Chapter XLV: Section 3: Letters from the prince de Neufchatel to king Joseph
_Paris, 28 Janvier, 1811._
SIRE,—J’ai l’honneur de prévenir votre majesté que l’empereur par sa décision du 21 Janvier a fixé les traitemens extraordinaires qui pourront être payés en Espagne à date du 1^{er} de l’année 1811, dans l’arrondissement des armées du midi, du nord, de l’Arragon, &c. Ces traitemens sont détermines ainsi qu’il suit.
_Savoir_:
Fr. par mois.
Les généraux gouverneurs dans les quatre gouvernemens
comprises dans l’arrondissement de l’armée du nord 4000
Le général chef de l’état major-général de l’armée 3000
Généraux de division 1800
Généraux de brigade, inspecteurs aux revues et
commissaires ordonnateurs 1200
Adjudans commandans, colonels, et sous-inspecteurs
aux revues 750
Officiers de santé principaux 500
Chefs de bataillons, d’escadrons, commissaires de guerre,
et chefs d’administration des différens services 400
Commandans de place occupant dans } capitaines 400
l’armée un grade inférieur à ceux ci-dessus } lieutenans et }
désignées, savoir } sous-lieuts. } 300
Au moyen de ces indemnités il ne sera rien alloué au-dessus des sommes fixées ni pour dépenses de bureaux ou de table, ni pour frais extraordinaires de quelque nature qu’ils soient et sous quelque prétexte que ce puisse être, et cette décision n’a aucun effet rétroactif. J’écris à MM. les maréchaux et généraux commandant en Espagne, pour leur faire connoître que, d’après les intentions de l’empereur, tout militaire Français qui à l’avenir aurait exigé ou reçu des traitemens extraordinaires plus forts que ceux fixés par la décision du 21 Janvier, et qui s’en serait fait payer sans une ordonnance régulière des intendans généraux ou commissaires ordonnateurs, sera suspendu de ses fonctions et qu’il en sera rendu compte dans les vingt-quatre heures pour prendre les ordres de l’empereur. Votre majesté jugera sans doute convenable de donner ses ordres au général Belliard pour que cette disposition soit suivie dans l’arrondissement de l’armée du centre. Je prie votre majesté d’agréer l’hommage de mon respect.
_Paris, 14 Février, 1811._
SIRE,—L’empereur ne m’a encore donné aucun ordre relatif à l’objet de la lettre apportée par votre aide-de-camp le colonel Clermont Tonnere. On pense que Valence ne se soumettra que par l’approche d’une armée, et après la prise de Tarragone le corps du général Suchet sera disponible.—Les affaires paroissent s’améliorer en Portugal, le duc d’Istrie va établir l’ordre dans le nord de l’Espagne. J’envoye mon aide-de-camp le colonel Le Jeune voir l’état des choses à Grénade, Malaga, Cadiz et Badajos. Je prie votre majesté d’avoir des bontés pour lui. L’empereur est en bonne santé, l’imperatrice est bientôt à terme, et nous esperons un roi des Romains. L’empereur affermit de plus en plus le grand empire. Votre majesté le seconde mais nous apprécions ses peines et ses privations. Une nouvelle armée de deux-cent-milles hommes se forme dans le nord de la France, et l’empereur est en position d’en imposer à qui tenteroit de contrarier ses grandes conceptions, tout est bien et va bien en France.
_Paris, le 11 Avril, 1811._
SIRE,—J’ai eu l’honneur de mander votre majesté, que l’empereur avoit donné des ordres pour qu’il lui fut envoyé chaque mois cent mille francs, et je lui ai fait connoître combien il étoit important que les troupes destinées pour l’Andalusie y arrivassent sans retard.
