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Chapter XXI: Appendix: B

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LETTERS REFERRED TO IN THE TEXT.[456:1]

I.--LETTERS FROM MONTESQUIEU TO HUME.[456:2]

(1.)

J'ai reçu Monsieur, comme une chose très précieuse, la belle
lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de
mon ouvrage. Elle est remplie de réflexions si judicieuses et
si sensées, que je ne sçaurois vous dire à quel point j'en ai
été charmé. Ce que vous dites sur la forme dont les jurés
prononcent en Angleterre, ou en Ecosse, m'a surtout fait un
grand plaisir, et l'endroit de mon livre où j'ai traité cette
matière est peut-être celui qui m'a fait le plus de peine, et
où j'ai le plus souvent changé. Ce que j'avois fait, parce-que
je n'avois trouvé personne qui eut la-dessus des idées aussi
nettes, que vous avez. Mais c'est assez parler de mon livre
que j'ai l'honneur de vous présenter. J'aime mieux vous parler
d'une belle dissertation où vous donnez une beaucoup plus
grande influence aux causes morales qu'aux causes
physiques--et il m'a paru, autant que je suis capable d'en
juger, que ce sujet est traité à fond, quelque difficile qu'il
soit à traiter, et écrit de main de maître, et rempli d'idées
et de réflexions très neuves. Nous commençâmes aussi à
lire--M. Stuart et moi--un autre ouvrage de vous où vous
maltraitez un peu l'ordre ecclésiastique. Vous croyez bien que
Monsr. Stuart et moi n'avons pas pu entièrement vous
approuver--nous nous sommes contentés de vous admirer. Nous ne
crûmes pas que ces Messieurs furent tels, mais nous trouvâmes
fort bonnes les raisons que vous donnez pour qu'ils dussent
être tels. M. Stuart m'a fait un grand plaisir en me faisant
espérer que je trouverois à Paris une partie de ces beaux
ouvrages. J'ai l'honneur, Monsieur, de vous en remercier, et
d'être avec les sentimens de la plus parfaite estime, votre
très humble et très obéissant serviteur.

MONTESQUIEU.

_A Bordeaux, ce 19 May, 1749._

(2.)

Monsieur j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'écrire du 16 de Juillet, et il ne m'a été possible de la
lire qu' aujourdhui, à cause d'une grande fluxion sur les yeux
et que n'ayant point actuellement de secrétaire Anglais je ne
pouvois me la faire lire. J'étois prêt à y faire réponse quand
Mr. Le Mosnier est entré chez moi, et m'a parlé de l'honneur
qu'on veut faire à mon livre en Ecosse de l'y imprimer, et m'a
dit ce que vous m'avez déjà appris par votre lettre. Je suis
très obligé à vous Monsieur et à Monsieur Alexandre, de la
peine que vous avez prise. Je suis convenu avec M. Le Mosnier
que je ferais faire une copie des corrections que j'ai
envoiées en Angleterre, et à Paris, de la première édition de
Genève, en 2 volumes in 4to qui est très fautive, et qu'il se
chargeroit de les envoyer. J'ai reçu Monsieur, les exemplaires
de vos beaux ouvrages que vous avez eu la bonté de m'envoyer,
et j'ai lu avec un très grand plaisir l'essay sur l'esprit
humain, qui ne peut partir que d'un esprit extrêmement
philosophique. Tout ceci est rempli de belles idées, et je
vous remercie du plaisir que la lecture m'en a fait; à l'égard
de la citation des Lettres Persanes il vaut autant que mon nom
y soit que celui d'un autre, et cela n'est d'aucune
conséquence.

La réputation de Monsieur le Docteur Midleton est certainement
venue jusqu'à nous. Notior ut jam sit canibus non Delia
nostris, et j'espère bien me procurer l'avantage de lire les
ouvrages dont vous me parlez. Je sçais que Mr. de Midleton est
un homme éminent. J'ai Monsieur l'honneur d'être, &c.

_A Paris ce 3 7bre, 1749._

Je vous prie Monsieur, de vouloir bien faire mes compliments
très humbles à Mons. Stewart: il fairoit bien de venir nous
revoir cet automne prochain.

(3.)

