Chapter XLIV: Section 2: (Relating to Joseph’s abdication.)
_Vindication of the King._
_Le ministre secrétaire d’état à monsieur le duc de Santa Fé,
et en son absence à monsieur le marquis d’Almenara._
_Palais de Madrid, le 12 Septembre, 1810, Pars._
EXCELLENCE,—Le courrier de cabinet, Don Martin Estenoz, qui partit de Paris le 22 Juillet, a remis les lettres écrites par V. E. le même jour et les copies de celles que vous envoyâtes le 19 Juin par le courrier Alvarez, qui furent interceptées. Le roi les a lues avec la plus grande attention, et après s’être bien pénétré des communications faites à V. E. au nom de l’empereur, par monsieur le due de Cadore, et les observations particulières de ce ministre, S. M. desirant détruire d’un seul trait, les craintes et la défiance que des personnes, tout au moins mal instruites, se sont efforcées d’inspirer, m’a ordonné d’entrer en explication sur tous les points dont elles traitent. Mais je dois avant tout faire connaître à V. E. que le roi s’est montré satisfait de la juste interprétation donnée à ses idées, et à ses sentimens dans la réponse que V. E. a faite au duc de Cadore, relativement à la protection dont S. M. I. désire que le commerce Français jouisse dans les réglemens des douanes, en offrant d’assurer une faveur réciproque dans ses états aux productions d’Espagne. L’empereur ne peut ignorer les vues liberales de son auguste frère, et si S. M. I. a été exactement informée sur ce point, elle saura que, dès son avénement au trône, le roi a écarté bien des obstacles opposés à l’industrie française qu’il s’agit de favoriser encore par de nouvelles dispositions.
Il est bien douloureux pour le roi d’avoir à se justifier de plusieurs imputations auxquelles on a dû croire puisqu’on les a communiquées a V. E. L’une d’elles est que le roi a rendu à leurs propriétaires, ou disposé à son gré, d’une partie des biens confisqués par l’empereur. Cela supposerait de la part de S. M. un oubli de la parole donnée a l’empereur de ne se mêler en aucune manière de ces confiscations: mais c’est un infame imposture, et son auteur mérite un chatiment exemplaire. Qu’on cite une propriété un pouce de terrain confisqué par l’empereur, et dont on ait disposé: on ne le pourra point si dans une pure question de fait on en impose ainsi a l’empereur, que sera ce lorsqu’on ne parle que par conjectures et présomption? Le roi porte à un si haut degré son respect pour les décrets de confiscations de S. M. I. qu’ayant besoin d’un des édifices qui y sont compris pour y placer des établissemens publics, il n’a même pas voulu s’en servir provisoirement. S. M. n’a-t-elle pas, en conséquence, le droit de réclamer, pour son honneur, la punition de ses detracteurs? S. M. I. s’est expliquée sur la direction donnée à la guerre et la manière dont elle a été faite.
L’empereur écrivit au roi pour lui représenter la lenteur des opérations, et l’inaction des armées. Aussitôt S. M. entreprit la conquête de l’Andalousie. Le duc de Cadore a dit à V. E. que la soumission de cette province était illusoire, puisqu’elle se trouve inondée de partis d’insurgés et de bandes de brigands. Qu’on considère la vaste étendue de l’Andalusie; le petit nombre de troupes françaises que l’obstination de Cadiz permêt d’y repandre; les pièges de toute espèce que tendent les Anglais et leurs continuelles attaques: qu’on parcoure l’histoire de toutes les guerres contre l’Angleterre et l’on verra qu’indépendamment des vingt mille Espagnols constamment stationés à St. Rocq, il était encore nécessaire d’entretenir sur cette côté un nombre considérable de troupes pour les opposer aux entreprises partielles de l’ennemi. Si ces précautions étaient indispensables dans un tems de calme et de tranquillité, qu’elles doivent être les espérances et les moyens de l’Angleterre dans l’agitation actuelle de l’Espagne et la nature de la guerre dont elle est le théâtre? Le roi peut dire avec verité que la conquête militaire et morale de l’Andalousie est son ouvrage, et que ses paroles, sa conduite, et les sages mesures qu’il a prises, out preparé la tranquillité dont elle jouit. S. M. y a organisé des gardes civiques chargées de défendre leurs foyers, et malgré le voisinage de cette province avec l’Estremadure et les instigations continuelles de la junte de Cadiz et des Anglais, l’Andalousie renferme beaucoups moins de partis ou de bandes d’insurgés que la Castille, la Biscaye, et la Navarre, qui ont été placés sous le régime militaire. Enfin l’on trouve en Andalousie une organisation complette de compagnies de Miguelettes, qui veillent a la tranquillité des villes et à la sûreté des chemins. Leurs services sont tellement utiles que le maréchal duc de Dalmatie a donné le plus de développement possible à cette institution.