L’empereur pense qu’il seroit utile de chercher à tirer parti de bons Espagnole pour réunir de vrais cortez qui pourroient avoir de l’influence sur les esprits: l’intégrité de l’Espagne peut encore être maintenue si les cortez operoient une réaction dans l’opinion: le Perou et le Méxique se sont déjà déclarés independant, et toutes les autres colonies sont échapper à l’Espagne: les vrais Espagnols doivent savoir combien les Anglais les maltraitent. On voit par les gazettes Anglaises que les cortez rassemblés dans l’île de Leon ne furent qu’une miserable canaille et des gens obscures qui n’ont autre projet que d’aller végéter dans les tavernes de Londres il ne peut y avoir rien à faire avec de pareils hommes. Sa majesté trouve qu’il y auroit un grand avantage à former des cortez tirer de toutes les provinces de l’Espagne occupées par les armées françaises. Une discussion éclairée qui s’établiroit auroit beaucoup d’influence sur les esprits. L’empereur est oblige d’abandonner le projet qu’il avoit de s’entendre avec les cortez de l’île de Leon, puisque ce n’est qu’un composé de gens sans aveu: ce ne seroit donc qu’avec des cortez formé d’hommes tirés de toutes les parties de l’Espagne qu’on pourroit éclairer l’opinion des Espagnols qui aiment leur pays.
L’ambassadeur de l’empereur a transmis des plaintes sur votre major-général. Votre majesté commande l’armée du centre. Par conséquent la hiérarchie militaire ne peut pas permettre qu’il s’écarte de ses devoirs. Si je correspond souvent avec le général Belliard, c’est que votre majesté est un général roi, et que je dois lui éviter des détails qu’un major-général lui soumet.
Aucun village d’Espagne n’a été réuni à la France, et l’empereur tient à ce que votre majesté ait en Espagne toute la considération qui lui est due. Tout depend encore du parti qu’on peut tirer de la nation. Ce qu’il y a de certain, c’est que les Anglais n’ont qu’un but; celui de ruiner la péninsule, de la détruire, parcequ’ils sentent bien qu’elle doit finir par appartenir à la France ou à un prince de la maison de l’empereur, et qu’ils trouvent un grand avantage à diviser un pays qu’il savent ne pouvoir gardes.
Je présente à votre majesté l’hommage avec mon respect.
Le Prince Neufchatel, Major-Général,
ALEXANDRE.
_Paris, ce 6 Mai, 1811._
SIRE,—J’ai montré à l’empereur la lettre de votre majesté, en date du 21 Avril par laqu’elle elle fait connoître qu’elle se met en route pour Paris: l’empereur ne s’attendoit pas à cette resolution; votre majesté lui ayant promis de ne pas quitter l’Espagne sans être convenu à l’avance des mesures à prendre et qu’exige une pareille détermination. L’empereur trouve que dans ces circonstances le départ de votre majesté devoit être précédé de l’évacuation de l’Andalousie afin de concentrer les armées. Car dans la position des choses, le départ de votre majesté va donner une secousse défavorable à la situation des armées de l’empereur. Si votre majesté avoit quitté l’Espagne au mois de Janvier, où les armées étoient en position sans agir, cela auroit eu moins d’inconvenient. Dans ce moment votre arrivée met l’empereur dans de grandes inquiétudes, en vous considérant comme roi d’Espagne, et comme général-en-chef, l’empereur voit que votre retour sera interprété selon l’esprit et la tournure que les Anglais voudront y donner, et fera un mauvais effet; qu’il est pénible que votre majesté se soit portée à cette démarche dont il ne peut résulter aucun avantage, et qui peut avoir beaucoup d’inconvenients, car dans ce moment d’agitation, l’Espagne va se trouver sans chef. Votre majesté ne voulant pas rester à Madrid, l’empereur trouve qu’il auroit été très utile qu’elle allât passer la revue de l’armée de Portugal ou de l’armée d’Andalousie; l’influence de votre majesté auroit surtout été bien utile pour procurer à l’armée de Portugal tout ce qui lui est nécessaire. L’empereur, sire, est dans une grande anxiété de savoir à qui vous avez donné le commandement de l’armée du centre; si vous avez prévenu le duc de Dalmatie de votre départ, et qui étant aux mains avec l’ennemi trouvera ses embarras augmentés, n’ayant aucune direction sur ses derrières. S’il étoit possible que votre majesté reçut cette lettre encore en Espagne, l’empereur m’ordonne d’engager votre majesté à sentir les inconvéniens de son retour si contraire aux circonstances. L’empereur n’a aucune nouvelle ni de l’armée d’Andalousie ni de l’armée du centre. J’expédie à votre majesté un de mes aides-de-camp. Etc. etc.