J'ai Monsieur reçu l'honneur de votre lettre avec la postille
qui y est jointe, et j'ai de plus reçu un exemplaire de vos
excellentes compositions par la voie de Milord Morton. Mr. de
Jouquart qui a formé le dessein de traduire l'ouvrage de
Mons{r.} Wallace, me dit hier qu'il traduiroit aussi le vôtre
sur le nombre des peuples chez les anciennes nations. Cela
dépendra du succès qu'aura sa traduction qui est la première
qu'il ait faite. Il est certain qu'il a tous les talents qu'il
faut pour s'en acquitter, et je ne doute pas que le public ne
l'encourage à continuer. Le public qui admirera les deux
ouvrages, n'admirera pas moins deux amis qui font céder d'une
manière si noble les petits intérêts de l'esprit aux intérêts
de l'amitié; et pour moi, je regarderai comme un très grand
bonheur, si je puis me flatter d'avoir quelque part dans cette
amitié. J'ai l'honneur d'être, &c.

_Paris, ce 13 Juillet, 1753._

II.--LETTERS FROM THE ABBÉ LE BLANC TO HUME.

_Referred to in_ vol. i. p. 366, _and_ p. 408.

(1.)

MONSIEUR,--La traduction de vos discours politiques, que j'ai
l'honneur de vous envoyer, est la preuve la plus éclatante que
je pouvois vous donner de l'estime que j'en fais; vous en
serez peut-être plus content si j'avois été à portée de
profiter de vos lumières. Je vous prie, et votre intérêt s'y
trouve comme le mien, de me faire la grâce de la lire avec
attention, et de m'avertir des endroits, ou malgré toute
l'attention que j'y ai apportée, j'aurois pu m'écarter de
votre sens. J'en profiterai à la première édition, ainsi que
des remarques, changements, ou additions, qu'il vous plaira me
communiquer, soit à l'occasion de vos discours, soit sur les
autres ouvrages Anglois dont je parle dans mes notes.

Je vous prie encore Monsieur que ce soit le plus tôt qu'il
vous sera possible, car il est bon de vous dire que cette
traduction, grâce à l'excellence de l'original, se débite ici
comme un Roman; c'est tout dire, notre goût pour les futilités
vous est connu; il vous étoit réservé de nous y faire
renoncer, pour nous occuper des matières les plus dignes
d'exercer les esprits raisonnables. Le Libraire m'avertit
qu'il sera bientôt tems de penser à la seconde édition.
J'attendrai votre réponse pour l'enrichir de vos remarques qui
feront que celle-ci sera reçue du public avec encore plus
d'applaudissements.

Je profite de cette occasion pour vous offrir une amitié qui
vous sera, peut-être, inutile, et vous demander la vôtre que
je serois très flatté d'obtenir. Il semble que l'auteur et le
traducteur sont faits pour être liés ensemble: il est à
présumer qui celui que traduit un ouvrage a d'avance ou du
moins épousé la façon de parler de celui qui l'a fait. J'ai
trouvé dans vos discours un politique Philosophe, et un
Philosophe citoyen. Je n'ai moi-même donné aucun ouvrage qui
ne porte ce double caractère, et je me flatte que vous le
trouverez dans les Lettres d'un François, si par hazard elles
vous sont connues.

J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments d'estime dont je
viens de vous donner des témoignages publics, et cette sorte
de respect que je n'ai que pour quelques Philosophes tels que
vous. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

L'ABBÉ LE BLANC, Historiographe des Bâtiments du Roy de France.

_De Paris, le 25th Août, 1754._

(2.)

MONSIEUR,--La traduction de vos discours politiques est la
première que j'ai donnée au public; et l'utilité que j'ai cru
que ma patrie en pouvoit retirer, est l'unique motif que m'ait
déterminé à l'entreprendre. Je n'ose me répondre que vous la
trouverez telle que vous l'espérez. C'est à moi à vous
demander votre indulgence pour les fautes que vous y
trouverez, et à vous prier de me communiquer vos remarques sur
des notes que j'ai cru y devoir adjouter. Je vous promets de
corriger avec soumission les erreurs que vos m'y ferez
apercevoir. A la fin du 2d vol. j'ai donné une notice des
meilleurs ouvrages Anglois que j'ai consultés, sur les
matières du commerce; j'ai hazardé de porter mon jugement sur
chacun de ceux dont j'ai parlé. Je le rectifierai sur vos
lumières, si vous voulez bien me les communiquer. Si j'en ai
omis quelqu'un d'important, je vous prie de me le faire
connoître, et de me dire vous-même, qui êtes un si excellent
juge, ce que l'on en doit penser. J'enricherai la 2 Edition de
tout ce dont vous voudrez bien me faire part.