Si l’Andalousie n’est pas entièrement pacifiée, si la junte de Cadiz existe encore, et si les Anglais y exercent leur fatale influence, on doit l’attribuer en grande partie aux machinations et aux traines ourdies par la junte et l’Angleterre au moment où parvint à leur connaissance le décret du 8 Février qui établit des gouvernemens militaires dans la Navarre, la Biscaye, l’Aragon, et la Catalogne. Quelques gouverneurs français ayant traité ces provinces comme si elles étaient absolument détachées de la monarchie, les membres de la junte de Cadiz et les Anglais en profitèrent pour souffler de nouveau le feu de la discorde et refuter les expressions du roi qui répétait sans cesse, ‘Que la nation conserverait son intégrité et son indépendance: que ses institutions s’amélioreraient sous la protection d’un trône soutenu par les relations intimes du roi avec l’empereur; qu’elle n’aurait à combattre que l’ennemi qui voulait s’arroger l’empire exclusif des mers.’ Voila le sens qu’on a toujours donné en Espagne aux mots indépendance et intégrité. Ce langage est celui dont s’est servi S. M. I. non seulement avec les Espagnols, mais à la face de l’univers: il ne peut donc être odieux ni criminel dans la bouche du roi. Mais combien n’est-il pas démenti par la conduite de certains gouverneurs qui paraissent s’obstiner à prolonger l’insurrection d’Espagne à l’annihiler ou la détruire plutôt qu’à la soumettre! car dans plusieurs endroits on ne se contente pas d’exclure toute idée de l’autorité du roi en faisant administrer la justice au nom de l’empereur, mais ce qui est pire, on a exigé que les tribunaux civils de Valladolid et de Valencia prêtassent serment de fidélité et d’obéissance à S. M. I. comme si la nation Espagnole n’avait pas de roi.
Monsieur le due de Cadore se plaint de l’indulgence dont on en a usé en Andalousie; S. M. a montré contre ses ennemis, dans les champs de Talavera et Ocana, toute la fermeté de son caractère; mais serait-il juste, conviendrait-il à ses intérêts et aux vues de l’empereur, que S. M. deployât de la rigueur contre des vaincus, des prisonniers qui doivent être ses sujets? Si le maréchal Ney eut suivi ce généreux exemple dans les villes de Galice où il fut reçu à bras ouverts, et n’eut pas au contraire opprimé et saccagé cette province, elle serait heureuse et soumise, et non livrée aux maux de l’insurrection comme tant d’autres à qui l’on a fait éprouver le même sort. Cette conduite de S. M. dans des pays soumis est vraisemblablement ce que le duc de Cadore appelle des graces accordées aux insurgés de préférence aux personnes attachées à la cause du roi. Les insurgés n’ont obtenu d’autres graces que elles qui leur furent offertes dans les proclamations pour dissiper l’erreur dans laquelle les Anglais les avaient induits. Si le sequestre mis sur les biens invendus de quelques habitans ou réfugiés, a été levé posterieurement, cet exemple d’indulgence a eu d’heureux résultats, puisqu’il a attiré un grand nombre de personnes á l’obéissance du roi: et qu’on ne croye pas que ces individus n’aient point subi le chatiment qui leur était dû pour le retard qu’ils ont mis à se soumettre, car s’ils possedaient des billets royaux, il les ont perdues pour ne les avoir pas présenté à tems au timbre sec; et s’ils sont porteurs d’autres titres de créances sur l’état, ils doivent, pour les valider, solliciter un décret particulier.