ALEXANDRE.
_Paris, le 1 Juin, 1811._
SIRE,—L’empereur a examiné attentivement les observations que votre majesté lui a adressées, et me prescrit de me rendre auprès d’elle pour avoir l’honneur de lui donner connoissance de ce qu’il juge le plus convenable sur les divers points qui en sont l’objet. L’empereur pense, sire, que votre majesté peut partir de Paris quand elle le jugera à-propos, et même sans attendre son retour, si cela entrait dans les intentions de votre majesté. L’armée du centre en Espagne est pleinement entièrement sous les ordres de votre majesté, le général Belliard ne doit point prendre le titre de major-général, mais celui que lui ont toujours attribué les ordres émanées de l’empereur, _de chef d’état-major de l’armée du centre_. Si votre majesté n’est pas content de ce général, je vous engage, sire, à en proposer un autre qui ait votre confiance. C’est à votre majesté, sire, qu’il appartient de suspendre, de renvoyer, de traduire même à des commissions militaires quand il y a lieu, les généraux et officiers de l’armée du centre; d’administrer les provinces comprises dans l’arrondissement de cette armée comme votre majesté le jugera le plus convenable au bien du service. A l’armée du nord de l’Espagne, l’empereur a besoin d’un maréchal qui soit chargé du commandement des troupes stationées dans les provinces formant l’arrondissement de cette armée. Le maréchal duc d’Istrie exerce maintenant ce commandement; dans le cas, sire, où ce maréchal ne conviendroit pas à V. M. l’empereur ne serait pas éloigné de le remplacer par le maréchal Jourdan, si cette disposition étoit agréable à votre majesté et à ce maréchal. Mais l’empereur ne juge pas qu’on puisse rien changer à l’organisation de l’armée du nord; il est essentiel que cette organisation reste telle qu’elle est, si ce n’est de mettre cette armée sous les ordres d’un maréchal français qui posséde d’avantage la confiance de votre majesté. Dans les gouvernemens qui forment l’arrondissement de cette armée, c’est au nom de votre majesté, sire, que la justice doit se rendre; le commandant doit envoyer des rapports journaliers à V. M. l’intendant-général M. Dudon doit envoyer à V. M. l’état de la perception des contributions et de leur emploi. L’empereur pense que V. M. doit avoir auprès du général-en-chef de l’armée du nord un commissaire Espagnol pour veiller à ce que le quart du revenu des provinces de l’arrondissement de cette armée, soit versé à Madrid pour le service de votre majesté et pour sécourir l’armée du centre. L’empereur consent à ce que toutes les fois que les provinces auraient les moyens nécessaires pour se garder et se garantir des incursions des guerillas, elles puissent rentrer entièrement sous l’administration Espagnole en ne fournissant que ce qui sera convenu. Quant à l’armée du midi de l’Espagne, l’empereur approuve qu’ ainsi qu’ à l’armée du nord, le maréchal qui commande envoie des rapports à V. M. et l’instruire de tout ce qui se passe; les budgets en recettes et en dépenses des différentes provinces de l’armée du midi, doivent aussi être envoyés à votre majesté, qui y tiendra un commissaire pour percevoir le quart des revenues.
