up, &c., &c.,
Yours affectionately,
A. PANIZZI.”
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Footnote J:
Proposed on the 17th December, 1845; elected 17th February, 1846;
resigned his membership 18th December, 1873.
Footnote K:
The sobriquet of the Right Honourable E. Ellice.
Footnote L:
Lord Clarendon.
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The correspondence between Panizzi and Thiers extended no further than the letters set forth above.
Later on a feeling of coolness seems to have arisen between the two, the real origin of which it is difficult to determine; but if a conjecture may be hazarded, it was possibly caused by the fact that Thiers declined to extend his love for Panizzi—or, at least, any beneficial effects of it—to Panizzi’s countrymen in general, and thereby offended the ever ardent patriotism of his friend. Be that as it may, the intimate relation, which had so long subsisted between these once firm allies gradually cooled; and during the last years of their lives little or no communication passed between them. Nevertheless, the letters given will be valuable in the eyes of all admirers of the distinguished statesman whose pen has so short a time since been stayed for ever by the cold hand of death, and will serve as invaluable evidence of his ideas on various subjects of interest and importance.
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The life and correspondence of Sir Anthony Panizzi, K.C.B., Vol. 1 (of 2)Chapter VII (2)
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