Les avantages de la formation des corps Espagnols sont à la portée de tout le monde: leur présence a influé plus qu’on ne pense sur l’heureuse issue de la bataille d’Ocaña et de l’expédition d’Andalousie. En y admettant un grand nombre d’officiers, on est parvenu à éloigner de l’insurrection des hommes inquiets qui seraient devenus chefs de brigands, et tout en avouant que la désertion a eu lieu parmi les soldats, et qu’il en est resulté quelques maux, on peut hardiment affirmer que la somme des biens est infiniment plus grande, et qu’il n’y a pas de moyens qu’on ne doive employer pour faire revenir de son égarement une nation de douze millions d’âmes qu’il n’est pas facile d’assujettir par la force des bayonnettes, et dont on veut d’ailleurs faire une amie et une alliée.
On a parlé du mauvais emploi des ressources de l’Espagne, et du dénuement dans lequel ont été laissées les troupes françaises. Les soldats ont eu en Espagne des vivres en abondance: les hôpitaux français ont été les mieux pourvus, il a fallu pour cela exiger des contributions extraordinaires et des emprunts forcés, et vaincre le grand obstacle de l’interceptation des communications de province à province, et souvent de ville à ville. L’Espagne se trouve divisé en gouvernemens militaires de sorte que S. M. est à peine maître de la capitale et de sa banlieue: n’est ce donc point par une espèce de miracle qu’elle y fait subsister des troupes, et qu’elle y soutient des hôpitaux. Les gouverneurs français imposent, il est vrai, des contributions extraordinaires sur leurs provinces, mais ils les vexent et les ruinent, et certes ce n’est pas là le moyen de les maintenir dans l’obéissance, ni un exemple bien attrayant pour les provinces soulevées: cette ressource est d’ailleurs précaire et insuffisante comme le prouvera bientôt l’expérience. S. M. se flatte de ce que les intentions de l’empereur en faveur de la nation seraient mieux remplies et ses troupes mieux dirigées, si toutes celles qui sont en Espagne étaient sous ses ordres, et si les propositions qu’il a faites à son auguste frère étaient acceptées. Le duc de Cadore a évalue à plusieurs millions les confiscations de marchandises anglaises, et l’enlévement de l’argenterie des églises et des couvents qu’on aurait dû faire en Andalousie. Les confiscations eurent lieu par ordre des généraux français à leur entrée dans chaque ville, et si leur valeur fut exagerée, dans le principe, pour donner plus d’éclat aux entreprises militaires, on reconnut dès qu’on en vint à l’examen l’erreur dans laquelle on était tombé; et dans le fait comment ne pas apperçevoir qu’après la bataille d’Ocaña l’invasion d’Andalousie devant être prévue, chacun avait grand soin de faire refluer les marchandises confiscables sur les points les plus capables de resistance, afin de les mettre hors de la portée du vainqueur. L’argenterie d’église a beaucoup d’apparence et fort peu de valeur. On a pris dans les couvents, où il en restait très peu, ainsi que dans les églises toute celle qui n’a pas été jugée nécessaire pour la decence du culte, et comme le roi ne voulait ni ravager ni détruire, mais bien pacifier et conserver, il a dû régler sa conduite sur ce principe.