La même méthode sera pareillement appliquée à l’armée d’Arragon. L’empereur, sire, satisfait aussi aux désirs exprimés par V. M. Quant à ce qui concerne le commandement général de ses armées en Espagne, sa majesté ne croit pas pouvoir donner un tel commandement qui doit être simple et un; votre M. sentira qu’il est dans la nature des choses qu’un maréchal résident à Madrid et dirigeant les opérations voudrait en avoir la gloire avec la responsibilité, et que dans ce cas, les commandans des armées du midi et de Portugal se croyant moins réellement sous les ordres de votre M. que sous de son chef d’état-major, pourraient ne pas obéir, ou exécuter ce qui leur serait prescrit. Mais indépendamment du commandement de l’armée du centre, V. M. sire, aurait le commandement des troupes qui entreraient dans l’arrondissement de cette armée. Si l’armée du Midi se repliait sur l’armée du centre, elle serait dès-lors sous les ordres de V. M. et il en serait de même pour l’armée de centre.
Dans celles des armées ou V. M. se rendrait, elle aurait les honneurs du commandement; mais, sire, l’empereur juge très important de ne rien changer au commandement militaire ni à l’armée du nord, ni à l’armée d’Arragon, ni aux armées du midi et de Portugal, excepté ce qu’il est nécessaire d’établir pour que V. M. ait des rapports de tout ce qui se passe, connaisse tout et puisse se servir de ces relations, dans sa position centrale, pour instruire les autres généraux: sa majesté pense que cette communication de renseignemens, d’observations, de conseils, peut même avoir lieu par le canal du ministre de la guerre de V. M. L’empereur désire, sire, que V. M. veuille bien corresponds directement avec moi par des lettres signés de sa main; j’aurai l’honneur d’adresser directement les miennes à V. M. L’empereur désire également qu’elle s’en reserve l’ouverture et fasse connaître ensuite à son chef d’état-major ce qu’elle jugera convenable. Je prie votre M. de vouloir bien donner ses ordres pour que tous les comptes rendus en états de situation me soient adressés, que les rapports soient très exacts et que je sois instruit de tout ce qui peut intéresser le service de l’empereur comme cela est d’usage dans une armée. D’après les ordres de l’empereur une somme de cinq cent mille francs par mois sera envoyée à V. M. jusqu’au 1er Juillet, et à compter du 1er Juillet, cet envoi sera d’un million par mois pendant le reste de l’année.
L’empereur, sire, me prescrit d’avoir l’honneur de concerter avec votre majesté les mesures qu’elle jugera convenables à l’organization de l’armée du centre ainsi que pour en retirer les généraux qui ne conviendraient pas à votre majesté, faire des examples de ceux qui auroient commis des dilapidations, leur faire restituer les sommes qu’ils auraient dilapidées; enfin, sire, l’empereur se repose essentiellement sur votre majesté du soin de maintenir les officiers de son armée dans la discipline convenable et de faire des examples, et il désire que V. M. envoie journellement des rapports détaillés sur tout ce qui est important. Votre majesté, sire, reconnaîtra dans ces dispositions que le désir de l’empereur est de faire tout ce qui peut donner un nouvel éclat à l’entrée de V. M. en Espagne, en maintenant d’ailleurs dans leur intégrité, ainsi que sa majesté le gage indispensable, l’organisation de l’armée d’Andalousie et des autres armées de l’Espagne. &c.
_Observations faites par le roi d’Espagne sur la lettre du
major-général, de la 1ère Juin, 1811._
Le roi demande.
1º. Que messrs. les maréchaux commandant-en-chef les armées de l’empereur, à l’armée du nord, du Portugal, de midi, et de l’Arragon, ne puissent augmenter les impôts existant à ce jour, =ni= lever aucune contribution extraordinaire sans l’autorization du roi, ou de l’empereur.
2º. Le roi désire que le maréchal Jourdan remplace le maréchal due d’Istrie dans le commandement de l’armée du nord.
3º. Que les maréchaux commandant les armées de l’empereur et les intendans général ne puissent vendre aucune bien national ou communal sans l’autorization du roi; qu’il en soit de même pour les plombs et vif argent appartenant à l’état.