A l'égard de votre histoire de la Grande Bretagne que vous
m'annoncez, ce ne sera plus simplement comme votre admirateur
mais comme votre ami Monsieur, que j'en entreprendrai la
traduction, et je ferai de mon mieux pour qu'elle perde le
moins qu'il est possible. J'aime votre façon de penser, et je
suis familiarisé avec votre stile; si la matière exige qu'il
soit plus élevé je tacherai d'y atteindre. Mais pour que je
puisse entreprendre cette traduction avec succès, il faut s'il
est possible, que vous retardiez à Londres au moins d'un mois
la publication de votre ouvrage, et que vous me l'envoyez tout
de suite par la poste, addressé sans autre enveloppe à Mr.
Jannes, Chevalier de l'ordre du Roi, Controlleur Général des
Postes à Paris. Nous avons ici une foule d'écrivains
médiocres, qui sans savoir ni l'Anglois ni le François même,
sont a l'affût de tout ce qui s'imprime chez vous, et qui à
l'aide d'un dictionnaire vous massacreront impitoyablement. On
nous a donné ainsi plusieurs bons ouvrages, et entre autres la
dissertation de M. Wallace dont il n'est pas possible de
supporter la lecture en François. Pour faire de pareille
besogne, il ne faut pas beaucoup de tems à ces Messieurs là.
Ils travaillent vîte, parce qu'ils travaillent _fami potius
quam famæ_. Si je n'ai pas du tems devant eux, je serai
prévenu, et si je le suis, je serai obligé d'abandonner
l'ouvrage. Je ne vous parle pas des traducteurs de Hollande
qui sont encore plus mauvais s'il est possible. Cette fois-ci
je veux faire un office d'amitié, je vous prie de me mettre à
portée de le bien faire. Vos discours Politiques vous ont,
comme je m'y attendois, donné ici la plus haute réputation,
dès que votre histoire paroîtra, un libraire la fera venir par
la poste, et mettra ses ouvriers après, à moins que vous ne
m'accordiez la grâce que je vous demande. Alors on saura que
je la traduis, et je suis sûr que ces messieurs me laisseront
faire.

J'ai encore à vous apprendre, monsieur, que le succès de vos
Discours Politiques ne fait qu'augmenter tous les jours, et
que tout retentit de vos Éloges. Nos ministres même n'en sont
pas moins satisfaits que le public. Mr. le Comte d'Argenson,
Mr. Le Maréchal de Noailles, en un mot tous ceux qui ont ici
part au gouvernement ont parlé de votre ouvrage, comme d'un
des meilleurs qui ayent jamais été faits sur ces matières.
J'ai été obligé de céder mon exemplaire à un d'entre eux;
ainsi je vous prie de m'en adresser un par la même voie que je
vous ai indiquée, la poste après que vous m'aurez envoyé le I.
vol. de votre histoire, d'autant plus que les additions et
corrections dont vous m'avez fait part se rapportent à la 3{e}
edition qui je crois se trouveroit difficilement a Paris.

(3.)

MONSIEUR,--Je vous avois promis, et je m'étois flatté de
pouvoir consacrer mes veilles à traduire aussi votre admirable
Histoire de l'infortunée Maison de Stewart. Les obstacles les
plus puissants, ceux-mêmes qui ôtent à l'esprit cette liberté
sans laquelle on ne fait rien de bien, voyages, affaires,
disgrâces, maladies--tout s'est opposé à l'exécution d'un
projet qui rioit si fort à mon imagination et dont l'exécution
ne pouroit que me faire honneur.

A ce défaut j'ai prêté à un de mes amis, homme d'esprit et
laborieux, le premier volume que vous avez eu la bonté de
m'envoyer. Il l'a traduit et le rendra public au commencement
de l'hiver prochain.

J'ai de même que tous ceux qui savent ici l'Anglois, le plus
grand empressement de lire votre second volume. J'en ferai le
même usage que du premier.

Je vous avois annoncé que vos discours Politiques feroient
parmi nous le même effet que _L'Esprit des Loix_. L'évènement
m'a justifié, non seulement ils jouissent parmi nous de cette
haute réputation qu'ils méritent, mais ils ont donné lieu à
un grand nombre d'autres ouvrages plus ou moins estimables et
qui la plus part n'ont d'original que la forme. Vous en
trouverez le catalogue à la suite d'une troisième édition de
ma traduction que je vais donner incessamment.

