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Chapter XXXIV: Appendix: No. I (1)

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The following extracts of letters are published to avoid any future cavils upon the points they refer to, and also to shew how difficult it is for the historian to obtain certain and accurate details, when eye-witnesses, having no wish to mislead, differ so much.

BATTLE OF SALAMANCA.

_Extract of a memoir by sir Charles Dalbiac, who was one of Le Marchant’s brigade of heavy cavalry._

“Throughout these charges upon the enemy, _the heavy brigade was unsupported by any other portion of the cavalry whatever_; but was followed, as rapidly as it was possible for infantry to follow, by the third division which had so gloriously led the attack in the first instance and had so effectually turned the enemy’s extreme left.”

_Extract from a memoir by colonel Money, who was one of general Anson’s brigade of light cavalry._

“The third division moved to the right, and _the cavalry, Le Marchand’s and Anson’s_, were ordered to charge as soon as the tirailleurs of the third division began to ascend the right flank of the hill.”—“The rapid movement of the cavalry which now began to gallop, and the third division pressing them (the French), they run into the wood, which separated them from the army; _we_ (Anson’s light cavalry) _charged them under a heavy fire of musketry and artillery from another height_; near two thousand threw down their arms in different parts of the wood, and we continued our charge through the wood until our brigade came into an open plain of ploughed fields, where the dust was so great we could see nothing, and halted; when it cleared away, we found ourselves within three hundred yards of a large body of French infantry and artillery, formed on the declivity of a hill. A tremendous battle was heard on the other side, which prevented the enemy from perceiving us. At last they opened a fire of musketry and grape-shot, and we retired in good order and without any loss.”

_Extract of a letter from sir Henry Watson, commanding the first regiment of Portuguese cavalry under general D’Urban._

“When Marmont, at the battle of Salamanca, advanced his left, lord Wellington ordered down the reserve, of which the first and tenth Portuguese cavalry and two squadrons of the British cavalry under captain Townsend, now lieutenant-colonel Townsend, formed a part under sir B. D’Urban. The cavalry was pushed forward in contiguous columns, and were protected from the enemy by a small rising ground, which, as soon as I had passed, I was ordered to wheel up, and charge the front in line. _The enemy had formed a square_, and gave us a volley as we advanced, the eleventh and fourteenth remained en potence. _In this charge we completely succeeded_, and the enemy appeared panic-struck, and made no attempt to prevent our cutting and thrusting at them in all directions until the moment I was about to withdraw; then a soldier, at not more than six or eight paces, levelled his musquet at me, and shot me through the shoulder, which knocked me off my horse, where I continued to lie till the whole of our infantry had passed over.”

_Extract from a letter of colonel Townsend, 14th Dragoons._

“At the battle of Salamanca I perfectly recollect seeing D’Urban’s cavalry advance up the hill, and charge the French infantry. _They were repulsed_, and left Watson (now sir Henry), who led his regiment, the first Portuguese, badly wounded on the field.”—“_I am almost positive the French were not in square, but in line, waiting to receive the attack of the leading brigade of the third division_, which gallantly carried every thing before it.”

No. II.

_Copies de deux dépêches de l’empereur au ministre de la guerre relatives au duc de Raguse._

_Dresde, le 28 Mai, 1812._

MONSIEUR LE DUC DE FELTRE,

Je vous renvois la correspondance d’Espagne. Ecrivez au duc de Raguse que c’est le roi qui doit lui donner des directions, que je suppose qu’il s’est retiré devant lord Wellington selon les règles de la guerre, en l’obligéant à se masser, et non en se reployant devant sa cavalerie légère; qu’il aura conservé des têtes de pont sur l’Agueda, ce qui peut seul lui permettre d’avoir des nouvelles de l’ennemi tous les jours, et de le tenir en respect. Que si au contraire il a mis trente lieues d’intervalle entre lui et l’ennemi, comme il l’a déjà fait deux fois contre tous les principes de la guerre, il laisse le général Anglais maître de se porter où il veut, il perd constamment l’initiative, et n’est plus d’aucun poids dans les affaires d’Espagne, que la Biscaye et le nord sont dans des dispositions facheuses par les suites de l’évacuation des Asturias par la division Bonnet, que la réoccupation de cette province n’a pas encore eu lieu, que le nord est exposé à de grands malheurs, que Santona et St. Sebastian sont compromis, que les libres communications des guerillas avec la Galice et les Asturies par la mer les rendront formidables, que s’il ne fait pas réoccuper promptement les Asturies, sa position ne peut s’ameliorer.

Recommandez au général Caffarelli de réunir davantage ses troupes, et d’avoir toujours une colonne dans la main.

Ecrivez au général L’Huillier d’avoir l’œil sur St. Sebastian, et d’avoir toujours 3000 hommes dans la main pour les diriger sur cette place si elle avoit besoin d’être secourue.

En général pour parer à la mauvaise manœuvre et à la mauvaise direction que le duc de Raguse donne à nos affaires il est nécessaire d’avoir beaucoup de monde à Bayonne. Activez la marche du 3^e et du 106^{me} et de la 5^e demi brigade provisoire sur cette place. Tenez y deux généraux de brigade afin que le général L’Huillier puisse toujours disposer des forces pour être en mesure d’agir selon les circonstances.

Réunissez un millier d’hommes des dépôts de cavalerie de l’armée d’Espagne, et dirigez les en régimens de marche sur Bayonne.

Prescrivez au général L’Huillier de tenir ses troupes dans la vallée de Bastan, à Bayonne, St. Jean de Luz, et Irun, en les munissant bien, les barraquant, les exerçant, et les formant. Ce sera au moyen de cette ressource que si le due de Raguse continue à faire des bévues on pourra empêcher le mal de devenir extrême.

Sur ce, je prie Dieu, &c.
(Signé) NAPOLEON.

[_For second despatch, see_ Appendix No. VII.]

No. III.