4º. Que les administrations Espagnoles dans l’arrondissement des armées du nord, du midi, de l’Arragon, resteront telles qu’elles sont, et que si des changemens paroissent utiles, ils seront demandés au roi.
5º. Qu’il soit specifié que le quart des revenues des provinces occupées par les armées de l’empereur, en Espagne, sera versé net dans le trésor du roi à Madrid, et que les trois autre quartes seront employés aux besoin de l’armée dans les dites provinces, et en payement des traitemens des administrations Espagnoles.
6º. Le roi se trouvant avoir l’honneur du commandement près des armées ou il se trouve, pense qu’il est dans les intentions de votre majesté qu’il puisse voir et réunir les autorités Espagnoles comme bon lui semblera pour leur parler dans l’intérêt des affaires d’Espagne: ce que le roi trouve utile de faire dans les lieux où il l’arrêtera pour se rendre à Madrid.
7º. Il paroit entendu que le maréchal commandant l’armée de Portugal rendra compte au roi des toutes les opérations, aussi que doivent le faire les autres maréchaux.
8º. Le roi trouve utile pour les intérêts des affaires d’Espagne de pouvoir s’attacher des officiers Espagnols ou autres qui se trouveroient parmi les prisonniers, et qui par des motifs particuliers il jugeroit convenable d’employer.
9º. Le roi de Westphalie qui ne peut pas recruter les régimens qu’il a en Espagne est disposé à mettre le petit nombre d’hommes qui restent aux drapeaux à la disposition du roi d’Espagne pour être à la solde et à son service; le roi d’Espagne les placeroit utilement dans la guarde.
10º. Le roi désire que le général Maurice Mathieu remplace le général Lorge.
11º. Qu’il ne reste à Madrid que l’administration nécessaire pour l’armée du centre, et que cette grande quantité d’administrateurs appartenant à l’administration générale qui n’existe plus à Madrid soit envoyée à Burgos ou en France.
12º. Que la solde des troupes françaises faisant partie de l’armée du centre continue n’être payée par le trésor de France.
13º. Sa majesté conservera le général Belliard comme chef de son état major.
14º. Le roi désire pouvoir prendre toutes les mesures politiques qu’il jugera convenable, et faire toutes autres dispositions à l’égard de cortez en se conformant aux vues contenues dans la lettre que j’ai écrite d’après l’ordre de V. M. pour cet objet.
15º. Sur les 500,000 francs que V. M. met à la disposition du roi à Madrid on en retient 100,000 francs pour l’arrière. Le roi demande que cette somme soit pour le service courant.
_Paris, le 17 Juin, 1811._
SIRE,—L’empereur m’ordonne de vous envoyer la copie de la lettre que j’adresse au duc d’Istrie: j’écris à-peu-près dans les mêmes termes aux autres commandants. Je n’ai pas encore vu le maréchal Jourdan; je le verrai demain et immédiatement après il partira pour Madrid, où l’empereur apprendra avec plaisir qu’il est employé comme gouverneur.
Le duc de Raguse mande qu’il est en marche sur le Tage. L’empereur désire que V. M. donne ses ordres pour qu’on lui procure tous les secours dont il peut avoir besoin: il a avec lui vingt-huit mille bayonnettes, trois mille hommes de cavalerie, et trent-six pièces de canon. L’empereur désire que V. M. puisse l’appuyer avec dixhuit cent chevaux, quinze à dixhuit pièces de canon et deux à trois mille hommes d’infanterie: ce corps pourroit être placé à proximité afin de pouvoir rejoindre et aider le duc de Raguse, s’il devoit donner bataille aux Anglais. L’empereur verroit avec plaisir, Sire, qu’après votre arrivée à Madrid vous vous rendissiez à l’armée de Portugal, pour la passer en revue, l’animer, et prendre dans vôtre revue l’état des emplois vacans.