Monsieur le duc de Cadore parle de dépenses, c’est vraiment une fatalité qu’il soit si mal informé de faits généralement connus. Le trésor public est ouvert à quiconque voudra s’assurer de la vérité. On y verra que S. M. a reçu à peine chaque mois le cinquième de l’assignation de la liste civile: qu’il a dû se reduire à la plus stricte économie, et que non seulement il s’est vu faute de pouvoir donner aux acteurs une légère avance, dans l’obligation de supprimer le théâtre Italien qui était son unique délassement, mais encore de vendre sa vaisselle platte, et de se défaire des choses les plus nécessaires a l’ornement de sa cour. Aussi dans le repas que S. M. donna, à l’occasion de la fête de l’empereur, à ses ministres, aux grands officiers de la couronne, et à l’ambassadeur de France, la table fut elle servie en fayence semblable à celle qu’ avait S. M. au camp de Boulogne. Certainement l’embarras et la confusion que cette excessive simplicité causait au roi n’aura pas échappé à l’ambassadeur. Au milieu de tant de privations, et dans une situation aussi contraire à sa dignité S. M. a la douleur de voir que ses ministres, le conseil d’état, les tribunaux de la capitale, et les employés civils, qui sont en petit nombre, ne perçoivent pas leur traitement depuis plus de sept mois. Ce sont là les faveurs que S. M. a dispensés avec tant de prodigalité. Le roi a donné, il est vrai, quelques cédules aux officiers de sa maison, et à quelques individus attachés à sa personne, pour les aider à acheter des biens nationaux: on donne à ces bienfaits le nom de prodigalité, et d’un autre côté l’on se plaint de l’abandon dans lequel S. M. laisse d’autres individus, ce qui serait incompatible avec la façon de penser du roi et la connaissances de ses devoirs comme homme et comme monarque. C’est l’unique chose dont le roi puisse disposer dans la situation où il se trouve et outre le but politique de ces donations, S. M. a cru que c’était le seul moyen d’assurer à ces individus une médiocre existence, et encore sa prévoyance à cet égard a-t-elle été trompée, car les revenues des terres et des biens qui se trouvent dans les personnes soumises au gouvernement militaire dont les limites s’étendent jusqu’aux portes de Madrid, où ne se payent pas, tant est grande la misère des fermiers, où les biens ne s’afferment pas de crainte d’extorsions de la part des gouverneurs, où, enfin, les revenus se trouvent absorbés par les contributions extraordinaires. Les faits sont evidens, ils parlent d’eux-mêmes, et toute personne impartiale peut en faire l’examen.
Mais il faut qu’elle soit de meilleure foi que celle qui a voulu imputer à S. M. l’aliénation des biens confisqués par l’empereur, et les griefs auxquels on vient de répondre. S. M. pourrait, à bien plus juste titre, se plaindre de la conduite des gouverneurs Français: de celle du général Dufour, par exemple, qui a exigé des dix membres dont il composa à sa manière ce conseil de Navarre qu’on s’est vu bientôt obligé de dissoudre, qu’ils rédigeassent une adresse à l’empereur dans laquelle ils demandaient à S. M. I. un code des lois, et se mettaient à sa discrétion. Trois de ces membres réfusèrent de signer, les autres cédèrent à la violence. S. M. pourrait citer encore une foule d’actes qui out exaspéré les esprits, fourni des armes à l’insurrection, et donné aux Anglais des prétextes pour supposer des projets qui n’existent pas, et rendre la guerre interminable. Qu’on compte le nombre des bandes de brigands et d’insurgés en Espagne, et l’on verra combien il s’est accru depuis l’institution des gouvernemens militaires. S. M. ne peut elle se plaindre avec autant de justice de la situation équivoque dans laquelle elle se trouve? qu’on en juge par le fait suivant. Le nouveau ministre de finances venait d’entrer en fonction, et il s’agissait déjà de réunir les plus forts capitalistes de la place pour les engager à avancer une bonne somme d’argent, lorsque le payeur de l’armée, monsieur Crouchart, et l’intendant-général, monsieur Denniers, assurèrent au ministre que des employés venaient de Paris avec des lettres cachetées qu’ils avaient l’ordre de n’ouvrir qu’à Madrid. On prétendit aussitôt qu’ils devaient se charger de l’administration civile, que les rentrées seraient invariablement affectées à l’entretien et à la solde de l’armée, et le surplus seulement, à la liste civile. C’était annoncer la dissolution de l’état. Des bruits de cette nature répandus dans toute la ville par les employés français parvenus à la connaissance de l’ambassadeur de S. M. I. et appuyés par des malveillans qui abondent toujours dans les capitales surtout à la suite des guerres d’opinions, ne pouvait produire que de malheureux effets. La confiance de ce petit nombre d’hommes qui aurait pu faire des avances s’eteignit à l’instant, et toutes les portes furent fermées. S. M. ignorait l’arrivée des nouveaux employés du trésor de France, et il n’a connu comme le dernier de ses sujets, le contenu des lettres dont ils étaient porteurs qu’à leurs ouvertures.