_Lettre de M. le duc de Dalmatie au roi._

_Seville, 12 Août, 1812._

Je n’avais reçu aucune nouvelle de V. M. depuis les lettres qu’elle m’a fait l’honneur m’écrire des 6 et 7 Juillet dernier. Enfin je viens de récevoir celle datée de Segovie le 29 du même mois. Les rapports publiés par les ennemis m’avaient déjà instruit des évènemens survenus en Castille lesquels étaient naturellement exagérés; V. M. a bien voulu en quelque sorte fixer à ce sujet mes idées. Je déplore les pertes que l’armée de Portugal a éprouvées. Dans l’etât ou étaient les affaires d’Espagne une bataille ne devait se donner qu’à la dernière extrémité, mais tout n’est pas perdu. V. M. après m’avoir communiqué les dispositions qu’elle a faites depuis le 6 (date de la dernière lettre) au 19 Juillet m’ordonne comme une ressource d’évacuer l’Andalousie et de me diriger sur Tolêde. Je ne puis dissimuler que cette disposition me parait fort extraordinaire. J’étais loin de penser que V. M. s’y serait déterminée. Le sort de l’Espagne est-il done décidé? V. M. veut elle sacrifier le royaume à la capitale? et a-t-elle la certitude de la conserver en prenant ce parti? Enfin l’évacuation de l’Andalousie et ma marche sur Tolêde sont elles l’unique ressource qui nous reste? Je vais me préparer à cette disposition que je regarde comme des plus funestes pour l’honneur des armes impériales, le bien du service de l’empereur et l’intérêt de V. M. dans l’espoir qu’avant qu’elle s’exécute V. M. l’aura changée ou modifiée suivant les propositions que j’ai eu l’honneur de lui faire le 19 Juillet, le 8 de ce mois, et par M. le colonel Desprez.

J’ai l’honneur d’adresser à votre Majesté triplicata de ma lettre du 8 de ce mois. En me référant aux observations et propositions qu’elle renferme, si V. M. ne prend pas des dispositions en conséquence, je considére que l’évacuation de toute l’Espagne est decidée, car il faut que V. M. se persuade que du moment que mon mouvement sera commencé je serai suivi par soixante mille ennemis lesquels ne me donneront pas le tems ni la liberté de prendre la direction que V. M. m’indique et qui se réuniront à ceux qui ont penétré en Castille et m’empécheront de séjourner sur le Tage encore moins d’arriver à Madrid. Il n’y a qu’un moyen pour rétablir les affaires: que V. M. vienne en Andalousie et qu’elle y améne toutes les troupes de l’armée du centre, de l’armée de Portugal, de l’armée d’Arragon auxquelles ses ordres pourront parvenir, quand bien même tout le royaume de Valence devrait être évacué. Qu’importe à V. M. de conserver Madrid si elle perd le royaume? Philippe V. en sortit trois fois et y rentra en souverain. Du moment que nous aurons 70 ou 80 mille Français réunis dans le midi de l’Espagne, le théâtre de la guerre est changé; l’armée de Portugal se trouve dégagée et elle peut se reporter successivement jusqu’au Tage. D’ailleurs ce serait sans inconvénient qu’elle gardât Burgos et la rive gauche de l’Ebre et que tout l’espace compris entre elle et le Sierra Morena fut à la disposition des ennemis jusqu’à ce que des renforts vinssent de France et que l’empereur eût pu prendre des dispositions. Le sacrifice une fois fait il n’y a plus de moyen d’y remédier. Les armées impériales en Espagne repassent l’Ebre d’ou peut-être la famine les chassera, les affaires de l’empereur dans le nord de l’Europe peuvent s’en ressentir, l’Amerique qui vient de déclarer la guerre à l’Angleterre fera peut-être la paix. V. M. a sans doute refléchi à toutes les conséquences d’un pareil changement; la perte momentanée de Madrid et des Castilles est nulle pour la politique de l’empereur, elle peut se réparer en plus ou moins de tems. La perte d’une bataille par l’armée de Portugal n’est qu’un grand duel qui se répare également, mais la perte de l’Andalousie et la levée du siége de Cadiz sont des évènemens dont les effets seront ressentis dans toute l’Europe et dans le nouveau monde. Enfin en fidèle sujet de l’empereur je dois déclarer à V. M. que je ne crois pas les affaires d’Espagne assez désespérées pour prendre un parti aussi violent. J’entrevois encore du remède si V. M. veut prendre les dispositions que j’ai proposées; tout en me préparant à l’exécution de ses ordres je me permets de lui demander de nouvelles instructions. J’ai surtout l’honneur de prier V. M. d’ordonner que les communications de l’Andalousie avec Toléde soient rétablies et quelque évènement qui survienne de vouloir bien faire prendre à l’armée du centre, la direction de Despeña Perros ou d’Almaden pour se joindre à l’armée du midi. Alors je reponds de tout, et j’exécuterai les dispositions que j’ai enoncées dans ma lettre du 8 de ce mois.

Je, &c. &c. &c.

No. IV.

_Lettre de M. le maréchal due de Dalmatie à M. le Ministre de la guerre à Paris._

MONSIEUR LE DUC,

Toute communication de l’Andalousie avec la France étant interrompue et n’ayant rien réçu depuis les premiers jours de Mai; depuis un mois le roi ayant même retiré les troupes qui étoient dans la Manche et ne pouvant communiquer avec Madrid, j’entreprens de faire parvenir mes rapports à votre excellence par la voie de mer. Si le bâtiment que je fais à cet effet partir de Malaga peut arriver à Marseille, l’empereur sera plutôt instruit de ce qui se passe dans le midi de l’Espagne et de la position de son armée.

A ce sujet j’ai l’honneur d’adresser à votre excellence copie des derniers rapports que j’ai faits au roi, lesquels contiennent les représentations que j’ai cru devoir soumettre à sa majesté pour le bien du service de l’empereur, la conservation des conquêtes et l’honneur des armées impériales.

Je ne suis instruit des malheurs que l’armée de Portugal a éprouvés que par les bruits populaires et les rapports de l’ennemi; car le roi en m’écrivant le 29 Juillet de Ségovie ne m’en a donné aucun détail. Je dois donc m’imaginer que les pertes que nous avons faites en Castile sont beaucoup exagérées et j’en tire la conséquence que les affaires de l’empereur en Espagne ne sont pas aussi desespérées que le roi parait en être persuadé. Cependant sa majesté après être resté 23 jours sans m’écrire, lorsque les ennemis étoient on plein mouvement et que sa majesté se portoit avec 14,000 hommes de l’armée du centre à la rencontre du duc de Raguse qui sans l’attendre s’etoit engagé precipitamment et éprouvait une défaite; le roi dis-je en me faisant part le 29 Juillet de ses mouvemens me donna l’ordre formel d’évacuer l’Andalousie et me diriger sur Tolede, et il me dit expressément que c’est l’unique ressource qui nous reste.