J’écris au duc de Raguse que si l’on pouvoit retrancher Alcantara et faire une tête de pont sur la rive droite, ce seroit une bonne opération. Si l’armée de Portugal arrivoit à tems pour sécourir l’armée du midi devant Badajoz, le petit corps de reserve dont je viens de parler ci-dessus à votre majesté ne pourroit être que de la plus grande utilité.
Le siège de Tarragone a déjà attiré une partie des bandes qui étoient dans l’arrondissement de l’armée du centre. Deux divisions de l’armée de reserve que forme l’empereur arriveront l’une à Pampelune, l’autre à Vittoria vers le 14 Juillet: cela mettra à même d’envoyer encore aux armées du midi et de Portugal environ douze milles hommes qui sont en Navarre, et qui passeront par Madrid.
L’Empereur ne peut qu’engager votre majesté à envoyer à l’armée du midi tout ce qui lui appartient, car c’est là que se portent les grands coups et qu’ont lieu les opérations les plus importantes.
&c. &c.
ALEXANDRE.
_To the duke of Istria._
_Paris, Juin 1811._
J’ai prevénu, monsieur le maréchal, le général Monthion, les généraux Caffarelli et Dorsenne directement les dispositions dont je vais vous entretenir, et qui ont rapport aux intentions de l’empereur rélativement au rétour de roi d’Espagne dans ses états.
Le roi commande en chef l’armée du centre, mais l’intention de l’empereur est que vous correspondiez avec S. M. C. en lui faissant le rapport de ce qui se passe afin de la mettre à même de connoître l’ensemble des événemens en Espagne comme les autres généraux en chef ont l’ordre d’en agir de même, le roi sera dans le cas de pouvoir comme point central vous faire faire des communications qui contribueront au succès des armes de l’empereur.
S. M. I. m’ordonne aussi de vous faire connaître, M. le duc, que son intention est que pendant le voyage du roi dans son rétour à Madrid, tous les honneurs lui soient rendus dans les gouvernemens et dans l’arrondissement de l’armée du nord comme si S. M. commandait cette armée. Le roi donnera l’ordre et recevra les honneurs du commandement. Les gouverneurs l’accompagneront dans leur gouvernement et lui feront fournir toutes les escortes qui lui seront nécessaires. Il est à présumer que le roi séjournera quelque tems à Vittoria et à Burgos, et qu’il profitera de son séjour pour rassembler les notables du pays les éclairer sur la situation des affaires, et améliorer l’esprit public. Vous seconderez, mons. le maréchal, les mesures que le roi pourra prendre pour rendre les villes et les villages responsibles des abus qui se commettent sur leur territoire. Vous agirez de même si le roi accorde le pardon à quelques bandes de guerillas qui se rendraient. Vous devez aider de tous vos moyens les mesures que S. M. prendra pour le rétablissement de l’ordre et de la tranquillité publique. Du reste les troupes composant l’armée du nord doivent rester sous le commandement respectif de leurs chefs et vos ordres doivent continuer à être exécutés sans qu’aucun ordre de qui que ce soit puisse les changer. Quant à l’administration du pays, elle doit continuer à marcher dans la direction donnée par les instructions et les ordres de l’empereur; les fonds doivent être destinées aux besoins de l’armée, à l’entretien des hôpitaux, et vous devez défendre et empêcher toute espèce d’abus. Le roi ayant plus particulièrement encore que vous, les moyens de connaître les abus qu’ont lieu, l’empereur ordonne que vous profiteriez des lumières que le roi pourra vous donner à cet égard pour les réprimer. Il est nécessaire, monsieur le duc, que vous me fassiez connaître le budjet des ressources et des dépenses afin de savoir la partie des revenues qui pourront être versés à Madrid, dans la caisse du gouvernement pour le service du roi et pour l’armée du centre.