Dans cet état de choses il est facile de se faire l’idée de la confiance que peut inspirer le roi, et lorsque S. M. se trouve hors d’état de faire le bonheur du pays qu’il doit gouverner et de concourir à la réalisation des vues de son auguste frère: qu’il voit enfin sa dignité avilée, doit on s’étonner qu’il ait manifesté l’impossibilité de vivre plus long temps dans une situation aussi précaire? Monsieur le duc de Cadore tout en reconnaissant les hautes qualités du roi, a prétendu, que les personnes qui approchent S. M. lui ont conseillé et lui conseillent sans cesse de se maintenir dans l’indépendance de la France, et que ce principe se suivait avec trop de rigueur. Monsieur le duc de Cadore sait que S. M. dans aucune époque de sa longue et glorieuse carrière n’a eu besoin de conseils et ne s’est soumis à aucune influence, surtout s’il s’est agi de détruire son système inaltérable d’amitié sincère et éternelle avec son auguste frère l’empereur; d’alliance et de bienveillance affectueuse envers la nation Espagnole à la tête de laquelle il est placé, et dont il s’efforcera de conserver la splendeur et le bien-être, avec l’indépendance et l’intégrité de territoire. Les vœux les plus constants de son cœur sont que les deux nations unies entr’elles par les mêmes liens que leur monarques concourent d’une manière uniforme à la félicité commune en forçant leur ennemie à abandonner le sceptre des mers.’
Le prince don Fernando, ajoute le duc de Cadore, se prêterait à céder les provinces qui conviennent à l’empereur et à toutes les conditions qu’il voudrait lui imposer. Le roi ne veut entrer en comparaison avec personne; mais il observera que ce ne fut pas dans ces sentimens ni dans cette croyance qu’il accepta la couronne d’Espagne en déposant celle de Naples: que l’empereur ni la France ne devraient avoir confiances en des offres que la nation repousserait, et qui ne pourrait avoir d’ailleurs qu’une exécution passagère; car comme le sait très bien monsieur le duc de Cadore, les nations humiliées dissimulent leur haine en attendant le moment favorable de venger leurs outrages. Une semblable conduite serait incompatible avec le façon de penser du roi, avec son noble caractère et celui de la nation que S. M. gouverne. Elle est diamétralement en opposition avec les assurances données par S. M. I. à la nation Espagnole ‘qu’il était nécessaire pour son bonheur qu’elle se régénérat sous sa dynastie, et sous le prince qu’elle lui donnait égal en tout à son auguste personne.’ A cette occasion le duc de Cadore parle du peu d’avantages que rapporte à la France la guerre d’Espagne en proportion des sacrifices immenses qu’elle a faits. Certes le roi ne les ignore pas, et sa reconnaissance éclatera quand S. M. se trouvera en état de les récompenser. Dans ce moment cela lui est impossible; mais S. M. I. pourrait mettre le comble à ses bons offices en s’offrant pour garant de l’emprunt ouvert en Hollande sous les mêmes conditions que celui de Prusse, ou du moins en lui donnant son assentiment, comme à celui d’Autriche. S. M. I. se convaincra facilement que les liens du sang, les rélations les plus intimes et les plus sûres d’une étroite amitié entre les deux nations, et enfin la position même de ces armées seront les meilleurs garants de l’exactitude des remboursements quelques sacrifices qu’ils exigent.