Je suis loin de partager l’avis de sa majesté, je crois fermement qu’il est possible de mieux faire et que tout peut s’arranger en attendant que d’après les ordres de l’empereur V. E. ait pû mettre les armées qui sont dans le nord de l’Espagne à même de reprendre les opérations, ainsi que j’en fais la proposition à sa majesté dans les lettres dont je mets ci-joint copies. Mais mon devoir est d’obéïr et je me chargerais d’une trop grande responsibilité si j’éludais l’exécution de l’ordre formel d’évacuer que le roi m’a donné.

Je vais donc me préparer à exécuter cette disposition que je regarde comme funeste, puisqu’elle me force à livrer aux ennemis des places de guerre susceptibles d’une bonne défense tout aprovisionnées, les établissemens et un matériel d’artillerie immense et de laisser dans les hôpitaux beaucoup de malades que leur situation et le manque de transport ne permettent point d’emmener. Je ne ferai cependant mon mouvement que progressivement et je ne négligerai aucun soin pour qu’il ne reste en arrière rien de ce qui peut être utile à l’armée.

Je ne puis encore assurer que je ne ferai ce mouvement par Tolede, car du moment qu’il sera entrepris je serai suivi par 60,000 ennemis qui se joindront aux divisions que lord Wellington aura déjà portées sur le Tage. Ainsi il est possible que je me dirige par Murcie sur Valence suivant ce que j’apprendrai ou les nouveaux ordres que je recevrai du roi.

Dans cet état de choses, je ne puis dissimuler à V. E. que je regarde l’évacuation de l’Espagne au moins jusqu’à l’Ebre comme décidée du moment que le roi m’ordonna d’évacuer l’Andalousie et de me diriger sur Toléde, car il est bien certain qu’il ne sera pas possible de rester en position sur le Tage ni dans les Castilles et que dès-lors les conquêtes des armes impériales en Espagne dont l’empereur avait ordonné la conservation, sont sacrifiées.

A ce sujet je ne puis me défendre de réflechir sur d’autres évènemens qui se passent. J’ai lu dans les journaux de Cadiz, que l’ambassadeur du roi en Russie avait joint l’armée Russe, que le roi avait fait des insinuations au gouvernement insurgent de Cadiz, que la Suéde avait fait un traité avec l’Angleterre, et que le prince héréditaire avait demandé à la regence de Cadiz 250 Espagnols pour sa garde personelle. (Avant hier un parlementaire que le général Semélé avait envoyé à l’escadre Anglaise pour réclamer des prisonniers resta pendant quelques instans à bord de l’amiral, lequel lui montra une frégate, qui, dit il, est destinée a porter en Angleterre et ensuite en Suéde les 250 Espagnols que le prince Bernadotte demande pour sa garde personelle.) Enfin j’ai vu dans les mêmes journaux que Moreau et Blucher étaient arrivés à Stockholm, et que Rapatel, aide-de-camp de Moreau, était à Londres. Je ne tire aucune conséquence de tous ces faits, mais j’en serai plus attentif. Cependant j’ai cru devoir déposer mes craintes entre les mains de six généraux de l’armée, après avoir exigé d’eux le serment qu’ils ne révéleront ce que je leur ai dit qu’à l’empereur lui-même ou aux personnes que S. M. aura specialement déléguées pour en reçevoir la déclaration, si auparavant je ne puis moi-même en rendre compte. Il est pourtant de mon devoir de manifester à V. E. que je crains que le bût de toutes les fausses dispositions que l’on a prises et celui des intrigues qui ont lieu ne soient de forcer les armées impériales qui sont en Espagne à repasser au moins l’Ebre et ensuite de présenter cet évènement comme l’unique ressource (expression du roi, lettre du 20 Juillet) dans l’espérance d’en profiter par quelque arrangement.

Mes craintes sont peut-être mal fondées, mais en pareille situation il vaut mieux les pousser à l’extremité que d’être négligent, d’autant plus que ces craintes et ma sollicitude tournent au bien du service de l’empereur et à la sureté de l’armée dont le commandement m’est confié.

J’ai l’honneur de prier V. E. de vouloir bien si ma lettre lui parvient, la mettre le plutôt possible sous les yeux de l’empereur et d’assurer S. M. que moi et son armée du midi serons toujours dignes de sa suprême confiance. Je désire bien vivement que V. E. puisse me faire savoir que mes dépêches lui sont parvenues et surtout recevoir par elle les ordres de sa majesté.

J’ai l’honneur, &c.
(Signé) DALMATIE.

_Seville, 12 Août, 1812._

No. V.

SIRE,

Je suis arrivé à Paris hier 21 du courant. Je me suis sur le champ présenté chez le ministre de la guerre et je lui ai remis la lettre de V. M. ainsi que celles de M. le maréchal Jourdan. S. E. m’a questionné sur les affaires d’Espagne, mais sans me demander mes dépêches pour l’empereur. Elle m’a, suivant les intentions de V. M., pourvu des ordres dont j’ai besoin pour poursuivre ma route avec célérité.

Ce matin le ministre m’a fait appeler et j’ai eu avec lui une longue conférence. Il m’a pressé de m’expliquer avec franchise sur ce que j’avais pu remarquer pendant mon séjour en Andalousie, m’a témoigné quelque inquiétude sur l’influence que pouvoit exercer le maréchal tant sur l’armée que sur les autorités civiles. Il a rappelé les intrigues de Portugal et a conclu en me disant qu’il dépouillait devant moi le caractère de ministre pour causer avec un homme de votre confiance, et que les services que vous lui aviez rendus à l’époque de sa disgrâce devaient être pour V. M. une garantie du désir qu’il avait d’agir suivant ses intentions. Quelque franches que m’aient parus ces ouvertures, je n’ai pas cru devoir parler de la partie la plus délicate de ma mission. J’ai seulement répondu que l’armée du midi serait toujours celle de l’empereur, que lorsque S. M. enverrait ses ordres déterminés, elle serait obéie, et que tout ce que j’avais entendu en Andalousie ne me laissait à ce sujet aucun doute. Au reste ma conversation avec le duc de Feltre m’a prouvé qu’aucune lettre de la nature de celle dont je suis porteur ne lui etait encore parvenue et cela est pour ma mission une circonstance favorable.