Il vient d'en paroître un qui fait ici un grand bruit, et que
je n'ai garde de confondre avec tous ceux dont je viens de
parler. Il est intitulé, L'AMI DES HOMMES OU TRAITÉ DE LA
POPULATION. L'Auteur est un génie hardi, original, qui comme
Montaigne se laisse aller à ses idées, les expose sans
orgueil, sans modestie; il ne suit ni ordre ni méthode; mais
son ouvrage, plein d'excellentes choses, respire le bien de
l'humanité et de la patrie. Il prêche l'agriculture, et
foudroye la finance. Il combat votre système sur le luxe, mais
avec les égards élevés à la superiorité de vos lumières. Il
m'a remis un exemplaire de son ouvrage, qu'il me prie de vous
présenter comme un tribut de son estime et de la
reconnoissance qu'il vous doit, pour l'utilité qu'il a tirée
de vos Discours Politiques. Il ne demande pas mieux que d'
être éclairé et par la noblesse des sentiments et la politesse
de la conduite. Je ne crains pas de le dire. L'adversaire est
digne de vous. C'est _Monsieur le Marquis de Mirabeau_, qui
est tel qu'il paroît dans son livre--c'est à dire un des plus
extraordinaires des hommes qu'il y ait en quelque pays que ce
soit. Je vous prie Monsieur de m'indiquer une voie sûre pour
vous faire parvenir son ouvrage.

(4.)

_Dresde, le 25 Dec. 1754._

J'ai vu ici la traduction de vos Discours Politiques imprimée
en Hollande; elle ne se peut pas lire; vous souffririez vous,
Monsieur, de vous voir ainsi défiguré. Le Traducteur quel
qu'il soit ne sait constamment ni l'Anglois ni le François.
C'est probablement un de ces auteurs qui travaillent à la
foire pour les libraires de Hollande, et dont les ouvrages
bons ou mauvais se débitent aux foires de Leipsig et de
Francfort. Les bibliothèques de ce pays ci sont remplies de
livres François qui n'ont jamais été et ne seront jamais
connus en France. Cette traduction passe ici pour être d'un
Mr. Mauvillon de Leipsic dont le métier est de faire des
livres François pour L'Allemagne, et d'enseigner ce qu'il ne
sait--c'est à dire, votre langue et la nôtre. Ce qu'il y a de
Saxons lettrés qui les possèdent l'une ou l'autre, et qui
s'intéressent au bien de leur pays, connoissent l'excellence
de votre ouvrage, me pressent de faire imprimer à Dresde même
la seconde édition de ma traduction, et je pourrois bien me
rendre à leur avis. Je n'attends plus que votre réponse pour
me décider. Quelque part qu'elle se fasse, je tâcherai de
faire en sorte qu'elle soit belle et correcte.

(5.)

MONSIEUR,--Il y a à peu près un an que notre commerce
épistolaire a commencé, et j'ai grand regret que par des
contretems de tout espèce il ait été sitôt interrompu. Vous
m'avez donné trop de preuves de votre politesse pour que je ne
sois pas à présent convaincu que vous n'avez reçu aucune des
lettres que je vous ai écrites de Dresde, et que j'avois
essayé de vous faire passer par la voie de votre ambassadeur à
cette cour. Prêt a quitter la Saxe, je vous écrivis encor de
Leïpzic, pour vous rendre compte de mon séjour en ce pays, et
vous dire que la dissipation où j'y avois vécu forcément, ne
m'avoit pas permis d'avancer beaucoup dans la traduction de
votre histoire de la malheureuse famille des Stuarts. J'ai
depuis été en Hollande, et, comme je l'avois prévu j'ai appris
qu'un de ces auteurs, qui travaillent à la fois aux gages des
libraires qui les employent, en avoit fait une de son coté,
qui étoit toute prête à paroître. Vous pouvez aisément juger
du découragement où une pareille nouvelle m'a jetté. La
manufacture des livres de Hollande fait réellement grand tort
à notre littérature Françoise. On y employe à traduire un
excellent ouvrage des gens qui ne seroient bons qu'à
travailler à la fabrique du papier.

FOOTNOTES:

[456:1] From the MSS. R.S.E.

[456:2] See _antea_, p. 304.

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Life and Correspondence of David Hume, Volume 1Chapter XXI: Appendix: B

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