Quant aux avantages futurs que promettent les sacrifices actuels de la France, ce serait faire injure aux lumières du duc de Cadore que de la fatiguer en les lui developpant. Lorsque S. M. I. crut nécessaire l’établissement en Espagne de sa dynastie, l’expérience lui avait démontré que survenant des troubles dans le nord, il ne pouvait jamais compter sans ce changement, sur la sûreté d’une des plus importantes frontières de son empire. Un siècle d’amitié presque non interrompue depuis le regne en Espagne et en France de la maison de Bourbon, le pacte de famille et la tournure différente que prirent les relations entre les deux pays après l’exclusion de la maison d’Autriche, sont les témoignages les plus authentiques de l’utilité des efforts et des sacrifices de la France pendant six ans, au commencement du siècle dernier. La résistance opiniâtre de presque toute l’Europe et surtout celle de l’Angleterre, qu’elle renouvelle dans cette guerre avec un plus grand developpement de moyens démontrent l’importance de cet événement pour la France. Ses meilleurs écrivains politiques ont indiqué avec la plus grande clarté les avantages qui en ont resulté pour le commerce Français et les richesses qu’il a procurées à la nation. Que ne doit elle pas attendre aujourd’hui de la réunion des deux couronnes dans la même famille, de l’analogie de leurs codes politiques et de leurs institutions, des qualités d’un roi sage et éclairé qui aime tendrement son auguste frère et la France, et qui est pénétré de la nécessité d’abattre l’orgueil de l’Angleterre! n’est ce pas le plus grand fruit qu’elle puisse retirer de cette resolution et de tels résultats ne valent ils pas les sacrifices momentanées qu’elle s’impose?
Il a été bien sensible pour S. M. que les rapports mensongers de personnes peu interessées à l’union et a l’amitié des deux frères et des deux pays, ayant pu inspirer à S. M. I. un seul instant de doutes. Quoique le roi a déjà écrit à l’empereur son auguste frère, S. M. veut que V. E. ou en votre absence le marquis d’Almenara, remette une copie de cette lettre à monsieur le duc de Cadore, dans l’espérance que V. E. developpera à S. M. I. avec sa sagacité ordinaire les causes qui ont influé sur la conduite du roi dans les affaires d’Espagne, que S. E. lui dépeindra l’état véritable de la nation, et qu’elle contribuera de cette manière à l’éxécution des intentions des deux monarques qui n’ont été, et qui ne peuvent être que les mêmes.
Le ministre secrétaire d’état,
(Signé) MARIANO LUIS D’ORQUIJO.
_Letters from king Joseph to his ministers._
_10 Février, 1811._
Je suis peiné que l’empereur ait cru nécessaire d’employer des formes diplomatiques avec moi et même avec la reine. Qu’il me fasse clairement connoître sa volonté et je n’aurai rien de plus agréable que de m’y conformer puisqu’elle ne peut être ni compatible avec mon honneur qui me paroit inséparable du sien, comme mon intérêt. Le fait est que je désire complaire, à la fois, à l’empereur et à mon frère; il m’a fait reconnoître roi de Naples, roi d’Espagne, et a garanti mon existence politique sans que je l’aie demandé. Je n’ai pas sollicité le trône j’y suis monté parce-qu’il l’a voulu, aujourd’hui l’empereur désire-t-il que je rentrois dans la retraite. Je suis d’autant plus prêt à le faire que les événemens de trois années out levé bien des scrupules et empêcher venir bien des regrets.
J’ai dû croire que l’empereur vouloit que je quittâsse l’Espagne dès que j’ai vu graduellement mon existence y devenir humiliant, impossible, et qu’il doit savoir que je ne puis pas supporter long-temps de me voir degradé: dans ce cas je désire partir pour France. L’ordre publique sera assuré ici, je m’entendrai avec mon frère, ou pour mieux dire je lui porterai moi-même mon blanc-seing.
Je m’abandonne entièrement à sa justice et à ses sentimens paternels pour ma famille, aussi point de négociations particulières; je rétourne dès ce moment à l’empereur tous les droits qu’il m’a transmis sur l’Espagne si son ambassadeur juge que je puisse partir demain pour Morfontaine, et s’il eu autorisé à croire que l’empereur verra ce parti sans déplaisir.
L’empereur veut-il réellement que je reste au trône d’Espagne? Je reste quelques qui soient les désagrémens indépendant de la volonté qui m’y attendent. Mais il faut que je n’éprouve que ceux qu’il ne peut m’éviter; je le répéte jamais les intérêts politiques ne me diviseront avec lui, qu’il me fasse connoître sa volonté. Si l’empereur venir ici, tout s’arrangera entre nous; s’il ne vient pas en Espagne, qu’il me laisse aller le voir à Paris. S’il juge ce voyage inopportun, qu’il rende mon existence tolerable pendant la guerre: il sait mieux que personne ce qu’il doit faire pour cela.