J’ai causé avec S. E. de la résistance que les chefs de l’armée française en Espagne avaient toujours opposée aux ordres de V. M. Il a declaré que tous avaient été mis sous vos ordres et sans aucune restriction, qu’avant son départ l’empereur avait témoigné son étonnement sur les doutes que manifestaient à cet égard les lettres de V. M. et qu’il avait ordonné que l’on fit connaître ses intentions d’une manière encore plus positive. J’ai cité la lettre ou le maréchal Suchet s’autorise d’une phrase du Prince de Neufchatel, celles du général Dorsenne et du général Caffarelli, il parait que tous les obstacles qui pouvaient entraver l’exécution de vos ordres ont été levés par des instructions adressées postérieurement aux généraux en chef. Quant à la désobeissance formelle du maréchal Soult S. E. a dit d’abord que V. M. avait le droit de lui ôter le commandement, mais elle est convenue ensuite qu’une démarche semblable ne pouvait être faite que par l’ordre exprès de l’empereur.

Le ministre est aussi entré dans quelques détails sur les affaires militaires, les ordres donnés par V. M. et par le maréchal Jourdan aux diverses époques de la campagne, ont eu, m’a-t-il dit, l’approbation générale et ce qu’a écrit l’empereur depuis qu’il a appris la bataille de Salamanque prouve qu’il donne entièrement droit à V. M. l’opinion publique à cet égard est encore plus prononcée que celle des hommes en place, et je ne puis exprimer à V. M. avec quelle rigueur sont jugés en France les maréchaux Soult et Marmont.

Le duc de Feltre m’a parlé du mouvement sur Blasco Sancho. Peut-être a-t-il dit, l’empereur reprochera un peu d’hésitation; exécuté deux jours plutôt il aurait produit les plus heureux effets. V. M. se rappelle que j’avais prévu cette objection et je ne serai point embarrassé pour y répondre.

S. E. a cru que j’allais auprès de l’empereur pour solliciter de nouveaux renforts; elle m’a dit que la guerre de Russie avait jusqu’à présent absorbé tous les moyens, qu’il était loin de pouvoir envoyer les troupes sur lesquelles paraissait compter M. le maréchal Jourdan, que l’on pourrait seulement pourvoir à la perte matérielle faite par l’armée de Portugal, il parait que les nouvelles troupes envoyées en Espagne ne s’élélvent pas au-delà de vingt mille hommes, au reste la grande victoire remportée par l’empereur fera probablement prendre des dispositions plus favorables aux affaires de la Peninsule.

Le duc de Feltre à reçu des nouvelles du général Clauzel. Ce général annonce que l’armée anglaise marche vers le nord, que lord Wellington s’est de sa personne porté vers le Duero, que l’armée de Portugal s’est ralliée, que ses pertes sont beaucoup moindres qu’on ne l’avait cru, que le général Foy avait fait un mouvement pour délivrer Astorga et Tordesillas, mais que déja ces deux places s’étaient rendues que l’on pourrait accuser de faiblesse les deux gouverneurs et que peut-être la conduite de celui de Tordesillas devait être jugée plus sévèrement encore.

J’ai parlé au ministre de la position embarrassante dans laquelle me mettait le décret du 26 Août, il a répondu que je pouvais sans inconvénient me présenter à l’empereur avec les décorations du grade que m’a donné V. M. que ce n’était point contre les officiers à votre service que le décret avait été dirigé et qu’il serait modifié en leur faveur.

J’ai l’honneur de prévenir V. M. que je partirai ce soir de Paris, je poursuivrai sans m’arrêter ma route jusqu’au quartier général de l’empereur.

J’ai l’honneur de mettre aux pieds de V. M. l’hommage de mon profond respect et de mon entier dévouement.

(Signé) LE COLONEL DESPRES.

_Paris, 22 Septembre, 1812._

No. VI. A.

_Lettre confidentielle écrite au roi par monsieur le duc de Feltre._

_Paris, 10 Novembre, 1812._

SIRE,

La lettre chiffrée que V. M. m’a écrite de Requeña le 18 Octobre, m’est parvenue il y a quelques jours, et je l’ai sur le champ transmise à l’empereur qui ne la recevra toute fois que 19 jours après le départ de cette même lettre de Paris. A la distance ou l’empereur se trouve de sa capitale, il est des choses sur lesquelles la politique force à fermer les yeux: du moins momentanement. Si la conduite de monsieur le marechal duc de Dalmatie est équivoque et cauteleuse; si ses démarches présentent le même aspect que celles qu’il paroît avoir faites et qui ont précédé l’abandon du Portugal après la prise d’Oporto, il viendra un moment ou l’empereur pourra l’en punir s’il le juge convenable, et peut-être est-il moins dangereux où il est qu’il ne le serait ici où quelques factieux ont pu du sein même des prisons qui les renfermaient méditer en l’absence de l’empereur, une révolution contre l’empereur et sa dynastie, et presque l’exécuter, le 2 et 3 Octobre dernier. Je pense donc, sire, qu’il est prudent de ne pas pousser à bout le maréchal duc de Dalmatie tout en contrariant sous main les démarches ambitieuses qu’il pourrait tenter, et en s’assurant de la fidelité des principaux officiers de l’armée du midi envers l’empereur et même de celle des Espagnols qu’il traine à sa suite. L’arme du ridicule qu’il est facile de manier en cette occasion suffira, ce me semble, pour déjouer ses coupables projets s’ils existent, et le ramener à son devoir, sauf à faire prendre par la suite des précautions pour qu’il ne s’en écarte jamais.

Quoiqu’il en soit je suis incontestablement dans la nécessité d’attendre les ordres de l’empereur sur le contenu de la lettre de V. M. datée de Requeña le 18 Oct. Elle voit par la présente que je partage ses sentimens sur l’objet dont elle traite; je viens d’être assez heureux pour donner à l’empereur et a sa famille de nouvelles preuves de ma fidelité et de mon attachement, et je suis assuré que si V. M. connaît les détails de ma conduite le 2 et 3 Octobre, elle la trouvera conforme aux sentimens que je me suis fait un plaisir de lui exprimer en faveur de l’empereur et de sa famille au moment ou j’ai pris congé de V. M. à Luneville il y a quelques années, &c. &c.

_Note._—It is only necessary to add to this letter that notwithstanding the duke of Feltre’s professions of attachment he was soon afterwards one of the most zealous courtiers of the Bourbons and the most bitter enemy of the emperor.

The constancy with which the duke of Dalmatia served that great man is well known.

No. VI. B.

_Colonel Desprez to the King._

_Paris, 3 Janvier, 1813._

SIRE,

J’ai eu l’honneur d’annoncer à V. M. mon arrivée à Paris. Mais j’ai dû en me servant de la voie de l’estafette user d’une extrême discrétion. La reine m’ayant conseillé de vous écrire avec quelque détail et ayant daigné m’offrir de faire partir ma lettre par le premier courier qu’elle expédierait, j’en profite pour rendre compte à V. M. de ma mission et lui faire connaître une partie des évènements dont j’ai été témoin.