Je n’ai pas besoin de vous répéter que la justice doit se rendre au nom du roi; cela a toujours dû avoir lieu; le droit de faire grace ne vous appartient pas pour les individus condamnés par les tribunaux; vous n’êtes autorisé qu’à suspendre l’exécution dans les cas que vous jugerez graciables. Le droit de faire grace n’appartient qu’au roi. Vous n’avez pas non plus le droit de nommer à aucune place du clergé; le roi y nomme dans toutes les parties de son royaume.
Si le roi juge à-propos de tenir près de vous et des gouverneurs un commissaire Espagnol pour connaître les recettes et les dépenses, vous devez donner à ce commissaire les renseignemens dont il aura besoin pour remplir sa mission. Vous aurez soin, monsieur le maréchal, de me rendre compte journellement de ce qui se sera fait pendant le séjour du roi afin que j’en informe l’empereur.
&c. &c.
_Paris, le 24 Août, 1811._
SIRE,—J’ai l’honneur d’informer votre majesté que d’après les ordres de l’empereur, je viens de faire connaître à M. le maréchal duc de Raguse que l’armée de Portugal doit prendre désormais sa ligne de communication sur Madrid; je lui mande que c’est là que doit être son centre de dépôt, et que toute opération que l’ennemi ferait sur la Coa ne peut déranger cette ligne; que si l’ennemi veut prendre l’offensive il ne peut la prendre que dans l’Andalousie parceque de ce côté il a un objet à remplir, qui est de faire lever le siège de Cadiz, tandis que ses efforts dans le nord s’avença-t-il même jusqu’à Valladolid, n’aboutiraient à rien puisque les troupes que nous avons dans ces provinces en se repliant lui opposeraient une armée considérable et qu’alors l’armée de Portugal devrait faire pour l’armée du nord ce qu’elle ferait pour l’armée du midi. Je le préviens que l’objet important est que sa ligne d’opérations soit sur Talavera et Madrid parceque son armée est spécialement destinée à protéger celle du midi. Je lui fais observer que l’armée de Portugal étant attaquée de front, son mouvement de retraite est encore sur Madrid parceque dans tous les cas possibles ce doit être sa ligne d’opérations, qu’il faut donc que tous les dépôts quelconques appartinant à l’armée de Portugal soient dirigés sur Talavera et Madrid. Je donne l’ordre impératif au général Dorsenne de faire partir dans les 24 heures tous les dépôts et détachemens qu’il a appartenant à l’armée de Portugal; tout ce qui est en état de servir sera dirigé en gros détachemens par Avila sur Placentia, et quant aux hommes qui ne sont pas pour le moment en état de servir, le général Dorsenne les fera diriger sur Madrid, et aura soin d’en informer à l’avance votre majesté, de manière qu’il ne lui restera plus un seul homme appartenant à l’armée de Portugal, sauf la garnison de Ciudad Rodrigo qu’il fera relever et rejoindre aussitôt après l’arrivée des renforts qui vont se rendre à l’armée du nord.
&c. &c.
_Boulogne, le 20 Sept. 1811._
SIRE,—L’empereur m’a demandé si j’avois reponse à la lettre que j’ai eu l’honneur d’adresser à V. M. en lui rendant compte de la reddition de Figueras. L’empereur m’ordonne d’annoncer à V. M. que son intention est d’étendre à toute la rive gauche de l’Ebre la mesure qu’elle à jugé devoir adopter pour la Catalogne. L’empereur pense que V. M. temoin de la resistance qui éprouvent les armées et des sacrifices des toutes espèces que la France est obligé de faire, est trop juste pour ne point apprécier les motifs de la conduite de l’Empereur, et je suis autorisé à assurer V. M. des sentimens d’intérêt et d’amitié qui continuent à animer l’empereur pour V. M. mais il ne pouvent pas faire negliger à S. M. I. et R. ce qu’elle doit à la sureté de son empire et à la gloire de son règne.
&c. &c.
* * * * *
No. IV.
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History of the war in the Peninsula and in the south of France from the year 1807 to the year 1814, vol. 4Chapter XLV: Section 3: Letters from the prince de Neufchatel to king Joseph
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