Il faut un changement marqué dans tout, avancer ou reculer, vous connoissez l’état actuel; j’ignore comment je pourrai gagner le mois nécessaire pour connoître la determination de l’empereur.
(The following abdication, by Joseph, was drawn up but never made
public.)
L’expérience de trois années nous ayant convaincu que l’ordre social ne peut être recomposé en Espagne qu’en cumulant dans les mêmes mains les droits de souverainté dont nous sommes investés, et les moyens de force et de puissance militaire dont dispose notre august frère l’empereur des Français, de qui nous tenons les droits que nous exerçons aujourd’hui sur la monarchie Espagnole, nous avons résolu de notre pleine et libre volonté de rétrocéder à notre frère l’empereur des Français les droits qu’il nous a remis et en vertu des quels nous sommes entré dans ce royaume en 1808 à la suite de la constitution que nous avons signée à Bayonne dans la même année.
C’est pourquoi par les presents signées de notre main nous declarons céder, transporter, et remettre à notre dit frère l’empereur des Français, tous les droits qu’il nous transmis en 1808 sur la monarchie d’Espagne et des Indes dans toute leur integrité et tels qu’il les reçut lui même du roi Charles Quatre.
Nous entendons que la présente rétrocession n’ait de force et valeur que ce l’époque ou nous aurons pleine et entière connoissance de l’acceptation de la présente rétrocession de la part de notre frère l’empereur des Français: et comme nous ne sommes portés à cet acte par aucune considération particulière, mais par l’unique considération que nous avons exprimée plus haut et qu’en quittant le trône d’Espagne nous n’avons en vue que le plus grand bien du peuple Espagnol que nous ne pourrons pas rendre aussi heureux que nous voudrions, et que nous n’avons d’autre ambition que celle de rentrer dans la vie privée et dans la retraite la plus absolue. Nous nous abandonnons entièrement à la justice de notre frère l’empereur des Français pour le sort des personnes qui nous sont attachées au sentimens de la gloire qui garantit ses efforts pour le bonheur de l’Espagne et à ses sentimens paternels pour nos enfans, pour la reine, notre épouse, et pour nous.
Nous nous engagerons à faire revêtir de toutes les formes qui pourroient paroître plus authentiques le présent acte écrit, rédigé, et signé de notre propre main. Ayant jugé que le plus grand secret était indispensable jusqu’à ce que nous ayons connoissance de l’acceptation de S. M. l’empereur des Français, roi d’Italie.
Fait à Madrid, etc. etc.
_Paris, 1811._
Depuis la conversation que j’ai eu avec vous sur ma position, elle ne s’est pas améliorée; elle est telle aujourd’hui que je me voir forcé d’embrasser le seul pratique qui me reste à prendre, celui de la rétraite la plus absolue en France. Je serois déjà parti si je ne venois d’être instruit que S. M. l’empereur qui a sû que j’avois donné ordre d’acheter ou de louer une terre a cent lieues de Paris, avoit disapprouvé cette demarche, et qu’il trouvait plus convenable, si je persistois dans ma resolution, qui je me rendisse à ma terre de Morfontaine après vous avoir prévenu de ma détermination, et avoir assuré ici l’ordre publique après mon départ. Je dirai en partant que je vais m’entendre avec l’empereur pour les affaires d’Espagne, et je ferois les mêmes dispositions par rapport aux provinces qui entourent Madrid que je fit lorsqu’il y a un an je partis pour l’expedition d’Andalousie; cet état dura six mois sans nul désordre, et je ne doute pas que les choses n’aillent de la même manière et ne donnent le tems à l’empereur de prendre les dispositions définitives.