Je suis arrivé à Moscou le 18 Octobre au soir. L’empereur venait d’apprendre que l’avant garde commandée par le roi de Naples avait été attaquée et forcée à la retraite avec une partie de son artillerie. Déja le départ était résolu et les troupes se mettaient en mouvement. On m’annonça à S. M. qui répondit d’abord d’une manière peu favorable. Cependant au milieu de la nuit on me fit appeler. Je remis à l’empereur les dépêches dont V. M. m’avait chargé, et sans les ouvrir, il me questionna sur leur contenu. Puis il fit sur les opérations de la campagne une partie des objections qu’avait prévues V. M.

Il dit que le mouvement en faveur de l’armée de Portugal avait été commencé trop tard, qu’il aurait pu être fait un mois plutôt, que lui-même avait daté la conduite à tenir dans cette circonstance lorsqu’en 1808 il avait sans hésiter quitté Madrid pour marcher aux Anglais qui s’étaient avancés jusqu’à Valladolid. Je répondis que V. M. s’était mise en marche peu d’heures après la division Palombini, qu’elle avait dû attendre cette division pour conduire vers l’armée de Portugal un renfort tel que le succès ne pût être douteux; qu’elle avait d’autant moins cru devoir précipiter son mouvement, que M. le maréchal Marmont avait écrit plusieurs fois qu’il se croyait trop faible pour lutter seul contre l’armée Anglaise, que ce maréchal avait été maître du tems, qu’il n’avait point été battu dans sa position sur le Duero, mais bien sur un champ de bataille dans lequel rien ne l’avait forcé de s’engager. L’empereur prétendit ensuite que V. M. après avoir appris la perte de la bataille de Salamanque aurait dû se porter sur le Duero et rallier l’armée de Portugal. Je rappelai alors le mouvement fait du Guadarama vers Ségovie et la position critique dans laquelle vous avez laissé la duc de Raguse qui avait lui-même propose ce mouvement. L’empereur dit qu’il connaissait très bien tous les reproches qu’à cet égard on pouvait faire au maréchal Marmont. Il ajouta que l’armée du centre ayant fait sa retraite sur Madrid elle aurait du garder plus longtems les défilés du Guadarama, qu’on avait trop tôt passé le Tage, que du moins ce mouvement ayant été resolu, il fallait ne point laisser de garnison au Retiro, briser tous les affuts, emporter les aigles et bruler les effets d’habillement; qu’il n’avait jamais considéré ce poste que comme propre à contenir la population de Madrid, que l’ennemi étant maître de la campagne, on devait l’abandonner et que de toutes les fautes de la campagne c’était celle qu’il avait le moins conçue. Je répondis à cette objection ainsi que j’en étais convenu avec V. M. L’empereur en venant ensuite à la lettre du duc de Dalmatie me dit qu’elle lui était déja parvenue par une autre voie, mais qu’il n’y avait attaché aucune importance; que le maréchal Soult s’était trompé, qu’il ne pouvait s’occuper de semblables _pauvretés_ dans un moment où il _était à la tête de cinq cent mille hommes et faisait des choses immenses_. Ce sont ses expressions, qu’au reste les soupçons du duc de Dalmatie ne l’étonnaient que faiblement; que beaucoup de généraux de l’armée d’Espagne les partageaient et pensaient que V. M. préférait l’Espagne à la France; qu’il savait parfaitement qu’elle avait le cœur françois mais que ceux qui la jugeaient par ses discours devaient avoir une autre opinion. Il ajouta que le maréchal Soult était la seule tête militaire qu’il eut en Espagne, qu’il ne pouvait l’en retirer sans compromettre l’armée, que d’ailleurs il devait être parfaitement tranquille sur ses intentions puisqu’il venait d’apprendre par les journaux anglais qu’il évacuait l’Andalousie et se réunissait aux armées du centre et d’Aragon, que cette réunion opérée on devait être assez en force pour reprendre l’offensive; que d’ailleurs il n’avait point d’ordres à envoyer, qu’il ne savait point en donner de si loin, qu’il ne se dissimulait point l’étendue du mal et qu’il regrettait plus que jamais que V. M. n’ait point suivi le conseil qu’il lui avait donné de ne pas retourner en Espagne; qu’il était inutile que je repartisse, que je resterai à l’armée ou l’on m’emploieroit. J’insistai alors pour être renvoyé à V. M. d’une manière qui parut faire sur l’empereur quelque impression, et il finit par me dire que je serai expédié mais que je ne pouvais l’être dans ce moment, qu’ayant besoin de repos je resterais à Moscou, et que puisque j’étais officier du génie, je serais chargé de diriger sous les ordres du duc de Trevise les travaux et la défense du Kremlin. Je reçus en consequence un ordre écrit du Prince de Neufchatel. Lorsqu’après l’entière évacuation de Moscou le corps de M. le M. Mortier eut rejoint l’armée, je demandai et j’obtins d’y rester attaché jusqu’à ce que je fusse expédié. Je craignais que si je restais au quartier général on ne m’y désignât des fonctions qui seraient un nouvel obstacle à mon retour. Je pensai que peut-être on éviterait d’envoyer à V. M. un témoin des évènements qui se passaient, et je préférai attendre qu’une occasion favorable se présentât. Etant arrivé à Wilna peu de tems après le départ de l’empereur, je demandai au duc de Bassano, et il me donna l’autorisation de venir attendre des ordres à Paris. J’ai eu l’honneur d’annoncer à V. M. dans un autre lettre que l’altération de ma santé me forçait à suspendre mon retour en Espagne.

L’armée au moment où je la quittai était dans la plus affreuse détresse. Depuis longtems déjà la désorganisation et les pertes étaient effrayantes, l’artillerie et la cavalerie n’existaient plus. Tous les corps étaient confondus. Les soldats marchaient pêle-mêle et ne songaient qu’à prolonger machinalement leur existence; quoique l’ennemi fut sur nos flancs, chaque jour des milliers d’hommes isolés se répandaient dans les villages voisins de la route et tombaient dans les mains des Cosaques. Cependant quelque grand que soit le nombre des prisonniers, celui des morts l’est incomparablement davantage. Il est impossible de peindre jusqu’à quel point la disette s’est fait sentir pendant plus d’un mois; il n’y eut point de distributions; les chevaux morts étaient la seule ressource, et bien souvent les maréchaux mêmes manquaient de pain. La rigueur du climat rendait la disette plus meurtrière, chaque nuit nous laissions au bivouac plusieurs centaines de morts. Je crois pouvoir sans exagérer porter à cent mille le nombre qu’on a perdu ainsi, et peindre avec assez de vérité la situation des choses en disant que l’armée est morte: la jeune garde qui faisait partie du corps auquel j’étais attaché était forte de 8000 hommes lorsque nous avons quitté Moscou, à Wilna elle en comptait à peine quatre cents. Tous les autres corps d’armée sont réduits dans la même proportion, et la retraite ayant dû se prolonger au-delà du Niemen, je suis convaincu que vingt mille hommes n’auront pas atteints la Vistule. On croyait à l’armée que beaucoup de soldats avaient pris les devants et qu’ils se rallieraient lorsqu’on pourrait suspendre le mouvement rétrograde. Je me suis assuré du contraire; à cinq lieues du quartier général, je ne rencontrai plus d’hommes isolés et je connus bien alors la profondeur de la plaie. Une phrase pourrait donner à V. M. une idée de l’état des choses, depuis le passage du Niemen un corps de 800 Napolitains, le seul corps qui eût conservé quelque consistance, faisait l’arrière garde d’une armée française, forte naguère de trois cents mille hommes. Il est impossible d’exprimer jusqu’à quel point le désordre était contagieux; les corps réunis des ducs de Bellune et de Reggio comptaient 30,000 hommes au passage de la Beresina, deux jours après ils étaient dissous comme le reste de l’armée. Envoyer des renforts c’était augmenter les pertes et l’on reconnut enfin qu’il fallait empêcher les troupes neuves de se mettre en contact avec cette multitude en désordre à laquelle on ne peut plus donner le nom d’armée. Le roi de Naples disait hautement qu’en lui laissant le commandement l’empereur avait exigé le plus grand sacrifice qu’il pût attendre de son dévouement. Les forces physiques et morales du prince de Neufchâtel étaient entièrement épuisées. Si maintenant V. M. me demandait quel doit être le terme du mouvement rétrograde, je lui répondrais que l’ennemi est maître de le fixer. Je ne crois pas que les Prussiens fassent de grands efforts pour défendre leur territoire. M. de Narbonne que j’ai vu à Berlin et qui était chargé de lettres de l’empereur pour le roi de Prusse, m’a dit que les dispositions de ce prince et de son premier ministre étaient favorables, mais il ne se dissimulait pas que celles de la nation ne sont pas les mêmes. Déjà plusieurs rixes s’étaient engagées entre les habitans de Berlin et des soldats de la garnison française; et en traversant la Prusse j’ai eu lieu de m’assurer que l’on ne pouvait guère compter sur cette alliée de nouvelle date.

Il parait aussi que dans l’armée autrichienne les officiers déclamaient publiquement contre la guerre.

Quel triste que soit ce tableau, je crois l’avoir peint sans exagération et l’avoir observé de sang froid. Mon opinion sur l’étendue du mal est la même que lorsque j’étais plus voisin du théâtre.

No. VII.

_Ghiart, le 2 Septembre, 1812._

MONSIEUR LE DUC DE FELTRE,

J’ai reçu le rapport du duc de Raguse sur la bataille du 22. Il est impossible de rien lire de plus insignifiant: il y a plus de fatras et plus de rouages que dans une horloge, et pas un mot qui fasse connaître l’état réel des choses. Voici ma manière de voir sur cette affaire, et la conduite que vous devez tenir. Vous attendrez que le duc de Raguse soit arrivé, qu’il soit remis de sa blessure, et à-peu-près entièrement rétabli. Vous lui demanderez alors de répondre catégoriquement à ces questions. Pourquoi a-t-il livré bataille sans les ordres de son général-en-chef? Pourquoi n’a-t-il pas pris des ordres sur le parti qu’il devoit suivre, subordonné au systême général sur mes armées d’Espagne? Il y a là _un crime d’insubordination_ qui est la cause de tous les malheurs de cette affaire, et quand même il n’eut pas été dans l’obligation de se mettre en communication avec son général-en-chef pour exécuter les ordres qu’il en recevrait, comment a-t-il pu sortir de sa défensive sur le Duero, lorsque, sans un grand effort d’imagination, il étoit facile de concevoir qu’il pouvoit être secourn par l’arrivée de la division de dragons, d’une trentaine de pièces de canon, et de plus de 15 mille hommes de troupes Françaises que le roi avoit dans la main? Et comment pouvoit il sortir de la défensive pour prendre l’offensive sans attendre la réunion et le secours d’un corps de 15 à 17 mille hommes?

Le roi avoit ordonné à l’armée du nord d’envoyer sa cavalerie à son secours; elle étoit en marche. Le duc de Raguse ne pouvoit l’ignorer, puisque cette cavalerie est arrivée le soir de la bataille. De Salamanque à Burgos il y a bien des marches. Pourquoi n’a-t-il pas retardé de deux jours pour avoir le secours de cette cavalerie, qui lui étoit si importante? Il faudroit avoir une explication sur les raisons qui ont porté le duc de Raguse à ne pas attendre les ordres de son général-en-chef pour livrer bataille sans attendre les renforts que le roi, comme commandant supérieur de mes armées en Espagne, pouvoit retirer de l’armée du centre, de l’armée de Valence et de l’Andalousie. Le seul fonds de l’armée du centre fournissoit 15 mille hommes de pied, et 2500 chevaux, lesquels pouvoient être rendus dans le même temps que le duc de Raguse faisoit battre son corps, et en prenant dans ses deux armées, le roi pouvoit lui amener 40 mille hommes. Enfin le duc de Raguse sachant que 1500 chevaux étoient partis de Burgos pour le rejoindre, comment ne les a-t-il pas attendus?

En faisant coincider ces deux circonstances d’avoir pris l’offensive sans l’ordre de son général-en-chef et de ne pas avoir retardé la bataille de deux jours pour ne pas recevoir 15,000 hommes d’infanterie que lui amenoit le roi, et 1500 chevaux de l’armée du nord, on est fondé à penser que ce maréchal a craint que le roi ne participe au succès de la bataille, et qu’il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l’avantage de mon service.

Donnez ordre aux généraux divisionnaires d’envoyer les états de leurs pertes. Il est intolérable qu’on rende des comptes faux et qu’on me dissimule la vérité.