Je suis prêt à rendre l’empereur les droits qu’il me rémit à Bayonne sur la monarchie d’Espagne et des Indes si ma position ici ne change pas; parceque je dois croire que c’est le désir de l’empereur puisqu’il est impossible qu’il veuille que je reste roi d’Espagne, et qu’il m’ôte tous les moyens d’existence. Il en peut être malheureux que l’empereur ait voulu me reconnoître roi de Naples, il y a six ans lorsqu’à la tête de ses troupes je fis la conquête de ce royaume; ce fut malgré moi, et mes instances pour rester au commandement de son armée avec la simple qualité de son lieutenant furent le sujet d’une lettre dont je me rappelle très-bien.
Lorsqu’en 1808 je fus proclamé roi d’Espagne, je l’ignorois encore; cependant arrivé à Bayonne je fis tout ce que voulus l’empereur, je signerais une constitution, je le signai appuyée par sa garantie. Les événemens n’ayant pas répondu a nos espérances est ce ma faute? Est celui qui en est le plus victim qui doit en porter la peine? Cependant tant que la guerre dure je me suis soumis a tout ce que l’on a voulu, mais je ne puis pas l’impossible; je ne puis pas rester ici plus longtems si l’empereur ne vient à mon secours. En ordonnant qu’il soit versé dans mon trésor à Madrid un million de francs par mois, les autres provinces doivent contribuer aux besoins de la capitale. Les troupes françoises qui sont dans les provinces du centre (elles sont peu nombreuses) doivent être soldées par le trésor de France.
A la pacification générale l’empereur exigera des indemnités; s’entendrer alors il posséde de fait presque toutes les provinces aujourd’hui, il sera bien le maître de ne les évacuer qu’à mesure qu’il croira que l’Espagne aura satisfait aux obligations qu’il lui aura imposées. En résume je suis prêt à faire la volonté de l’empereur pourvu que je la connoîsse.
1º. Veut-il que je reste roi d’Espagne, je reste dès qu’il m’en donne la possibilité, et je supporte tous les gouvernemens militaires qu’il a établis puisqu’il les croit indispensables pendant la guerre.
2º. Préféreroit-il que je rentrasse dans la sein de ma famille à Morfontaine d’abord et l’hiver dans le midi. Je suis prêt à partir dès que je connoîtrai sa volonté. J’ajoute de plus que le parti de la retraite me conviendra beaucoup plus que l’autre dès que je saurai qu’il lui convient. Je suis sur alors qu’il aura quelques bontés pour les Français qui se sont attachés à mon soit, et que je ne serai pas à même de rendre aussi heureux qu’ils le méritent. Quant à moi, à la reine, et à mes enfans, l’empereur me faisant payer mon traitement de prince Français, nous en aurons assez, mon intention étant de vivre dans la retraite en m’occupant de l’education des mes enfans, laissant a l’empereur le soin de leur établissemens, car je ne doute pas si ce projet se verifie que je ne retrouve le cœur de mon frère, et que dans les intervalles où il se rappellera qu’il est homme, il ne trouve encore quelque consolation en retrouvant mon cœur pour lui aussi jeune qu’il y a trente ans.
Enfin j’aime mieux vivre sujet de l’empereur en France que de rester en Espagne roi nominal, parceque je serai bon sujet en France, et mauvais roi en Espagne, et que je veux rester digne de l’empereur, de la France, et de moi-même.
_Marquis of Almenara to the minister secretary of state.
Translated from a deciphered Spanish letter._
_Fontainebleau, Novembre 4, 1810._
“This government is very uneasy about the military operations in Portugal, from whence they receive no accounts except through England, described therefore factitiously and with the strongest hopes of resisting the French forces that oppose their army. This problem will probably be already solved and its conclusion will decide what is interesting to Spain. It is therefore very important that our government should write all it knows, and what will prove that it takes part in what belongs to both countries, because here I am often asked what is said in Madrid on this subject, and people are surprised that we limit ourselves entirely to the urgent points of our negotiation. This explains the proofs of affection which the prince royal of Sweden desired that the king should give to the emperor, being convinced that the letters of his majesty, written in his own familiar style when he explains his sentiments, produce a great sensation with the emperor.”
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History of the war in the Peninsula and in the south of France from the year 1807 to the year 1814, vol. 4Chapter XLIV: Section 2: (Relating to Joseph’s abdication.)
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