Prescrivez au général Clausel, qui commande l’armée, d’envoyer la situation avant et après la bataille. Demandez également aux chefs de corps des situations exactes. Finalement, vous ferez connoître au duc de Raguse en temps opportun combien je suis indigné de la conduite inexplicable qu’il a tenue, en n’attendant pas deux jours que les secours de l’armée du centre et de l’armée du nord le rejoignissent. J’attends avec impatience l’arrivée du général aide-de-camp du roi pour avoir des renseignemens précis. Ce qu’il a écrit no signifie pas grande chose.

(Signé) NAPOLEON.

No. VIII. A.

_Extract from general Souham’s despatch to the minister of war, Briviesca, 2d October, 1812._

Par votre lettre du 6 Octobre vous m’annoncez que le duc de Dalmatie venait de réunir son armée à Grenade et à Jaen, et que le roi alloit se mettre incessamment en communication avec ce maréchal pour marcher de concert sur Madrid. En consequence de ces mouvemens je resolus de marcher à la rencontre de l’ennemi, et de le forcer à lever le siège de Burgos. Le 18 toute mon armée se mit en mouvement sur trois colonnes, et le 19 elle occupait les positions ainsi qu’il suit. La droite à Termino, le centre sur les hauteurs de Monasterio, et la gauche à Villa Escuso la Solano et Villa Escuso la Sombria. La journée du 20 devait être celle du combat, lorsque je reçus à l’instant, à deux heures du matin, par un aide-de-camp, une lettre de S. M. C. qui m’ordonne de ne point engager d’affaire générale, et d’attendre que par ses manœuvres lord Wellington soit forcé d’évacuer sa position de Burgos; ainsi il me faut renoncer à tous mes projets, et non sans un violent chagrin, car je puis assurer V. E. que mon armée était parfaitement disposée, et que j’aurais pu combattre l’ennemi avec avantage. Cependant l’armée n’a des vivres que pour quatre jours, et à cette epoque, si lord Wellington n’est point en retraite, je serai forcé de l’attaquer. J’entrevois moins de peril de marcher en avant que de rétrograder. Dans un instant où le moral du soldat commence à se raffermir tout mouvement en arrière produit le plus mauvais effet.

(Signé) COMTE SOUHAM.

No. VIII. B.

_Extracts from two letters written by the duke of Feltre to King Joseph, dated Paris, 8th Oct. and 19th Nov., 1812._

On one of the letters is the following note, in pencil, by the duke of Wellington. “_Advantage of English newspapers._”

“Sire,—J’ai l’honneur d’adresser ci-joint à votre majesté quelques extraits des journaux Anglais les plus récents dont j’ai choisi ce qui pourrait être de quelque intérêt dans les circonstances actuels.”

“Sire,—J’ai l’honneur d’adresser ci-joint à V. M. plusieurs extraits des journaux Anglais contenant quelques faits utiles ou intéressans à connaître.”

These extracts taken from the Courier, Morning Post, Times, Alfred, Statesman, and Morning Chronicle, contained minute details upon the numbers, situation, and destination of the Sicilian, Spanish, and Anglo-Portuguese armies, and the most exact account of the reinforcements sent from England. In fine a complete system of intelligence for the enemy.

No. IX.

_Extract of a letter from marshal Jourdan to colonel Napier._

_Soisy sous Etiole, 14 Janvier, 1829._

Le 10 Novembre, 1812. Les armées du midi, du Portugal, et du centre se trouvaient réunies sur la Tormes. Vous connaissez la position qu’occupait l’armée des alliés. Cette position ayant été bien reconnue, dans la journée du 11, par le roi, accompagné du duc de Dalmatie, de plusieurs généraux, et de moi, je proposai de passer la Tormes, guéable prèsque partout entre Villa-Gonzala et Huerta, et de nous porter rapidement sur Calvarissa de Ariba, qui se trouvait au centre de la ligne des ennemis. J’esperais que lord Wellington ne pourrait éviter la bataille; et j’étais d’avis que nous devions faire tous nos efforts pour le forcer à l’accepter; me flattant qu’avec une armée de 80 milles hommes, dont 10 milles de cavalerie et 120 pièces de canon,[2] nous étions en état de remporter un brilliant succès, sur le même champ de bataille où quelques mois avant nous avions essuyé un revers.

Le duc de Dalmatie, n’étant pas de mon avis, proposa d’aller passer la Tormes, à des guès qu’il avait reconnus à deux lieues au-dessus d’Alba; ce parti était sans doute plus prudent; mais il avoit, suivant moi, l’inconvenient que je voulais éviter, c’est-à-dire, qu’il laissait à nos adversaires la facilité de se retirer sans combattre. Cependant comme je n’étais revêtu d’aucun commandement, tandis que le duc de Dalmatie avait sous ses ordres les deux tiers de l’armée, le roi jugea convenable d’adopter son plan, et lui en confia l’exécution; vous en connaissez le résultat: il fut tel que je l’avais prévu.

Permettez moi, Monsieur, d’ajouter une reflexion; Il me semble que lord Wellington decidé à battre en retraite, aurait dû commencer à l’opérer le 14ème jour, où nous franchîmes la Tormes. En ne se mettant en mouvement que le 15, il se trouva dans la nécessité de défiler devant nous pendant une partie de la journée; et sans les mauvais tems, et surtout sans beaucoup trop de circonspection de notre côté il eût peut-être couru quelque danger.

On a publié que pendant leur retraite les alliés ne perdirent que 50 ou 60 tués, 150 blessés, 170 prisonniers. Il est, cependant, certain que le nombre de prisonniers Anglais, Portugais, et Espagnols, conduits au quartier général à Salamanque, étoit, le 20 Novembre, de 3520.

The justice of the marshal’s opinion as to lord Wellington having staid too long on the Tormes is confirmed by the following note of a conversation held with the duke of Wellington on the subject.

“Lord Wellington would have fought the French on the old position of the Arapiles in 1812 notwithstanding their superior numbers, but he staid too long at Salamanca.”

No. X.

_The duke of Feltre, minister of war, to the king of Spain._

_Paris, le 29 Janvier, 1813._

SIRE,

J’ai eu l’honneur d’écrire à V. M. le 4 de ce mois pour lui faire connaître les intentions de l’empereur au sujet des affaires d’Espagne, et la necessité de transporter le quartier général de Madrid à Valladolid. Cette dépêche a été expédiée par duplicate et triplicate, et j’ignore encore si elle est parvenue à V. M. Depuis sa dépêche de Madrid du 4 Decembre je suis privé de ses lettres, et ce long silence me prouve que les communications de Madrid à Vittoria restent constamment _interceptées_. Il est vrai que les opérations du général Caffarelli qui s’est porté avec toutes ses troupes disponsibles sur la côte de Biscaye pour dégager Santona fortement menacé par l’ennemi et parcourir la côte, a donné aux bandes de la Castille une facilité entière d’intercepter la route de Burgos à Vittoria. Les dernières nouvelles que je reçois à l’instant de l’armée de Portugal sont du 5 Janvier. A cette époque tout y était tranquille, mais je vois toujours la même difficulté pour communiquer. Cet état de choses rend toujours plus nécessaire de s’occuper très sérieusement et très instamment de balayer les provinces du nord, et de les délivrer enfin de ces bandes qui ont augmentés en forces et en consistance à un point qui exige indispensablement toute notre attention et tous nos efforts. Cette pensée a tellement attire l’attention de l’empereur que S. M. I. m’a réitéré quatre fois successivement l’ordre exprès de renouveller encore l’expression de ses intentions que j’ai déjà adressée à V. M. par ma lettre du 4 Janvier pour l’engager à revenir à Valladolid, à garder Madrid par une division seulement, et à concentrer ses forces de manière à pouvoir envoyer des troupes de l’armée de Portugal vers le nord, en Navarre, et en Biscaye, afin de délivrer ces provinces, et d’y rétablir la tranquillité. Le général Reille également frappé de l’état des choses dans le nord de l’Espagne a bien compris la nécessité de prendre un parti decisif à cet égard. Il m’a transmis à cette occasion la lettre qu’il a eu l’honneur d’écrire à V. M. le 13 Octobre dernier, et j’ai vu qu’il lui a présenté un tableau frappant et vrai de la situation des affaires qui vient entièrement à l’appui de ma dépêche du 4 courant. Quant à l’occupation de Madrid, l’empereur m’ordonne de mettre sous les yeux de V. M. le danger qu’il y aurait dans l’état actuel des affaires de vouloir occuper cette capitale comme point central, et d’y avoir encore des hôpitaux et établissemens qu’il faudrait abandonner à l’ennemi au premier mouvement prononcé qu’il ferait vers le nord. Cette considération seule doit l’emporter sur toute autre, et je n’y ajouterai que le dernier mot de l’empereur à ce sujet; c’est que toutes les convenances dans la position de l’Europe veulent que V. M. occupe Valladolid, et pacifie le nord. Le premier objet rempli facilitera beaucoup le second, et pour y contribuer par tous les moyens comme pour économiser un tems précieux, et mettre à profit l’inaction des Anglais, je transmets directement aux généraux commandant en chef les armées du nord et de Portugal, les ordres de l’Empereur pour que leur exécution ne souffre aucun retard, et que ceux de V. M. pour appuyer et consolider leurs opérations n’éprouvent ni lenteur ni difficulté lorsqu’ils parviendront à ces généraux. Je joins ici copie de mes lettres, sur lesquelles j’ai toujours reservé les ordres que V. M. jugera à-propos de donner pour l’entière exécution de ceux de l’empereur. Ma lettre était terminée lorsqu’un aide-de-camp de M. le maréchal Jourdan est arrivé avec plusieurs dépêches, dont la dernière est du 24 Decembre. J’ai eu soin de les mettre sous les yeux de l’empereur, mais leur contenu ne saurait rien changer aux intentions de S. M. I. et ne peut que confirmer les observations qui se trouvent dans ma lettre. J’aurai l’honneur d’écrire encore à V. M. par le retour de l’officier porteur des dépêches de M. le maréchal Jourdan. Je suis avec respect, Sire, de votre majesté, le très humble et très obéïssant serviteur,

Le ministre de la guerre,
DUC DE FELTRE.

No. XI.

_The duke of Feltre to the king of Spain._

SIRE,

Depuis la lettre que j’ai eu l’honneur d’écrire à votre majesté le 29 Janvier, l’empereur, après avoir pris connoissance des dépêches apportées par l’aide-de-camp de monsieur le maréchal Jourdan, me charge encore de réitérer son intention formelle et déjà deux fois transmise à votre majesté, qu’elle porte son quartier général à Valladolid afin de pouvoir s’occuper efficacement de soumettre et pacifier le nord; par une conséquence nécessaire de ce changement, Madrid ne doit être occupé que par l’extremité de la gauche de manière à ne plus faire partie essentielle de la position générale et à pouvoir être abandonné sans inconvénient, au cas qu’il soit nécessaire de se réunir sur un autre point. Cette nouvelle disposition procure à votre majesté les moyens de faire réfluer des forces considérables dans le nord et jusqu’à l’Arragon pour y détruire les rassemblemens qui existent, occuper en force tous les points importans, interdire l’accès des côtes aux Anglais, et opérer la soumission entière du pays. Il est donc d’une importance extrême pour parvenir à ce bût, de profiter de l’inaction des Anglais, qui permet en ce moment l’emploi de tous nos moyens contre les insurgés et doit amener promptement leur entière destruction, si les opérations entreprises pour cette effet sont conduites avec l’activité, l’energie et la suite qu’elles exigent. Votre majesté a pu se convaincre par la longue et constante interruption des communications autant que par les rapports qui lui sont parvenus de toute l’étendue du mal, et de la nécessité d’y porter remède. On ne peut donc mettre en doute son empressement à remplir les intentions de l’empereur sur ces points importans des changemens, qui ont eu lieu pour le commandement en chef des armées du midi, du nord, et de Portugal, me font espérer que votre majesté n’éprouvera plus de difficultés pour l’exécution de ses ordres et que tout marchera au même bût sans contradiction, et sans obstacle. Ces nouvelles dispositions me dispensent de répondre à différentes observations contenues dans les lettres de votre majesté, et m’engagent à attendre qu’elle me fasse connoître les résultats des changemens ordonnés par l’empereur. Je ne dois pas oublier de prévenir votre majesté d’un ordre que sa majesté impériale m’a chargé de transmettre directement à monsieur le général Reille pour lui faire envoyer une division de son armée en Navarre dont la situation exige impérieusement des secours prompts et efficaces. Cette disposition ne peut contrarier aucune de celles que votre majesté sera dans le cas d’ordonner à l’armée de Portugal pour concourir au même bût et amener la soumission des provinces du nord de l’Espagne.

Je suis avec respect, Sire, de votre majesté
Le très humble et très obéïssant serviteur
Le Ministre de la Guerre,
DUC DE FELTRE.

No. XII.

_Duke of Feltre to the king of Spain._

_Paris, le 12 Fevrier, (No. 2.) 1813._

SIRE,

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